arti du pays en catastrophe en 1997, dans quel état d'esprit vous vous êtes-vous trouvé en revenant ? D'abord, il y a eu un premier retour à l'invitation du président. Je trouvais important de rentrer à Kinshasa par la grande porte, étant parti du pays dans des conditions peu honorables. Un premier séjour de quatre jours. Et puis, je suis revenu en 2003 pour quelques mois. Cette fois, je suis là dans un cadre de projet électoral.
 Nzanga Mobutu |
Je pense que du point de vue de la population, il y a une chose que j'ai pu remarquer. Du temps du président Mobutu il n'y avait pas d'éléments d'appréciation, mais maintenant avec le régime de deux présidents qui se sont succédé, avec tout ce que le pays a connu, la situation socio-économique ne fait que se dégrader, avec une insécurité criante. Je crois qu'il y a une certaine nostalgie sur une période où l'on vivait en sécurité, en paix. Mais la crise socio-économique est toujours là, elle est présente. Je pense que l'appréciation dont on peut bénéficier aujourd'hui de la population devait se traduire plutôt par un souci de servir, de corriger sur le plan socio-économique. C'est dans cette optique que moi je pourrai m'engager avec notre population pour les élections, c'est-à-dire le projet en alternative pour le Congo.
Parti comme un jeune homme en 1997 vous rentrez à Gbadolite dans un bain de foule, pratiquement à la manière du maréchal votre père…
D'abord, je vais vous répéter ce qu'on m'a dit à Gbadolite et j'ai pu le constater également. « Le maréchal Mobutu n'a jamais été reçu comme ça à Gbadolite ». Ailleurs, très certainement. Il y a beaucoup d'attente. C'est vrai symboliquement à Gbadolite, mais je crois que ça sera le cas également à Kinshasa. Je le vois ça et là et c'est ce que je pressens déjà pour les autres provinces que je vais visiter. Il y a cette charge symbolique très importante et je crois que ça aussi, je dois l'accepter parce que j'accepte que le passif et l'actif. Je n'ai pas exercé des fonctions par le passé dans le gouvernement du Maréchal Mobutu, mais quand je dis que j'accepte que le passif et l'actif, eh bien,je porte son nom et je sais tout ce que j'ai subi ces dernières années. Mais je crois que rien ne peut m'empêcher de regretter.
Quand vous dites que vous acceptez le passif et l'actif, est-ce pour réhabiliter ou bien pour exprimer des ambitions ?
Quand on porte le nom, on ne reste pas insensible aux critiques. On est en politique, je crois que chacun est responsable de ses actes. Mais en même temps tout nous pousse forcément à corriger ce qui ne va pas ou peut-être bannir une part de vérité qui reste inconnue. C'est la voie que j'ai choisie et j'aurai à la mener avec vous, avec des partenaires, avec des amis. Les actions que nous allons mener bien entendu devront nécessairement contraster avec ce qui se fait maintenant, mais aussi avec certaines choses qui se faisaient dans le passé. Tout simplement parce que l'environnement aujourd'hui est complètement glissant. La guerre froide, c'est le passé ; l'époque coloniale, aussi. Tout cela est loin derrière nous. Aujourd'hui, nous vivons dans un monde et un contexte de commerce international qui demande que le Congo puisse participer. Or, nous avons d'énormes potentialités humaines. Elles sont très dynamiques et je crois que c'est là qu'on doit mettre en avant. C'est une question de bon sens, d'imagination. Nous devons être capables de mettre en place des politiques qui redonnent de l'espoir à la population. Je suis convaincu que le Congo en est capable. Mais cela doit être fait dans un contexte consensuel, pluriel. C'est comme ça que moi je conçois la politique.
Vous avez été l'un des derniers conseillers du Maréchal Mobutu. Quels sont les conseils qu'il n'a pas pu appliquer et que vous vous voudriez appliquer dans votre démarche politique actuelle ?
Je m'occupais principalement de la partie communication. En fait, je me battais pour plus d'ouverture au niveau de l'information. C'est dans ce sens que j'ai été amené à prendre contact avec votre journal. Nous avions, à l'époque, une rébellion ou une pseudo-rébellion. Je ne voyais pas pourquoi l'information ne pouvait pas circuler parce que finalement nous avons perdu essentiellement la première guerre. C'était la guerre de la communication, malheureusement cela n'a fait que précipiter la chute. Nous la vivons aujourd'hui, et les conséquences sont encore terribles.
Avez-vous vos propres hommes ou bien vous comptez récupérer les gens qui ont travaillé avec votre père ?
Je crois beaucoup dans la force de l'homme. Il est très important que chacun de nous ait en lui des potentialités. J'ai dans mon entourage certaines personnes qui, par leur dynamisme, peuvent faire avancer les choses. Mais en même temps, je crois aussi à des forces plurielles. Nous ne prétendons pas avoir la science… Je vous ai dit également que je ne croyais pas à une réalité que nous serions en mesure d'appliquer ; je pense qu'on doit vivre, dans l'ensemble de la réalité ou l'ensemble des particularismes. Je peux résumer par un slogan : « l'union dans la diversité ». C'est ça la vraie richesse et c'est en cela que nous croyons, nous les « néo-mobutistes ». Il y a un héritage politique sur lequel nous nous fondons pour mener notre action politique. Mais encore une fois, je crois que la différence se remarque dans le sens où nous nous sommes débarrassés des contextes dépassés. Le passé doit en fait nous servir ; nous n'avions pas eu une histoire totalement négative. Le Zaïre de l'époque a été grand, dans sa diplomatie, au niveau de son économie, dans les premiers temps. Il y a eu des dérapages, certes mais ça fait partie de l'histoire.
Tous les mécanismes économiques sont à la disposition de notre génération. Aujourd'hui, ce que l'Occident ou même l'Afrique attende, c'est de voir le Congo se doter d'un gouvernement stable, légitime et des institutions stables et renforcées. Les problèmes d'insécurité au Congo, compte tenu de notre géographie, se propagent chez nos voisins. Cette problématique là doit être réglée, raison pour laquelle nous nous sommes engagés clairement dans le processus électoral qui se dresse devant nous.
Vous démissionnez du MPR, vous revenez pour créer l'Union des mobutistes , sans créer votre propre parti. Comment pouvez-vous cerner votre démarche politique ?
Je serai très clair, parce que c'est vrai que ça paraît paradoxal pour beaucoup. Le problème du MPR se limite en une querelle des personnes, mais la base, elle, reste sans direction. En réalité, aujourd'hui, je ne peux pas avoir la prétention de créer un parti. Je pense que la création d'un parti doit être le prix d'une réflexion poussée au fond d'une convention politique existante. Je me suis battu longtemps pour le MPR. J'aurais demandé une carte de membre du vivant du président Mobutu. Mais j'estime que ma conscience ou l'action politique que j'entendais mener devait être circonscrite au sein d'une famille politique, donc la mienne. Moi, je voyais la politique dans le sens de l'ouverture, du débat, de l'échange. Malheureusement, c'est ce que je n'ai pas trouvé au sein du MPR ou de sa direction. C'est le problème que ressentent d'ailleurs bon nombre de personnes qui ont quitté. Il ne s'agit pas d'un problème idéologique. En réalité, ce sont des querelles des personnes. Donc, ma démarche consiste davantage à répondre aux attentes de nos militants qui ne demandent qu'une seule chose : la réunification de la direction au sein du MPR. Et comme vous le savez, nous avons deux MPR qui ont chacun un agrément. Nous sommes dans un contexte politique particulier et nous avons dû faire preuve d'imagination pour pouvoir contourner les tactiques ou les manipulations des uns et des autres.
Voilà donc la raison pour laquelle nous avons créé une situation de rassemblement et nous entendons donc mener une campagne électorale. Cette expérience là au niveau du terrain porte, nous la constatons dans plusieurs grandes villes où le MPR est présent. Beaucoup de gens adhèrent à notre démarche parce qu'elle rencontre la préoccupation de réunifier le MPR. Je l'ai dit à plusieurs reprises, le MPR est notre famille naturelle, maintenant. Après les élections, les choses peuvent complètement changer. A ce moment-là nous pouvons créer un nouveau parti. C'est peut-être là l'aboutissement. Regardez un peu ce qui s'est passé en France. Le parti du général De Gaulle ne lui a pas survécu, pour une simple et bonne raison que le général était trop grand. Je crois que c'est le même cas pour le maréchal Mobutu. Son idée d'un grand Zaïre était trop grand et ne pouvait pas se circonscrire dans un parti politique. C'est pour cela qu'il parlait du mouvement parce que c'était une dynamique. J'ai la conviction qu'au lendemain des élections, il y aura une demande de la création d'un nouveau mouvement, sans toutefois oublier l'héritage que nous revendiquons et qui sera bien sûr le socle sur lequel nous allons toujours nous appuyer. ça c'est parfaitement clair.
Dernièrement, vous avez reconnu avoir échoué dans votre première tentative de réunifier les ailes du MPR. Pour contourner cette difficulté, vous venez de le répéter, vous avez créé l'Udemo. Comptez-vous toujours reprendre la direction du parti en tant que héritier de feu le Maréchal Mobutu ou alors vous allez créer un parti pour noyer les MPR existants ?
Ce qui est important dans ma démarche c'est qu'il fallait une structure qui soit dépositaire de l'héritage politique du maréchal Mobutu. Je pense à mon sens que le MPR est passé à côté de la plaque pour des raisons que j'ai évoquées tout à l'heure. Des querelles des personnes ont complètement effacé l'aura du MPR. Je ne voudrais diaboliser personne, mais je pense qu'en tant que responsable de l'Udemo, j'aimerais juste rappeler les principes et l'un des principes c'est la responsabilité au sein de notre mouvement, la représentativité nationale. Ce sont les éléments qui vont nous servir dans cette campagne, parce qu'aujourd'hui, je peux vous dire que notre mouvement ou notre famille politique se trouve dans toute la République. Je reçois les appels de Beni, Butembo, Goma, Lubumbashi, Kisangani, du Bas-Congo. Ici à Kinshasa, c'est une réalité sur le terrain, car depuis plus d'une semaine nous effectuons des déplacements dans les différentes communes. Tous ces gens ont besoin d'être encadrés, canalisés. Les événements des 3 et 4 juin 2004 ont été suffisamment un exemple important. L'extérieur l'a transmis également. Moi-même j'ai reçu des appels qui allaient dans ce sens. En fait, c'étaient des actes spontanés ; une réaction face à ce que nous vivons aujourd'hui parce que la population estimait condamnable l'indifférence de la Monuc ; elle l'avait également été décriée à Bukavu. A Kinshasa, on a trop souvent l'impression que nous avons à faire à des gens au pouvoir, qui exercent des fonctions ou vaquent à leurs occupations sans tenir compte de l'ensemble de la collectivité nationale. C'est à cela que nous nous voulons répondre, mais pas en diabolisant ou rejetant qui que ce soit.
Le Potentiel 03.11.2005