ES derniers gorilles de montagne de la planète (Gorilla beringei beringei), une espèce en sursis, survivent en petit nombre (650 individus environ) dans le massif des volcans Virunga en Afrique, réparti entre l'Ouganda, le Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC).
Il était jusqu'ici difficile de les recenser et d'observer l'évolution de leur population car la région est accidentée et couverte de forêts denses. Grâce à la technologie GPS, les agents locaux peuvent désormais collecter les données relatives à ces paisibles primates, dont l'habitat s'échelonne entre 2 000 et 4 000 mètres d'altitude. Mais, faute de cartes géographiques mises à jour, ils sont dans l'incapacité de situer leurs informations avec précision.
Efforts conjoints pour les grands singes Les organisations fondées par des primatologues Jane Goodall et Dian Fossey se sont associées pour sauver les grands singes dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ce partenariat de plusieurs millions de dollars a pour but de protéger une zone de 3 millions d'hectares dans la région centrale de la RDC, où vivent 5 000 gorilles des plaines orientales et 10 000 chimpanzés. La protection des anthropoïdes sera faite en concertation avec les communautés locales. Elle permettra une chasse contrôlée, tout en interdisant le massacre des espèces menacées.
Ce handicap vient d'être levé avec la mise en oeuvre du projet BEGo (Build Environment for Gorillas), lancé conjointement en 2002 par l'Unesco et l'Agence spatiale européenne (ESA). BEGo vient de s'achever et a permis la réalisation de cartes à l'échelle 1 : 200 000 et 1 : 50 000. Cela devrait permettre aux services de protection des parcs nationaux accueillant les gorilles et aux responsables de la conservation des espèces des différents pays concernés de mieux suivre l'évolution de ces primates.
"Jusqu'à présent, la surveillance des gorilles posait de gros problèmes car ils sont installés principalement dans cinq parcs nationaux répartis entre trois pays" , explique Mario Hernandez, responsable de l'unité de télédétection de l'Unesco.
Trois de ces parcs sont déjà inscrits par l'Unesco au Patrimoine mondial de l'humanité : il s'agit des parcs des Virunga et de Kahuzi-Biega (RDC), ainsi que de la forêt impénétrable de Bwindi (Ouganda). L'inscription de deux parcs du Rwanda, celui des Volcans et celui de Mgahinga, est en cours de discussion.
La nouvelle cartographie permettra aussi de mieux fixer les limites des parcs nationaux. En raison de leur imprécision actuelle, certaines personnes vivaient à l'intérieur du parc en pensant se trouver à l'extérieur. Les autorités locales avaient donc besoin de données exactes pour régler les litiges les opposant aux communautés locales au sujet des délimitations.
INFORMATION GÉOGRAPHIQUE
La cartographie des cinq parcs nationaux a été réalisée en utilisant des technologies spatiales. En raison du relief tourmenté de la région concernée, recouverte d'une forêt dense, l'Unesco a estimé que seules ces techniques pouvaient fournir des données suffisamment précises. Elle a donc fait appel à l'ESA, dans le cadre de l'Open Initiative, un partenariat international lancé par l'Unesco en 2001 avec différentes agences spatiales internationales pour aider à la conservation du Patrimoine mondial.
L'ESA a fourni les images de la région prises par les satellites ERS-1, ERS-2 et Envisat. Et la société néerlandaise Synoptics a réalisé le traitement informatique de ces données pour les présenter sous forme de cartes lisibles et exploitables. Le Musée royal de Belgique a également été sollicité pour retrouver des cartes anciennes datant de 1930 à 1936. Plusieurs ONG travaillant sur la protection des espèces, ainsi que la population locale, ont aussi apporté leur contribution. Au total, l'opération BEGo a coûté 750 000 euros, dont 250 000 réglés par l'ESA et le reste par le gouvernement belge.
Grâce à cet effort, "nous disposons pour la première fois d'une cartographie précise utilisable avec le GPS et d'un système d'information géographique" , explique Mario Hernandez. L'ESA a, en outre, fourni une vue numérique et en relief du massif des volcans Virunga. Des cartes seront ultérieurement superposées à cette vue numérique.
D'ores et déjà, la comparaison effectuée avec des données anciennes de la région montre que "l'habitat des gorilles n'a pas été trop touché par la guerre qui a longtemps sévi dans la région. Mais, malheureusement, le déboisement, en 2004, a été assez fort et l'on constate aussi des changements importants de la végétation dans la bordure des parcs" , constate Mario Hernandez.
L'Unesco et l'ESA devraient poursuivre leur collaboration dans le cadre de l'Open Initiative. Avec plusieurs projets en perspective : l'étude de la région des chutes d'Iguazu en Argentine, importante en raison de sa biodiversité, la surveillance du Machu Pichu au Pérou, menacé par des glissements de terrain, ainsi que l'observation des montagnes de l'Altaï en Sibérie. Ce dernier projet a pour objectif d'aider les archéologues à retrouver de nombreux tombeaux datant de 800 ans av. J.-C., et qui commencent à sortir du sol gelé en raison du retrait du permafrost.
Christiane Galus © LE MONDE 29.05.05
Par : sylvie