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Diamant
Miba : Où sont passés les 5 millions de dollar versés par De Beers ?

13 juillet 2007

Le ministère congolais des Mines réclame à la firme De Beers un montant de 5 millions de dollars US au titre de « droits superficiaires ». La direction de cette société diamantifère rétorque, preuve à l'appui, que cette somme a bel et bien été versée, l'année dernière, auprès de la MIBA. Président administrateur délégué au moment des faits, Gustave Luabeya balaie d'un revers de la main tout soupçon de détournement.



Dans l'interview qu'il a accordée à l'hebdomadaire parisien « Jeune Afrique » n°2424, Joseph Kabila a été interrogé notamment sur la révision en cours des contrats léonins conclues en matières minières. Cette révision ne risque-t-elle pas de gêner certains membres de son entourage ? Réponse : « Cela ne me gêne pas à titre personnel, ni aucun de mes proches. (…). Il ne s'agit pas de régler des comptes avec tel ou tel partenaire étranger ou congolais, mais de se dire, les yeux dans les yeux, ses quatre vérités ».

Selon de bonnes sources, le ministère congolais des Mines a convoqué, début juillet, le représentant en RD Congo du géant sud africain du diamant, De Beers. Celui-ci a été sommé de payer les « droits superficiaires » dus au Cadastre minier. Montant : cinq millions de dollar U$. Surprenant ses interlocuteurs dont le vice-ministre des Mines en personne, l'interpellé s'est empressé de brandir un document écrit et signé attestant que la somme réclamée a bel été bien été versée par De Beers auprès de son partenaire qui n'est autre que la société parastatale MIBA (Minière de Bakwanga).

A l'époque, Gustave Luabeya Tshitala y assumait les fonctions de Président administrateur délégué (PAD). Il incombait donc à la direction de la MIBA de verser l'argent reçu auprès de la DGRAD (Direction générale des recettes administratives et domaniales). L'opération a-t-elle été effectuée ? Toute la question est là. Dans la négative, quelle est la destination donnée à cette masse d'argent ?

Une chose paraît sûre : aucun denier n'a atterri dans l'escarcelle de la République. Où sont donc passés les 5 millions U$ ? Dans les milieux miniers à Kinshasa, des doigts accusateurs sont pointés en direction de l'entourage de Joseph Kabila. Un homme est particulièrement stigmatisé. Il s'agit de Augustin Katumba Mwanke. Eminence grise du numéro un Congolais, l'ancien gouverneur de la province du Katanga - épinglé par les experts de l'ONU dans le rapport établi sur le pillage des ressources naturelles de la RD Congo - est accusé, à tort ou à raison, de régenter tous les mandataires du secteur minier étiquetés PPRD, le parti présidentiel. Ceux-ci seraient tenus de verser une « dîme » à cette formation politique.

Notant que lors de l'accession de Joseph au pouvoir suprême en janvier 2001, Katumba a été promu ministre chargé des affaires présidentielles. Le portefeuille de l'Etat relevait de sa compétence. L'ancien PAD Luabeya en prend également pour son grade.

Bombe à retardement

« Ce dossier constitue une bombe à retardement pour le clan kabiliste. Le ministre des Mines n'ose pas remuer le couteau dans la plaie, commente un expert joint à Kinshasa. De Beers a versé cet argent peu avant les élections présidentielles ».

A en croire notre interlocuteur, « une bonne partie de la somme querellée aurait servi au financement de la campagne électorale de Kabila. Une autre partie a été « donnée » aux responsables du ministère du Portefeuille. La MIBA ayant reçu le reliquat pour ses activités », assure l'expert qui conclut : « Ne trouvez-vous pas curieux que le PAD Gustave Luabeya ne soit pas inquiété par les autorités judiciaires alors qu'il a été convaincu de mégestion, cause de son éviction ? ».

Grâce au système dit « roaming », la rédaction de Congoindependant.com a pu, dans la soirée du jeudi 12 juillet, joindre Luabeya au téléphone. L'homme se trouve, selon ses propos dires, « à l'étranger ». Et ce, depuis deux mois. On retiendra d'emblée qu'il ne conteste point que la MIBA ait encaissé la somme exigée à Debeers. Selon l'ex-PAD, tout ce qui se raconte autour de cette affaire n'est que « de la désinformation ». Qu'en sait-il ? « Attendez un peu que je me souvienne de tout ça », murmure-t-il. Et d'ajouter que la MIBA avait obtenu l'autorisation du ministère des Finances de verser 50% à l'Etat et d'affecter la différence à ses besoins. « Vous pouvez contacter l'ADG Michel Aubert et le directeur financier Kabongo Fuila qui pourront vous dire clairement ce qui s'est passé », poursuit Gustave.

L'ancien PAD a-t-il remis une partie de cette cagnotte à la Présidence de la République ainsi qu'au ministère du Portefeuille ? « C'est totalement faux ! », fulmine-t-il. « C'est pour cette raison que je vous renvoie chez Michel Aubert qui appartient à la SIBEKA. De Beers ne verse pas l'argent dans la poche de Luabeya mais auprès de la MIBA laquelle transfert le montant à la DGRAD ».

La somme reçue a-t-elle en définitive été versée au compte du Trésor via la DGRA ? Luabeya Tshitala est moins tranché : « Essayer de vous informer correctement. Je ne connais pas les éléments dont vous disposez. Je ne suis pas au pays. Je peux cependant vous assurer qu'il n'y a pas matières à susciter la suspicion dans ce dossier ». De la fumée sans feu ? Affaire à suivre.

B. Amba Wetshi © Congoindépendant