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Fatidique 30 juin-juillet. La stratégie de la coalition anti-Kabila : émietter l'électorat au premier tour
Pierre Anatole Matusila, confirmez-vous qu'il existe un plan pour faire gagner Joseph Kabila aux élections ?

1er juin 2006

Matusila parle de son activisme avec Lumbala et Olenghankoy. Pierre Anatole Matusila ne se laisse pas impressionner. Face aux hommes au pouvoir qui ont mis de côté une petite fortune pour la campagne. Il croit que lui et les siens sont capables d'opérer un miracle avec « une campagne des pauvres » à l'image d'un ouvrier devenu chef de l'Etat comme l'argentin Hugo Chavez. Il le dit avec conviction dans une interview à AfricaNews.



Dans beaucoup des pays du monde, on a vu des gens qui ne sont pas à la tête d'une immense fortune gagner les élections », compare le médecin radiologue. Il fonde ses espoirs sur le vote militant de la majorité, dépitée de la mauvaise gouvernance. S'il ne dit pas combattre Joseph Kabila, il avoue néanmoins faire partie d'une coalition qui travaille à contrer la victoire d'un candidat annoncé au premier tour. Son implication dans le processus ne dit pas qu'il accepte la prolongation de la transition. Celle-ci n'a de valeur à ses yeux que si elle s'opère dans le cadre d'une concertation de la classe politique. L'homme s'est radicalisé comme jamais auparavant. Un rapprochement avec Etienne Tshisekedi ne lui déplairait pas.

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Pierre Anatole Matusila
Confirmez-vous qu'il existe un plan pour faire gagner à Joseph Kabila les élections ?

Il y a une forte opinion qui diffuse cette nouvelle. Cette opinion dit qu'on cherche à reproduire les mêmes équilibres après les élections. Donc, garder les mêmes. Selon la presse, on le clame tout haut dans certaines chancelleries. Les intéressés ne l'ont jamais démenti. C'est la dérive de la démocratie. Les élections sont gagnées d'avance. C'est très frustrant pour le peuple congolais. Les faits corroborent cette opinion. Le processus est discriminatoire. Il ne donne pas les mêmes chances à tous les candidats. Cela nous porte à croire que cette opinion est fondée.

C'est dire que vous y participez pour cautionner une parodie ?

Ces élections sont une mascarade, une parodie électorale. Mais que faire face à la volonté de notre peuple d'aller aux élections ? C'est une donnée à ne pas négliger. Alors, nous y participons tout en nous battant pour nous réapproprier le processus, pour qu'on ne nous impose pas des résultats contraires à la volonté du peuple. Nous sommes entrain de nous organiser pour contrôler le processus depuis le bureau de vote jusqu'à la proclamation des résultats. C'est la seule manière pour nous de barrer la route à ceux qui veulent légitimer par les urnes des agendas cachés. Nous avons demandé à notre peuple d'être présent dans tous les bureaux de vote et d'assister au dépouillement des résultats jusqu'à l'élaboration du procès-verbal. Nous aurons aussi notre bureau de comptage des résultats. Nous exigeons de la Commission électorale indépendante qu'elle rende public le plan de ramassage des procès-verbaux de dépouillement. Entre les bureaux de vote et les bureaux de relais, il peut se passer beaucoup de choses. Il n'est pas exclu que les procès-verbaux qui arrivent aux bureaux de liaison soient autres que ceux qui ont été élaborés au départ. Nous avons pris des dispositions pour placer nos délégués dans les bureaux de liaison pour vérifier l'authenticité des procès-verbaux.

Vous aurez assez de représentants à mettre dans chaque bureau des 53.000 prévus sur toute l'étendue du territoire national ?

Nous avons au total 33 candidats engagés pour l'élection présidentielle. Chacun prendra un pôle. Nous travaillons déjà à la subdivision selon les origines de chaque candidat. Chacun de nous va prendre en charge des témoins dans une circonscription électorale. Si nous associons nos efforts, cela est réalisable. La majorité de candidats partagent la même préoccupation, le processus n'est pas crédible.

C'est donc cela que vous préparez dans la coalition des candidats président ?

Le processus n'est pas crédible. Nous avons tiré la sonnette d'alarme pour dire que les choses n'allaient pas très bien. Nous devrions alors nous mettre autour d'une table pour voir comment gérer ensemble les douze mois qui restaient. Cependant, ils nous ont rétorqué que cela n'était pas possible. Et pourtant, il était clair que les gens qui géraient la transition présentaient des limites. Cette concertation était plus que nécessaire d'autant plus que l'accord est une œuvre commune que nous avons tous signée. Et c'est ensemble que nous devrions nous mettre autour d'une table pour sauver la transition. Ceux qui pensent que c'est un exercice de musculation et non de cerveau, ont rejeté. Pour nous, la transition s'arrête au 30 juin. S'il y a à prolonger la transition au delà du délai déterminé à Sun City, ce n'est pas à Malu Malu de le faire de manière unilatérale.

Donc, vous avez mis en place une coalition. N'est-ce pas la même qui est présentée comme une coalition anti-Kabila ?

Nous n'avons pas créé notre coalition pour nous opposer à une personne, à un candidat. Notre coalition a pour objectif de remporter l'élection présidentielle même si certains clament déjà la victoire au premier tour. Nous mettons cela sur le compte des bruits de campagne et en même temps que nous y voyons une volonté de tricher pour gagner coûte que coûte au premier tour. Nous n'avons pas du temps à perdre à traquer un candidat. Notre ambition est de changer la manière de gouverner le pays.

Des sources crédibles, vous attribuez un schéma qui consiste à disperser l'électorat au premier tour quitte à rassembler une force importante au deuxième. Le confirmez-vous ?

Notre alliance est une solidarité mutuelle. Nous voulons nous mettre derrière le plus représentatif d'entre nous, celui qui a plus de chance de passer au second tour. Si nous arrivons à sortir les deux candidats qui joueront la finale, tant mieux. Ça sera une bonne chose. Nous verrons comment faire pour que les uns et les autres se retrouvent. C'est la démarche de notre coalition. Mais, pour y arriver, il faut des élections dans un climat politique assaini : il faut donc crédibiliser le processus électoral, régler au préalable la question de la prolongation de la transition parce que l'on ne peut pas la prolonger indéfiniment.

Vous avez pris position sur l'affaire Kuthino. Allez-vous vous arrêter à une simple déclaration ou continuerez-vous à vous battre jusqu'à sa libération ?

C'est un engagement politique face à la dérive totalitaire du régime actuel. L'arrestation du pasteur Fernando Kuthino a été opérée au mépris de la procédure judiciaire en la matière. Où allons-nous ? Quels sont les repères ? Nous devons nous soumettre aux textes si nous voulons être respectueux de l'Etat de droit. Même le président de la République doit se soumettre aux textes qui régissent la République. S'il y en a qui pensent ressusciter la monarchie, nous leurs rétorquons que ce temps-là est révolu. Il faut une totale reconversion des mentalités. Il est grand temps que ceux qui continuent à rêver puissent revoir leur manière de penser.

Irez-vous jusqu'à des initiatives comme une manifestation publique pour réclamer la libération de Kuthino ?

En politique ne compte que le rapport de force. On ne peut pas faire des déclarations sans les faire accompagner par des actions concrètes sur le terrain. Il faut organiser une manifestation de grande envergure pour se faire entendre. Nous utiliserons tous les moyens prévus par la loi pour faire connaître et entendre nos opinions. Il faudra que de l'autre côté on respecte la même Constitution et qu'on nous laisse nous exprimer. Fini le temps de prendre des armes. C'est la démocratie et il faut nous laisser faire tout ce qui s'y conforme. Nous mettons en garde la police de la répression qu'elle n'utilise pas les moyens mis à sa disposition pour mater la population et exceller dans la violation des droits de l'homme. Nous promettons de protester violemment si l'on recourt à de telles méthodes. Le pasteur Kuthino a été humilié dans sa dignité d'homme, déshabillé en public et jeté dans un véhicule, menottes aux poignets comme un malfrat, ce qui est contraire à la démocratie.

Vous partagez les mêmes vues que Jean-Pierre Bemba sur cette question. Est-ce déjà un rapprochement entre lui et votre coalition ?

Il y a des questions sur lesquelles tous les fils du pays partagent la même opinion. Cela ne veut pas dire que la finalité est d'aboutir à une coalition. Nous sommes prêts à composer avec tous les Congolais, sauf ceux qui sont impliqués dans les détournements, la corruption, le pillage des richesses nationales. Ceux-là ont à répondre devant la Commission vérité et réconciliation. Il est regrettable que cette commission n'ait pas fait son travail. Elle aurait dû chercher à savoir qui a fait quoi. Pousser les gens à s'ouvrir, à confesser avant de demander pardon et promettre de ne plus récidiver. Et notre population n'attend que le geste de contrition pour passer l'éponge. Ce n'est que de cette façon que l'on pourra ensemble regarder en avant et reconstruire le pays.

Cela n'a pas été fait.

Non. Cela n'a pas été fait. C'est une défaillance très grave. Ce n'est pour autant qu'il faudra continuer à diaboliser les enfants de ce pays, à les enfermer dans leur passé. Il y en a qui ont demandé pardon. Bemba n'est pas un pestiféré. Il y en a plusieurs qui ont fait la guerre. Ils sont nombreux ces belligérants qui gèrent le pays.

C'est que vous défendez aussi Honoré Ngbanda dont des sources disent que vous êtes très proche ?

Je voudrais vous dire que le CALCC et l'Apareco ont, pendant un certain moment, fait une lecture communément partagée sur la situation de guerre dans notre pays. Pour ceux qui ne le savent pas, nous avons publié un point de vue dans un manuel intitulé « Respect de la dignité humaine : le CALCC parle ». L'analyse que nous y développons se recoupe avec celle de l'Apareco. Depuis 1996 jusqu'à présent, notre pays vit dans une situation de guerre permanente. Chacun de nous vit cette situation dans sa chair. Les incursions viennent toujours de l'Est et l'on sait qui les mène sinon les commandite. Nous partageons ensemble cette lecture de la situation de notre pays.

Vous avez signé avec l'Abbé Joseph Mpundu le Manifeste de la Conscience du Congolais n°2. L'Abbé a affirmé que vous préparez une grande manifestation pour la réappropriation du processus. C'est quand ? Avant ou après le 30 juin ?

Nous maintenons le projet d'organiser une grande manifestation publique mais je ne peux pas dire quand. Ceux qui pensent que le sit-in projeté est déjà cette manifestation se trompent. Ce qui viendra par la suite sera plus gigantesque. Nous sommes en droit de nous battre pour créer un nouveau rapport de force. Nous utilisons toutes les formes d'expressions autorisées en démocratie. Nous allons y investir toute notre énergie. Nous n'avons pas d'armes. D'ailleurs, nous en reprouvons l'usage. Nous allons utiliser les moyens conformes à la démocratie : les marches, les sit-in, les pétitions, etc. Nous aimerions qu'on ne nous empêche pas de manifester. Ceux qui se disent démocrates doivent prouver qu'ils le sont réellement.

Quel type de manifestation envisagez-vous pour la grande démonstration promise ?

Nous le ferons savoir le moment venu. A la police d'encadrer la manifestation. Mais, cette police n'a pas été préparée pour opérer dans une société civilisée. Elle est complètement démunie et manque des moyens pour sécuriser les Congolais de toutes sortes d'actes attentatoires à leur liberté de la part des inciviques.

Vous êtes dans la droite ligne de l'UDPS. Qu'est-ce vous attendez pour vous mettre ensemble ?

Ce n'est pas un péché que de se mettre ensemble quand on partage la même opinion. Se mettre ensemble avec l'UDPS dans ces circonstances est même à encourager. Notre problème est celui-ci : quand on a prolongé la transition de douze mois, on l'a fait de manière conjointe entre le Sénat et l'Assemblée nationale. Mais, si on n'a pas pu organiser les élections dans les douze mois, il est normal, et c'est la logique, qu'on recourt à la même institution qui a prolongé la transition pour poser la question de savoir de quelle manière on pourra procéder pour opérer autre prolongation au delà du délai. C'est pourquoi nous tenons à l'organisation des concertations aux cours desquelles nous allons examiner comment organiser des élections crédibles. Cela n'est pas pour partager le pouvoir mais plutôt crédibiliser le processus.

Donc, vous travaillez déjà avec l'UDPS Vous n'allez pas démentir que les initiateurs du Manifeste ont tenté de convaincre Etienne Tshisekedi de présenter sa candidature. Olivier Kabangu a signé avec vous la dernière prise de position en faveur de la libération du pasteur Fernando Kuthino.

Le problème de l'UDPS est clair : la réouverture des bureaux d'enrôlement et une participation au sein du bureau de la CEI et au niveau de la Ham. On n'a pas voulu lui donner les réponses qui s'imposent pour l'impliquer dans le processus électoral. Et l'UDPS n'a pas voulu s'impliquer dans un processus qui a l'air d'une parodie. L'UDPS l'a fait pour éviter de légitimer la tricherie. Nous respectons beaucoup sa position. Si une opportunité s'offre de faire un effort ensemble pour obtenir ce que nous réclamons tous -les négociations- nous nous y engagerons volontiers.

Certains parlent du groupe des 11 comme des candidats alimentaires. Comme quoi que vous avez peur des élections faute de moyens pour mener la campagne.

Je vais parler de ceux qui ont ces moyens et quels moyens ? Ils ont mis la main dans la caisse de l'Etat. Des détourneurs sont dénoncés tous les jours dans la presse. Dommage que l'impunité que connaît notre pays leur laisse la liberté de venir se pavaner devant le peuple avec l'argent qu'ils lui ont pris. Qui peut démontrer comment il a bâti sa fortune personnelle ? Il faut donner l'égalité des chances à tout le monde et c'est pour ça que nous nous battons. Tous les candidats devraient être traités de la même façon. Les Congolais ont le droit de savoir d'où vient l'argent des différents candidats qui postulent à la magistrature suprême et à tous les autres échelons. C'est immoral de faire croire qu'on ne peut gagner les élections qu'avec l'argent. Et c'est pour cela qu'on veut faire émerger un nouveau leadership et éradiquer celui de l'argent et des seigneurs de guerre.

Gagner les élections sans moyens, en avez-vous des exemples ?

Dans beaucoup de pays du monde, on a vu des gens qui ne sont pas à la tête d'une immense fortune gagner des élections. Notre électorat est un électorat militant. Les gens comme Lech Walessa, Hugo Chaves ou Evo Morales ont remporté des élections sans avoir beaucoup de moyens. Tout n'est pas achetable. Nous allons faire la campagne des pauvres pour qu'une fois au pouvoir, on bannisse la pauvreté, celle de l'esprit qui nous empêche de comprendre que la première richesse est l'homme. Nous allons nous organiser parce que dans ce pays il y a des gens qui veulent que les choses changent réellement. Notre électorat est un électorat militant, fatigué de l'injustice, de la misère, de l'incompétence des politiciens, de l'impunité des prédateurs ; c'est l'électorat des sans-voix relégués à la périphérie de cette nation et qui ont toujours été nourris par des projets de société mensongers. Il ne faut pas que ces mêmes bourreaux reviennent au pouvoir, sinon ce sera l'enfer pour notre peuple qui veut une fois pour toutes se libérer. Il attend l'avènement des hommes politiques nouveaux qui ont une nouvelle vision.

Tino Mabanda © Infocongo 30.05.2006