Pépé Kallé

Six ans après la mort de Pépé Kallé : ce qui reste de sa vie, de son œuvre et de son héritage. Pépé Kallé a laissé à la culture congolaise un riche héritage. Composé de centaines de chansons à succès



Le lundi 29 novembre 2004

Cela fait aujourd’hui 6 ans jour pour jour que depuis le 28 novembre 1998, l’artiste musicien Jean Kabasele Yampanya alias « Pépé Kallé » nous a quitté. Se souvenant de lui, sa famille, ses proches amis et connaissances se mobilisent en cette date mémorable pour honorer la mémoire de cet artiste de grand talent qui a légué au patrimoine culturel congolais une dense richesse artistique.

Vie

Né à Kinshasa, le 31 décembre 1951 dans une famille modeste, feu Pépé Kallé a fait ses débuts musicaux à la chorale de la paroisse Saint Paul, de la commune de Barumbu, et se révéla par la suite au sein d’un orchestre de divertissement du Collège Saint Raphaël où il a fait ses études secondaires avec brio.

Pendant ses études, il se lia d’amitié avec deux de ses vieux amis dont Papy Tex Matolu et Dilu Dilumona. Une amitié qui engendra le trio « Kadima ». De cette union naquit, vers les années 70 l’orchestre Empire Bakuba qui est resté le groupe le plus stable du pays, jusqu’à la mort de Pépé Kallé.

Surnommé l’éléphant de la musique congolaise, Pépé Kallé a joué le rôle d’ambassadeur de notre musique à travers le monde entier. Hormis la musique, Pépé Kallé fut un grand judoka et basketteur.

Carrière

Après avoir commence sa carrière musicale au début des années 70, le trio « Kadima » va éclater 2 pour des problèmes financiers et pendant ce temps chacun des trois a rejoint un groupe pour évoluer. Pépé Kallé intégra l’orchestre Bella Bella puis Lipua Lipua. Le trio va se reconstituer de nouveau pour exploser surtout vers les années 80 et 90, période au cours de laquelle des albums se sont succédés faisant la force et le succès de l’Empire Bakuba. L’on notera par exemple le cri « Kinshasa moto » qui a marqué son époque.

Cocktail, le tout dernier opus du défunt et tant d’autres ont connu un triomphe et hissé son nom au firmament de différents hit parades tant nationaux qu’internationaux (champion d’Afrique et des Caraïbes) preuve de la grandeur et de l’excellence artistique de Pépé Kallé.

Mais, après lui le groupe prime à travers le monde, s’est disloqué suite à une incompréhension entre ses collaborateurs et sa descendance.

Pépé Kallé qui ne s’est jamais adonné à la polémique restera à jamais dans la mémoire des amoureux de la musique par son oeuvre.

Témoignage

Les témoignages, il y en a des tas et de tas. On peut entre autres retenir celui-ci : Il était la colonne vertébrale de l’Emplre Bakuba, nous a indiqué un de ses anciens amis avant de poursuivre : sa disparition est une grande perte pour la culture congolaise. Son physique, sa voix et son talent nous marquerons à jamais.

Selon M. Zacharie Bababaswe, chroniqueur musical, Pépé Kallé était un artiste anti-polémique, il a joué plusieurs médiations en vrai rassembleur notamment avec ses jeunes frères de Wenge Musica qui l’ont en définitive gratifié d’injures comme pour le remercier pour sa bonne volonté.

Pépé Kallé était un excellent chanteur, présent au micro, il avait le souci de la perfection, il entretenait de bons rapports avec tout le monde, a souligné un autre interlocuteur qui est allé plus loin pour dire que cet homme était la pièce maîtresse du groupe « Empire Bakuba ».

Héritage

Pépé Kallé a laissé à la culture congolaise un riche héritage. Composé de centaines de chansons à succès. Pour certains analystes, vu la place prépondérante qui occupait Pépé Kallé au sein de l’Empire Bakuba, il était normal que l’Empire Bakuba disparaisse avec lui. Parce que, malgré la présence de Papy Tex et Dilu Dilumona à ses côtés, Pépé Kallé à l’instar de son physique occupait une place très importante au sein du groupe pour qu’il en soit autrement.

Ce qui reste

Pépé Kallé mort dirons-nous, l’Empire Bakuba a cessé d’exister. Aujourd’hui, mis à part le riche répertoire de l’Empire Bakuba, l’orchestre a été émietté en 4 ou 5 petits morceaux avec un leader à la tête de chacun d’eux. Tous se réclamant de Pépé Kallé. Parmi ces roitelets Papy Tex, Lofombo Bass, Boeing 737, Djuna Mumbafu et j’en passe.

Si l’Empire Bakuba a cessé d’exister, Pépé Kallé reste à jamais dans la mémoire des mélomanes.

Valéry Mankenda © Sélection Infos
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In mémoriam : Il y a 6 ans mourait Pépé Kallé

Les musiciens sont presque tous des sapeurs et même beaucoup trop extravagants. Mais Pépé Kallé et les siens fonctionnaient particulièrement sur le contraste entre la stature gigantesque de Pépé Kalle et le jeu facétieux des danseurs nains du groupe dont feu Emoro, le plus célèbre d’entre eux (mort en 1992), Jolie Bébé, Dokolos Dominique Mabwa

Comme bon nombre de musiciens congolais, c’est à la chorale dans une église (catholique) que sa voix a été pour la première fois admirée. En 1969, il quitte la musique religieuse et intègre l’orchestre Bamboula. Le style ici est celui de l’African Fiesta de Rochereau.

Pépé chez Vévé

Mais peu de temps après, il adhère à l’Ecurie Vévé de Verkys Kiamwangana Mateta. Celui-ci, célèbre saxophoniste de l’Ok. Jazz de Franco Luambo Makiadi et découvreur de jeunes talents, va dévoiler au grand jour les qualités intrinsèques de chanteur de Pépé Kallé au sein de son groupe Vévé et de l’ensemble Lipwa Lipwa.

Toujours au sein de « l’écurie Vévé », Pépé Kallé participe en 1972 à la fondation du groupe Bella Bella conduit par les frères Maxime et Emile Soki. Il les quitte après un temps court pour créer son propre groupe musical qu’il nomme Empire Bakuba. Il est en compagnie de Dilu Dilumona et Matolu Papy Tex.

Pendant plus de 25 ans, ce trio vocal qu’on appelait « Kadima » (Kabasele-Dilu-Matolu) va rester ensemble au milieu de multiples dislocations et schismes que vont connaître plusieurs autres groupes musicaux de la capitale congolaise.

En fait, la séparation s’est pratiquement érigée en règle dans le chef des ensembles de musique à Kinshasa et à Brazzaville. Mais Pépé Kallé, Papy Tex et Dilu ne se sépareront qu’à la mort de premier cité.

Le succès

Pépé Kallé va progressivement imposer son soukouss, caractéristique et harmonieux avec plus d’un son musical, joué par des guitaristes solo. C’est sans surprise que le chanteur à la voix vibrante et son Empire Bakuba connaissent un succès déjà fulgurant à Kinshasa à partir de 1973 avec la chanson « Nazoki ».

Dans l’intervalle de 1975 à 1977, ils visitent les pays environnants. Dans les années 80, le groupe étend son rayon avec des tournées au-delà du continent. Ses prestations sont de plus en plus spectaculaires avec la danse « masasi calculé ».

A Kinshasa, les groupes de jeunes ont adopté la sape. Les musiciens sont presque tous des "sapeurs" et même beaucoup trop extravagants. Mais Pépé Kallé et les siens fonctionnaient particulièrement sur le contraste entre la stature gigantesque de Pépé Kallé et le jeu facétieux des danseurs nains du groupe dont feu Emoro, le plus célèbre d’entre eux (mort en 1992), Jolie Bébé, Dokolos et Dominique Mabwa.

Dans l’album "Bombe Atomique". Pépé Kallé s’adresse directement au peuple dans un langage accessible avec des phrases facilement compréhensibles telles "L’argent ne fait pas le bonheur", "Dieu seul sait", "Simplicité", etc.

Cependant, il s’illustre aussi avec des textes à double sens évoquant, avec un certain persiflage acerbe, les difficultés de la vie quotidienne de ses compatriotes.

De Kinshasa à Paris

Ecrite en 1985, sa chanson « Article 15, beta libanga », sera un immense succès. Elle se réfère quelque peu aux paroles de « s’en remettre à l’article 15 » que Mobutu avait osé donner à ses administrés, lors d’une de ses allocutions : « Qu’on soit jeune ou vieux, on est tous en face d’une même réalité ; la vie difficile, le cauchemar quotidien. Que faire, sinon se référer à l’article 15, « Débrouillez-vous pour vivre à Kinshasa ». La vie est donc dure à Kinshasa. Et cette même année, l’Eléphant de la musique congolaise moderne décide de s’installer à Paris en France.

En compagnie de son vieil ami Canta Nyboma (qu’il apprécie depuis l’époque où ils chantaient ensemble dans Bella Bella) et sous la houlette du producteur Ibrahima Sylla, Pépé Kallé cible le public antillais avec "Zouke Zouke" puis "Mobiyi". Toute la Caraïbe l’adopte et cela le rendra célèbre dans toute la Caraïbe en 1987. Deux autres albums "soukouzouk" mais cette fois en solo, "Pou moun pa ka bougé" et "Tiembe raid pa moli", feront mouche dans toute l’Afrique francophone.

En 1991, Pépé Kallé renoue avec Sylla et une équipe parisienne de studio avec l’album "Gérant". Des chanteurs de renom participent à cet opus tels Nyboma Canta, Likinga Redo, Luciana de Mongongo, Boncana Maïga supervise les percussions. Manou Limai est aux claviers et à la programmation pour les arrangements avec Souzy Kasseya. Ce dernier intervient aussi à la guitare solo, et Lokassa tient la guitare rythmique de l’album. Pépé Kallé va finalement rentrer au pays et mettre sur le marché du disque quelques albums. Il s’éteindra le 28 novembre 1998 après la sortie de l’album « Full Option ».

L’Eléphant de la musique congolaise reste vivant dans les mémoires et dans les cœurs des amoureux du soukouss congolais.

Martin Enyimo © Le Potentiel


 


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