Simona Paris, fonctionnaire internationale auprès de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc), parle des horreurs que vivent au quotidien les femmes dans les zones de conflits, notamment à Goma. Témoignage…
Les viols dans les conflits armés, perçus comme « butin de guerre », sont inexcusables, mais pourquoi continuent-ils à être perpétrés sans sanctions ?
Dans les zones de conflit en RDC, le viol est le plus souvent commis par les hommes armés en uniforme, en particulier le Fdlr (rébellion), comme les soldats gouvernementaux et la police. La tendance préoccupante est que le nombre de cas de violences sexuelles commis par des civils semble augmenter. Dans les zones de conflit, le viol est employé systématiquement comme arme de guerre pour détruire et humilier. Dans d’autres zones, il est commis par les hommes armés qui tirent profit du manque d’État de droit. La violence sexuelle est également liée aux relations de puissance et au rôle des femmes dans la société.
Quelle est aujourd’hui la situation du viol au Congo ?
Les populations les plus ciblées sont les femmes en âge de procréer, les jeunes filles, les garçons et les jeunes enfants de moins de dix ans. Pendant le premier trimestre 2009, au Nord-Kivu, 1 154 cas de viol ont étés rapportés. 33% des survivantes ont entre 25 et 49 ans. et 30% ont entre 10 et 17 ans. Le viol a de sévères effets à court et à long termes sur les survivants, les familles et les communautés. La peur de la violence sexuelle a un impact sur la production et la vie quotidienne. Par exemple, certaines femmes ont arrêté d’aller aux champs par peur d’être attaquées. La protection des civils contre la violence sexuelle est en premier lieu une responsabilité du gouvernement de la RDC. La communauté internationale doit aider à établir les moyens de prévenir les violences, à fournir l’aide aux survivants, et à tenir pour responsables ceux qui commettent ces crimes. Les Nations unies ont été alertées sur la violence sexuelle en RDC pendant plusieurs années. La Stratégie globale de lutte contre les violences sexuelles en RDC a été développée avec le gouvernement par la Monuc, les autres agences des Nations unies, les ONG et beaucoup de partenaires, en réponse à la résolution du conseil de sécurité de l’ONU en décembre 2007. Dans cette résolution, le conseil de sécurité a invité la Monuc à « entreprendre un examen approfondi » et « poursuivre une stratégie globale, à l’échelle de la mission… en coopération étroite avec l’équipe des pays des Nations unies pour renforcer ses capacités de prévention, de protection et d’intervention dans le domaine des violences sexuelles ». en outre, la résolution affirme que « des mesures efficaces tendant à prévenir et réprimer ces actes de violence sexuelle peuvent contribuer grandement au maintien de la paix et de la sécurité internationales » et l’ONU s’autorise, lorsqu’il examinera les situations dont il est saisi, à prendre, les dispositions voulues pour faire face à la violence sexuelle généralisée ou systématique. La rDc est la première mission de l’ONU au monde à avoir développé une telle stratégie globale. mais, c’est l’action entreprise par le gouvernement congolais, les autorités publiques et les communautés qui feront la différence. La ferme législation congolaise au sujet des violences sexuelles aiderait à combattre ce fléau, mais encore faut-il connaître la loi. La capacité de l’État et la volonté de tous à mettre ces dispositions en oeuvre restent insuffisantes.
Des enfants sont nés de ces viols, comment les mères font face à cette situation ?
Les enfants nés du viol subissent les conséquences des stigmates associés à la violence sexuelle. en rDc normalement les enfants détiennent leur identité de leur père. Si le père est inconnu ou est vraisemblablement d’un groupe ennemi, ceci marque de façon négative et la mère et l’enfant. Très souvent, des femmes qui sont des survivantes de viol sont rejetées et vivent donc comme mères célibataires. ce qui a des conséquences négatives sur leur vie et leur capacité de prendre soin de leurs enfants et de les alimenter.
Comment vivre après un viol ?
Il y a beaucoup de stigmates associés à la violence sexuelle et ceci représente une barrière pour la prise en charge des survivantes. Dans les faits, de nombreuses femmes ne dénoncent pas le viol et souvent ne se rendent pas à un service médical dans le délai de secours de 72 heures. La réintégration est un moment très sensible pour des femmes et il y a beaucoup de travail en profondeur à effectuer avec leurs familles et leurs communautés. Plusieurs organismes ont mis des programmes de médiation en place dans la communauté et dans la famille pour aider les survivants. Grâce aux campagnes menées par différentes organisations et personnes, par la première Dame du pays olive Kabila, l’épouse du président Joseph Kabila, et d’autres initiatives, plusieurs femmes ont dénoncé le viol et les communautés sont de plus en plus ouvertes pour en parler. De nombreuses entreprises pour attirer l’attention du monde sur ces actes de violences sexuelles. on doit partir de l’éducation ; faire comprendre aux enfants que le viol est un acte répugnant. Pour renforcer la prévention, il faut aussi médiatiser les jugements les plus rigoureux contre les auteurs de ces délits. il faut continuer à soutenir les femmes qui brisent le silence. Pour réduire la stigmatisation, il faut donner la parole aux associations de femmes et impliquer les dirigeants locaux et religieux.
Par Fériel Berraies Guigny
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