Snel et Regideso : le secteur énergétique en péril

La desserte en eau et en électricité ayant atteint les profondeurs des contre-performances, le péril pointe à l’horizon. Un matin l’eau et l’électricité manqueront à Kinshasa. Et pourtant, la RDC est un pays inondé d’innombrables cours d’eau, pouvant fournir, et de l’eau potable et de l’électricité. Constat : la situation de la population congolaise est celle du sahel ou du Sahara, à quelques exceptions près. Catastrophe !



Le vendredi 4 mai 2012

Grands contrastes dans les secteurs de l’eau et de l’électricité. En cause, les opérateurs publics dont l’incapacité notoire dans la gestion du secteur est flagrante.

Le chantier « Eau et électricité » est parmi ceux qui n’ont pas connu un début d’exécution. Tous les saupoudrages réalisés dans le secteur se sont révélés sans lendemain certain. C’est que, à y voir de près, une programmation sérieuse a fait cruellement défaut. Au final, les 5 années de la mandature écoulée sont passées, sans que l’amélioration sensible de la desserte en eau et électricité ne soit palpée du doigt.

Les opérateurs publics en charge de ce secteur sont indexés. Mais cela suffit-il de charger la SNEL et la Regideso ? Un bilan dressé sur l’évolution de ce secteur laisse pantois. La part budgétaire réservée aux investissements dans le secteur énergétique, lequel touche directement au vécu quotidien des Congolais démontre à suffisance que le législateur n’en fait pas grand cas. Le taux consacré au secteur rentre en contradiction avec l’idée même de la croissance quantitative et qualitative.

Les statistiques sont formelles à ce sujet. Le ministère de l’Energie est classé parmi les mal servis du Trésor public congolais. Que peut-on déduire par rapport aux ambitions de la République ? L’absence d’ambitions de grandeur dans le secteur saute aux yeux.

Le soutien des partenaires

Elle est très loin cette époque où la Regideso a écrit ses lettres de noblesse. Le mérite en revient à l’actuel ministre de l’Energie, Gilbert Tshiongo, alors PDG de la Regideso. Depuis, c’est la descente aux enfers. Soutenue par la Banque africaine de développement, cette régie a initié des projets gigantesques au point que l’on a cru qu’elle allait briller de mille feux. Que des châteaux bâtis sur du sable.

Et pourtant, considérée comme l’unique unité fonctionnant encore dans le secteur de l’énergie en RDC, la Regideso a bénéficié d’un financement de l’Union européenne pour le renouvellement de la tuyauterie à travers la ville de Kinshasa. Un financement de la Banque mondiale qui a permis d’améliorer les conditions de captage et de traitement d’eau sur la rivière N’Djili. Au même moment, l’usine de traitement d’eau de Ngaliema bénéficiait d’un coup de pouce de la part de la coopération japonaise.

Malgré tous ces investissements en infrastructures, la crise de l’eau demeure intacte ; au contraire, elle va crescendo. Des sources crédibles affirment que des produits pour le traitement d’eau font défaut. En outre, l’étiage pousse davantage les points de captages dans les profondeurs du fleuve et autres rivières. Des informations recoupées démontrent que la Regideso est entrée dans une phase critique de son évolution. Un cadre, sous le couvert de l’anonymat, confie au Potentiel que « depuis un temps, le chlore fait défaut. Nous recourons au marché local pour nous approvisionner ! ». Pitoyable ! Une situation inimaginable pour une société destinée à un meilleur avenir au regard de la courbe qu’elle avait adoptée.

Notre source prévient aussi qu’il ne serait pas étonnant qu’un bon matin, le rationnement actuel ne tienne plus et qu’il n’y ait plus d’eau potable aux robinets. Peut-on, au nom de la transparence, connaître le stock stratégique de la Regideso en clore ? Interrogation légitime et pertinente.

Cette inquiétude est corroborée par le rationnement systématique en fourniture d’eau. Du fait de ce système communément appelé délestage, des quartiers entiers ne sont plus desservis en eau potable, même ceux habituellement mieux desservis. A côté, il y a des communes entières qui ont appris à ignorer la Regideso. Des enfants et des femmes effectuent de longs trajets pour s’approvisionner en eau.

Le cas des cliniques Ngaliema est poignant et révélateur de la gravité de la situation vécue par la majorité des Congolais. Depuis au moins trois mois, cet hôpital, l’un des plus prestigieux de la capitale congolaise, n’est plus desservi en eau par la Regideso. Cette catastrophe qui se profile à l’horizon, personne ne semble s’en inquiéter outre mesure. A cette allure, le pire est à craindre.

La SNEL, une boite de pandore

De la gestion de la SNEL à celle de la Regideso, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ouvrir la boite de pandore que constitue la gestion de la Société nationale d’électricité éclabousserait une importante frange de la classe dirigeante. Malgré quelques efforts sur l’augmentation de la quantité de l’électricité, la commercialisation demeure le talon d’Achille de la SNEL, du fait de la mainmise des politiques.

Sur le plan de la production, le site d’Inga, pourtant doté d’un important potentiel de 44 000 mégawatts, il n’est tiré qu’une modique quantité de moins de 1 000 MW sur une capacité installée de 1 700 MW. Les chiffres sont alarmants. Le taux de desserte de 9% allégué par les autorités congolaises est en deçà de la réalité. Même la manière d’obtenir ce taux à partir des points d’alimentation prouve à suffisance que l’on est loin du compte de 9%. Le taux le plus réaliste se situerait à moins de 5%.

Qu’est-ce à dire ? La gestion de la SNEL est des plus catastrophique. Une société qui se permet de maquiller ses chiffres ne peut survivre. L’an 2010, la SNEl a déclaré un bénéfice imaginaire alors que sa situation patrimoniale ne donne pas lieu à un probable partage des dividendes. Tous puisent dans les caisses de cette société d’Etat sans se soucier de son développement. Tous les projets de réhabilitation des turbines sont quasiment à l’arrêt. Même ceux initiés avec le concours de la Banque mondiale avancent à pas de tortue. Le projet lancé en 2008 traîne à se réaliser et l’on ne s’émeut guère.

Ici aussi, si rien n’est fait, un matin tout sera à l’arrêt. Et dire que la Regideso dépend de la SNEL ! Les dégâts humains qui en découleraient feront frémir.

Au gouvernement de jouer sa partition

La situation est peu reluisante. Ne pas l’affronter maintenant, présage des jours sombres pour la capitale Kinshasa et le reste pays. Les industries vont ralentir leurs activités tout comme les administrations et les affaires. Ce ralentissement aura une incidence certaine sur le Trésor public. Le péril est bien en la demeure. Il est économique, social et humain. L’heure est venue pour le gouvernement de prendre le taureau par les cornes, en adoptant des mesures urgentes et draconiennes. Se servir des rapports élaborés dans des bureaux climatisés ne suffit pas. Des audits sérieux révéleront que la SNEL et la REGIDESO sont mal gérées. La réforme des entreprises publiques n’a rien apporté de nouveau dans ce secteur. D’ailleurs, personne ne se bouscule pour reprendre ces deux sociétés. Il ne pouvait en être autrement, au regard des dégâts causés sur l’outil de production. Des hommes et des femmes capables de renverser les montagnes existent. Il faut les découvrir et les responsabiliser, loin des pesanteurs politiciennes. En attendant, le danger nous guette tous !

© lepotentiel 4.5.12


 


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