Sexe et corruption s'érigent en « cours d'option » à l'Ifasic !

À l'Ifasic, la qualité des enseignements a fortement baissé, en même temps que le sexe et la corruption ont envahi les mœurs de cette institution, ex-ISTI, qui était le fleuron de l'enseignement du journalisme à Kinshasa

Le lundi 13 décembre 2004

ARDI 07 décembre 2004, l'institut Panos Paris a publié l'ouvrage intitulé « Situation des médias en RDC », réalisé par le professeur Aimé Kayembe. Produit d'une enquête menée entre janvier et février 2004, l'ouvrage se veut comme une photographie du paysage médiatique Congolais, reprenant à la fois ses points forts et des faiblesses en cette période d'abord de la période électorale.

Ainsi que l'a relevé l'auteur lors de la présentation de l'étude, « la situation que connaissent les medias suscite un grand débat pour autant que les medias reflètent la société de leur émergence, ses valeurs et ses contradictions. Ils rendent compte de la gestion quotidienne de la chose publique, consolident les pensées les plus émergentes de la collectivité, témoignent de l'histoire immédiate de la société et peuvent forger l'opinion, les consolider ou les modifier ».

Les résultats des observations menées sur toute l'étendue du territoire national corroborent, pour l'essentiel, les constats généraux établis depuis belle lurette sur la situation des médias en RDC. L'ouvrage épingle pourtant une série de paradoxes qui ne laissent pas les acteurs indifférents.

Paradoxes

La République Démocratique du Congo présente, en effet, l'image d'une presse dynamique en plein boom depuis les ouvertures démocratiques d'avril 1990. Et les chiffres en sont évocateurs. 213 journaux dont 64 paraissant régulièrement, 119 radios privées et 52 télévisions privées émettant régulièrement ont été recensés au moment de l'étude.

Progressivement, la demande politique et populaire ne cesse de croître vers les médias à mesure que le pays progresse inexorablement vers les élections.

Ces indicateurs contrastent donc avec la réalité des médias congolais qui offrent un service de qualité pour le moins déplorable. La concurrence des écrans, des radios et des titres trompe, également su, la situation en matière des entreprises de presse, alors que s'impose, selon l'étude du professeur Aimé Kayembe une autre réalité connue, mais non moins révoltante la RDC, qui dispose d'une grande école de formation en journalisme (l'Ifasic) ainsi que de Facultés versées dans la formation des communicateurs, accuse pourtant un faible niveau de professionnalisme des journalistes et agents de communication.

Au-delà des explications qui, souvent, tendent à exonérer les médias avec, notamment, la question de démotivation des journalistes due à la modicité de leurs revenus, il s'observe pourtant que les écoles de journalisme ne cessent d'attirer les étudiants, autant que le secteur des médias, qui connaissent régulièrement un foisonnement d'organes de presse, ne manquent point de personnel. 70 % de ceux-ci, qui entrent dans la profession, brandissent un diplôme de formation scientifique, académique et technique sans que cette présomption de compétence ne trouve de confirmation satisfaisante.

Ainsi que relevé plus haut, la pratique est devenue courante d'évacuer des situations en leur collant des justificatifs hâtifs tout en déplorant la précarité des moyens pour décanter ces explications. La question de qualité et de niveau professionnels des journalistes doit, aujourd'hui, être sérieusement abordée sous l'angle de la formation proprement dite, en dehors de faux-fuyant. Un tour à l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (Ifasic) tromperait tout observateur par son apparence candide et la mine de concentration qu'affichent enseignants, étudiants et, même, les agents administratifs.

Guerre pour le ventre et déperdition académique

Ici, depuis belle lurette, l'objet social de l'institut est relégué loin, bien loin, par rapport aux préoccupations matérielles qui ont instauré une prostitution sans précédent et un esprit de corruption à nul pareil ailleurs. Il y a près de six ans, en effet, face à la précarité de leurs revenus due au petit nombre d'étudiants par rapport à d'autres institutions, les enseignants et l'autorité académique, s'étaient mis à la recherche d'une solution pouvant les permettre, à travers les frais d'interventions des parents, de trouver une pitance « décente ». La solution ne fut trouvée que dans la nécessité d'accroître la population estudiantine, à défaut de surcharger les parents par un taux de contribution trop élevée par rapport aux autres formations d'enseignement supérieur et universitaire.

À ce stade déjà, la préoccupation de la formation perdait le pas. Le concours de recrutement, qui servait de base de sélection, n'est plus devenu qu'une formalité antinomique avec l'impératif d'accroître la population estudiantine. Aujourd'hui, les données disponibles renseignent que pour des installations dont la capacité d'accueil ne dépasse pas 500 unités, l'Ifasic compte pas moins de 3.000 étudiants, ce qui ne constitue pas, loin s'en faut, une réponse à une éventuelle demande qui serait grandissante.

Car, cet accroissement de la population, qui est pourtant intervenu avec les mutations structurelles ayant transformé l'ancien ISTI en Ifasic, a occasionné l'émergence d'un contexte de déperdition de la qualité de la formation. En effet, puisqu'il faut désormais satisfaire toute la demande, l'autorité de l'Ifasic a décidé de fractionner les jours d'enseignements en deux, surtout pour les classes de recrutement. Deux groupes d'étudiants suivent donc les cours, les uns les jours pairs et les autres les jours impairs, même si les enseignements se donnent de 8 heures et 15 heures comme à l'époque de l'ISTI.

La conséquence en est que, quelle que soit la combinaison arithmétique ou les arguments les plus scientifiques qui peuvent être avancés, il est difficile d'expliquer comment, dans ces conditions, un cours de 45 heures qui jadis se donnait sur un programme de six jours par semaine, peut être épuisé en trois jours par semaine, sans que, soit la qualité de l'enseignement ne souffre, soit que la matière ne soit donnée en partie. Dans un cas comme dans un autre, la formation a pris un sacré coup, puisqu'une année académique de 9 mois se déroule désormais en 4,5 mois. Normal alors, que l'Ifasic, cet ex-ISTI qui était le fleuron de l'enseignement à Kinshasa ne soit plus aujourd'hui qu'une institution de formation et d'enseignement comme les autres.

Foire au sexe et havre de la corruption

Sans se rendre compte de cette terrible réalité, le corps académique ainsi que la direction de l'Institut se livrent à cœur joie à des pratiques de raquettes, de chantage à la science et à la réussite académique au nom de l'obligation de réussite, mais surtout à la prostitution dans un honteux consentement entre les partenaires.

À l'Ifasic, une proportion de plus en plus grandissante des enseignants - professeurs comme assistants se distingue par la pratique de production des travaux de fin de cycle ou de mémoire de licence moyennant paiement par les étudiants « récipiendaires ». Le taux varie entre 200 et 300 dollars selon qu'il s'agit d'un travail de fin de cycle ou d'un mémoire de licence, Et l'initiative vient souvent des encadreurs des travaux. Après avoir fait marcher les récipiendaires en leur faisant souvent changer inutilement de sujet, les directeurs des TFC ou de mémoire finissent donc par proposer, lorsque la situation atteint la côte d'urgence par rapport aux échéances de collation académique, aux étudiants de faire le travail à leur place moyennant paiement. Pris au dépourvu, les étudiants finissent par céder avec, malheureusement, l'accord tacite des parents.

Cette pratique est souvent opposée aux garçons, tandis que d'autre part, les enseignants, conscients du besoin des étudiantes de passer de classe coûte que coûte, en sont arrivés à se constituer des harems pour la satisfaction de leurs besoins sexuels sans limite, et, pour les étudiantes, de réaliser « des points sexuellement acquis ».

Sur ce point, l'Ifasic ne peut avoir d'égal sur la place académique et scientifique de la ville. Les étudiantes sont, d'ailleurs, libres de choisir entre le sexe et l'argent pour réussir, selon que le « prof » lui plait ou pas. Qu'à cela ne tienne, la pratique du sexe entre étudiantes et enseignants en est arrivée à des querelles crapuleuses dans les deux camps, voire entre les deux. À ce jour, les pensionnaires de l'Ifasic savent tous à quel point une autorité académique de l'institut et un professeur se vouent une bestiale inimitié à la suite d'un télescopage « sur » une étudiante.

Deux professeurs eurent, quant à eux, une vive altercation dans la cour même de l'Ifasic sur le sort à réserver à une « étudiante commune ». Alors que celle-ci les attendait dans la salle pour la soutenance de son travail, les deux hommes de science pariaient à grande voix quelle ne réussirait pas ou qu'elle passerait l'épreuve avec succès. Au bout du compte, la récipiendaire s'en tira avec un mémorable 24/30 pour satisfaire le premier prétendant. Le second dut se consoler de profondes modifications que la fille devait effectuer dans son travail avant d'accéder au titre académique. En réalité, les modifications impliquaient, scientifiquement, le rejet pur et simple du travail...

Dans le même chapitre, mal en prit, pour sa part, à un étudiant qui se retrouva en rivalité avec un professeur, de surcroît membre du comité de gestion. Ce dernier lui imposa de défendre son mémoire, tous documents fermés...

Malgré l'existence d'une garde universitaire, les installations de l'institut servent régulièrement de cadre pour les ébats sexuels entre professeurs et étudiantes. Pour montrer jusqu'à quelle « hauteur » remonte le dévergondage, l'on se raconte à coeur joie la scène d'un enseignant à l'approche du troisième âge trouvé dans les escaliers menant vers les bureaux du Recteur, enlacé contre une étudiante, les deux en train de se brouter langoureusement... les langues au point d'oublier qu'ils se trouvaient sur « la voie publique ». D'autre part, l'Ifasic est certainement la seule institution où les étudiantes, comme dans une maison de passe et ses pensionnaires, devisent allégrement sur l'anatomie intime des enseignants, surtout d'un assistant célèbre dont elles disent que la nature l'a bien nanti...

Un autre professeur, dont les qualifications demeurent pourtant douteuses, mais qui continue à jouir de cette qualité, distingue, lui, par son agressivité. Il est parmi les rares qui s'offrent le choix entre l'argent et les faveurs d'une étudiante, selon les sensations que lui procure la vue de celle-ci. Taciturne et d'une timidité à couper au couteau, il opère en solitaire.

Autant la course au sexe est devenue éperdue, autant la gent locale s'est confectionnée des ambitions pour répondre à des défis que, finalement, tout permet dans une carrière estudiantine ou enseignante à l'Ifasic. On parle alors de distinctions spectaculaires qui se terminent par des élévations à l'assistanat grand dam des bonnes consciences que compte encore l'Institut. Celles-ci se tourmentent souvent de voir à quel point une assistante qui, trois mois plus tôt, était étudiante, se retrouve devant un auditoire de deuxième licence pour prétendre transmettre les connaissances avec l'accord de son concubin de titulaire du cours.

Un produit fini, fini...

Sur le marché de l'emploi, cependant, les rédactions de presse, dont celles de « Vision », reçoivent des stagiaires qui présentent de graves faiblesses professionnelles en commençant par un manque inquiétant de maîtrise du français, qui est la langue de travail. Si la plupart d'entre eux peuvent donner, de mémoire, la fréquence largement claironnée des chaînes de radios qui déversent quotidiennement la musique abrutissante, il leur est difficile de localiser une chaîne sérieuse d'information ou de citer sans hésiter le nom de cinq journaux paraissant régulièrement à Kinshasa. Le journalisme se conçoit de plus en plus erronément comme un simple exercice d'apparaître sur le petit écran et, au besoin, lire, à grandes peines pour la diction, quelques dépêches dans le corps d'un journal télévisé.

JDW © Vision


 
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