Ordinateurs d’occasion : à quel prix ?

La veille de Noël est une période assez pertinente pour faire la synthèse de notre enquête participative « Afrique, ordinateurs d’occasion : à quel prix ? ».



Le dimanche 10 janvier 2010

Le Sommet de Copenhague, consacré à la lutte contre le réchauffement climatique, se termine à peine. Déjà, dans les pays riches, c’est Noël et son avalanche de cadeaux.« Comparez et achetez votre matériel Informatique au meilleur prix et profitez ... En attendant les soldes d’hiver 2010 retrouvez nos idées cadeaux de Noël. ... » peut-on lire sur un site commercial, qui réitère les appels à consommer de nombre de sites marchands. Tout est dit. Au pied de l’arbre, c’est sûr, on trouvera quantité de produits électroniques, téléphones mobiles en tête, suivis d’un peu plus loin par les ordinateurs portables... Des achats la plupart du temps destinés à remplacer des appareils existants.

Certes, les ordinateurs des particuliers ne constituent pas la part la plus importante du volume des ordinateurs d’occasion qui remplissent chaque année davantage le marché d’occasion... et les décharges des pays émergents, africaines notamment. Mais outre que Noël est d’actualité, et que demain ce sont les soldes qui tenteront de déstocker les entrepôts de matériel informatique, le phénomène est intéressant à plusieurs titres. Car il est probable que ceux qui offrent un ordinateur portable à un de leurs proches n’auront probablement pas pris la peine de se soucier par avance du recyclage de l’ancien. Or, malgré toutes les directives en vigueur pour lutter contre la pollution dûe aux déchets électoniques et électriques, les D3E, il est loin d’être simple de se débarrasser d’un vieil ordinateur lorsqu’on n’a pas besoin d’en racheter un autre. Membre de l’Atelier des Médias vivant à Bordeaux, en France, Pascal en témoigne, les trottoirs français aussi accueillent de « vieilles machines » « car tout le monde ici ne fait pas la démarche d’amener son vieil ordinateur à la décharge publique où il sera dépollué. »

Pas si simple de se défaire de son vieil ordinateur...

Stagiaire un temps à l’Atelier des Médias, Marie s’est investie plus rigoureusement sur cette question du "recyclage" des ordinateurs usagés, d’autant qu’elle-même voulait savoir « où jeter 2 ordis complets qui me restent sur les bras ». « Les vendeurs de matériel informatique ont l’obligation de reprendre notre vieux poste si on en rachète un neuf, vu que maintenant l’éco-taxe est comprise dans le prix d’achat d’un ordinateur. Mais si, comme moi, on ne rachète pas d’ordinateur c’est beaucoup plus difficile de leur déposer du matériel en fin de vie.(...) Les collectivités locales doivent elles aussi se charger du recyclage des déchets informatiques en les collectant gratuitement puis en les envoyant à une entreprise de recyclage (c’est marqué dans la directive européenne), mais là encore à Clamart - où j’habite - ça n’existe pas, ou pas encore... Donc il ne me reste plus qu’à amener moi-même mes ordis à la déchetterie la plus proche qui me fait payer une taxe au kilo et envoie ensuite le matériel au recyclage ; ou alors d’en faire don à une association qui remet le matériel en circuit, mais comme je n’ai pas moyen de savoir si mon matériel peut encore fonctionner, je suis obligée de le mettre directement à la casse. »

L’Union européenne « perd » 75 % de ses déchets électroniques

Chaque année, selon l’organisation écologique Greenpeace, entre 20 et 50 millions de déchets électroniques sont produits dans le monde. Un volume qui augmente de 3 à 5% par an. Pour se faire une idée, 350 000 téléphones portables et 130 000 ordinateurs sont jetés chaque jour aux Etats-Unis. Et, toujours selon Greenpeace, l’Union européenne « perd » 75 % de ses déchets électroniques alors qu’il est strictement interdit par la loi de les exporter ou de les jeter.

Ces vieilles machines, on les retrouve de plus en plus souvent dans les pays africains. Selon le programme Acacia qui émane du Centre de recherches pour le Développement International (Canada) 400 000 ordinateurs et écrans usagés en divers états et de tous âges entrent au Nigeria chaque mois...

Denis, lui, cite encore d’autres chiffres, qui ne sont pas contradictoires d’ailleurs : « En 2006, les pays de l’Union européenne ont produit plus de six millions de tonnes de déchets éléctroniques (e-déchets), nous écrit ce consultant en marketing depuis la Côte d’Ivoire ; aux Etats-Unis entre 14 et 20 millions d’ordinateurs sont jetés aux ordures chaque année. La situation devrait empirer dans les années à venir. Le volume des e-déchets est celui qui connaît la plus forte croissance, tirée par la frénésie ambiante pour les produits high-tech. »

Comme « des carottes au marché »

Container tout juste débarqué aussitôt déchargé 2006 BAN Si les chiffres varient, il n’y a pas d’études officielles sur la question, une chose est sûre : des milliers d’ordinateurs obsolètes fonctionnant ou non sont déversés au Togo, Sénégal, Bénin, Cameroun, ou encore en Côte d’Ivoire d’où Siriki Coulibaly nous écrit : « Personnellement , je ne sais pas s’il faut parler de dépotoir de matériel informatique, mais une chose est sûre, il y a de plus en plus d’importation d’ordinateurs vétustes à Abidjan. Vers 14h heure locale, aujourd’hui, j’ai aperçu plus d’une centaine de ces vieux ordi à vendre à 250 000 CFA ( envrion 380 € ndlr) l’unité à débattre. Je vous laisse le soin d’apprécier ... »

Aminata vit à Thiès, Sénégal. Elle évoque « l’insécurité des marchés en Afrique ». « Je m’explique, nous dit-elle, le marché africain est inondé par des ordinateurs de seconde classe qui viennent du monde entier. La Chine est en partie responsable de cela. Le problème de contrôle des marchés et des produits importés se pose. Pourquoi ne vendent-ils pas leurs marchandises dans leur pays ? Aussi les Africains corrompus font passer toutes sortes de marchandises dans leur frontière. »

Au Togo, c’est le fameux TP3 qui est le plus souvent cité. Ce gigantesque terre-plein qui jouxte le port de Lomé est le réceptacle de tout un tas de marchandises arrivées par bateaux avec au moins, selon Jean-Baptiste, « 3 grands sites de décharge, [où les marchandises, ndlr] sont rapidement réparties par les revendeurs sur des stands. On peut dénombrer au moins 15 stands de vente sur le port au TP3, d’autres les transportent pour enrichir leur petite boutiques et points de vente en ville et à l’intérieur. A Lomé on peut dénombrer au mois 1 200 dépôts de vente de ces ordinateurs d’occasion. Chacun veut s’initier en informatique avec le développement du numérique. »

Bref, selon Mamadou, à Conakry, en Guinée, où il habite, « on dirait des carottes au marché et avec ça c’est des machines qui ont plein de problèmes. Par exemple tu peux acheter une machine d’occasion et quelques mois après elle commence à planter, ou tu l’éteins et l’allumer devient un casse tête pour toi. »

Rfi... aussi

Outre ses talents d’enquêtrice auprès des marchands d’ordinateurs, Marie a aussi sondé la politique de renouvellement du parc informatique de... Rfi. Et voilà ce qui lui a été répondu : « Rfi renouvelle chaque année 20% de son parc informatique, c’est-à-dire qu’ils jettent au maximum 200 postes par an sur les 1 000 que compte l’entreprise. Une partie des postes va à des associations qui envoient ensuite les ordinateurs en Afrique, visiblement ce sont des gens de la boîte qui connaissent les associations et leur font profiter du matériel. Le service informatique leur donne, en principe, des ordinateurs en état de marche, mais il n’y a pas de personnel dédié à la remise en état du matériel informatique chez RFI, ce sont les associations qui s’en chargent. Le matériel informatique inutilisable quant à lui est transporté par STT déménagements à Véolia (il est distingué du reste des encombrants : vieux meubles...). Pour le recyclage des déchets informatiques par Véolia, Rfi paye l’« éco taxe ». Calculée au poids elle couvre le prix de la chaîne de recyclage. » Didier est l’un des bénéficiaires de la politique de tri de Rfi. Pourtant, il n’est pas certain que tous les postes fonctionnent à l’arrivée. « Mais avec 10 ordinateurs, au Bénin, où il envoie sa cargaison, ils arrivent à en faire 6... » Didier

Président de Cultures Sud, une association qui défend les cultures africaines au Bénin, et salarié à Rfi, Didier récupère des ordinateurs usagés auprès de l’entreprise.

" Sur 10 ordinateurs récupérés, il y en a 6 qui marchent..."

Et c’est là que le bât blesse. Car, pour être parfaitement clair, ce ne sont pas les vieux ordinateurs par eux-mêmes qui polluent, comme certains de nos contributeurs le pensent, c’est leur rejet dans la nature qui pose problème. Damala vit entre le Bénin et la France où il récupère des ordinateurs d’occasion pour le compte de son association Solidarités et Culture. Les machines qu’il fait convoyer à Cotonou sont systématiquement testées pour éviter d’envoyer des ordinateurs cassés aux collèges que son association cherche à équiper en informatique. Mais quand les « maintenanciers » ne parviennent plus à réparer les unités centrales durement éprouvées par le climat, où vont les machines ? Ecoutez sa réponse :

de l’association Solidarités et Culture

Quand ça ne marche plus, on n’a pas de solution pour ce qui n’est pas réutilisable, et pas seulement au niveau du Bénin mais aussi dans les autres pays.

La fin des vie des « France au revoir »

« Même s’il est vrai que beaucoup de ces appareils ne fonctionnent pas, nous les techniciens, les reformons et leur donnons une seconde jeunesse car les ordinateurs high- tech ne sont pas à la portée du simple fonctionnaire qui trouve son salut dans les "France au revoir" » renchérit David depuis Ndouci en Côte d’Ivoire. Et après ?

« L’Afrique est aujourd’hui le territoire ou les nouvelles technologies prennent de l’ampleur, nous écrit Ezechiel depuis Abidjan, Côte d’Ivoire. La plupart des cybers fonctionnent avec les ordinateurs d’occasions communément appelés "seconde main". Outils qui ont une duré de vie très limitée. Nous pouvons dire que les ordinateurs d’occasion en Afrique vont dans les décharges communes à toutes les ordures après avoir été dépourvus de leur carcasse et de quelques éléments qui peuvent servir à la maintenance informatique. »

Pourtant des solutions commencent à émerger, au Burkina Faso où les Ateliers du Bocage ont d’ores et déjà commencé la « défabrication » des machines comme Jean-Pierre décrit cette opération qu’il a lui-même pratiquée : « A titre bénévole, j’ai participé, il y a quelques années, à la défabrication (c’est le terme officiel) de ce type de matériel et chaque élément démonté et trié a une valeur non négligeable, compte tenu du prix des métaux : nous trouvons du fer (boitiers en particulier), du cuivre (câblages ...etc... ), de l’aluminium, de l’argent et de l’or ! Donc le très vieux matériel qui n’est plus utilisable conserve une valeur, à la condition que la formation de personnes soit organisée, ainsi que la mise en place de centres de collecte et de défabrication.. » D’ailleurs, les constructeurs eux-mêmes commencent à se soucier de l’impact de ces montagnes de carcasses marquées de leur logo sur leur image de marque.

Quel avenir pour le recyclage « local » des ordinateurs usagés ? Quel impact sur l’environnement des pays où ils sont purement et simplement jetés dans la nature ? Ce sera l’objet de notre prochain et dernier article sur la question, toujours avec vos contributions, plus de 220 à ce jour.

Pour participer à cette enquête sur le « recyclage » des ordinateurs d’occasion en Afrique, rejoignez-nous sur le site de l’Atelier des Médias, web émission participative de Rfi.

Par Anne-Laure Marie ©RFI

Ordinateurs d’occasion en Afrique : à quel prix ? Dernier volet

C’est le dernier volet de notre enquête participative sur les ordinateurs d’occasion envoyés par dizaine de milliers chaque année en Afrique occidentale. Que deviennent-ils en fin de vie ? Quelles solutions de recyclage existent déjà ? Quelles solutions sont à l’étude ? Avec vos contributions, quelques éléments de réponse.

« Garantie de 2 semaines à 1 mois maximum… »

Ces « plusieurs mains », comme les appelle l’un des animateurs de l’association Africa Reporters, nous les avions laissées sur le terre-plein du Port de Lomé, chez les centaines de revendeurs de matériel d’occasion des capitales africaines, sur les marchés « alignés comme des carottes », dans les cybers, équipés à 99% de ces machines parfois en fin de vie. Et après ? Selon Mamadou, journaliste à Conakry en Guinée, « tu peux acheter une machine occasion, quelques mois après elle commence à planter ou tu l’éteins et l’allumer devient un casse tête pour toi. » Forcément plus accessible « à la petite bourse, ce qui permet à la grande partie de la pauvre population d’Afrique de rester à la page », rappelle Edo depuis Kinshasa, en République Démocratique du Congo, l’ordinateur d’occasion est aussi par définition… périssable et parfois à - très - court-terme. « Au début, il y a environ 10 ans, on trouvait très avantageux de se procurer un ordinateur à moins de 150 euros surtout pour les PME, raconte Touboui, depuis Abidjan, mais aujourd’hui, on se rend compte que c’est un vrai piège pour les utilisateurs, car ce matériel est vraiment trop obsolète et avec une garantie de 2 semaines à un mois maximum. Ne sachant aujourd’hui comment se débarrasser de ce stock indésirable, de grandes casses de matériel informatique se sont formées à Abidjan. »

« Une dizaine d’enfants décédés à Dakar en 2008 »

Or, les composants représentent un danger avéré pour la santé lorsqu’ils ne sont pas recyclés dans les règles. Amadou Diallo est coordinateur chez Enda Ecopole à Dakar, où l’association mène un grand projet de recyclage des appareils informatiques. Il rappelle que le rejet intempestif de ces déchets dangereux dans l’environnement et leur manipulation, par des enfants notamment, a provoqué il y a un an la mort d’une dizaine de personnes dans un quartier de Dakar : Amadou Diallo

Le plomb trouvé par les enfants dans les rues et les poubelles tue.

Sans même aller jusqu’au drame évoqué par Amadou Diallo, Laré Némonka fait remarquer depuis Lomé au Togo que « tout ce qui ne trouve pas preneur se retrouve sur les dépotoirs sauvages sans recyclage, à la merci des intempéries. Imaginons la suite après 10 ans ou 25 ans de plus sans réglementation des entrées des produits dérivés de nos pays… Sans doute des catastrophes. »

Dakarois, John confirme l’état des lieux dressé par Enda et l’étend même géographiquement quand il écrit que « sur le plan environnemental, aucun de ces pays ou l’apport de matériel de seconde main est primordial ne possède la technologie de recyclage, tous les déchets sont mélangés et portés à la décharge sans aucun tri préalable. » Or, selon lui, « le vrai problème, c’est que nos populations et même nos autorités ignorent ou semblent ignorer totalement les dangers que représentent ces ordures électroniques. L’initiative de déjà y penser et créer le débat est la bienvenue, mais la sensibilisation chez nous doit être de proximité et si les solutions ne tiennent pas compte de cette réalité, c’est peine perdue ». Car aujourd’hui, certains d’entre vous le disent, les questions environnementales ne sont pas prioritaires en Afrique francophone, pour employer un euphémisme. Ainsi Abani estime-t-il, depuis Zinder au Niger, « que l’autre aspect qui pourrait être celui de la pollution est vraiment négligeable, » car, écrit-il, « on ne peut faire des omelettes sans casser les œufs ».

Pour Emmanuel, toutefois, « la question se pose plutôt en terme d’urgence de mise à disposition de moyens d’information sur les dangers de la mauvaise élimination de ces déchets. Donc à mon sens le danger provient plus du manque d’information sur les conséquences éventuelles de la destruction ou de l’exposition à ciel ouvert de ces déchets. Ne dit-on pas que mon peuple périt faute de connaissances ? »

"Des enfants qui brûlent les câbles... et à côté d’autres qui jouent au football..."

C’est ce qu’a pu constater Nyaba Ouedraogo à Accra au Ghana. Photographe burkinabé indépendant venu couvrir la Coupe d’Afrique des Nations en 2008, il a été sollicité par un chauffeur de taxi pour aller visiter un lieu « tabou » pour les étrangers, la décharge d’Aglogbloshie market. Une visite suivie de beaucoup d’autres dont il a fait une série de photos impressionnantes publiées sur plusieurs sites dont celui du magazine Géo … Or, malgré les fumées toxiques issues de la combustion des câbles des ordinateurs, personne ne semble se soucier des risques sur la santé des riverains.

Même s’ils ont des maux de tête et des troubles respiratoires dont ils ignorent la provenance, les enfants pensent que la fumée ne peut pas leur causer de problèmes puisqu’elle monte.

S’il en existe peu, il y a quand même des structures de recyclage en Afrique occidentale ou au Maghreb. Trop peu toutefois, surtout si l’on considère la valeur de ces déchets que nous détaille Jean-Pierre : « récupération de pièces détachées et déconstruction intelligente des machines : le fer, l’aluminium, le cuivre, l’argent et l’or sont récupérables ; la matière plastique peut être broyée et devenir un conteneur-poubelle ou de la laine polaire ... »

Récupérer ce qui peut l’être pour valoriser les vieilles machines et les revendre ensuite, c’est ce qu’ont commencé à faire les Ateliers du Bocage. L’association est, en effet, l’une des rares structures en Afrique qui « recycle le matériel en générant des emplois sur place et réexpédie le matériel non traitable en France (en attendant mieux) ». L’un de ses membres, Sanou, est d’ailleurs membre de l’Atelier des Médias. Lors d’une précédente discussion sur le site de Web2solidarité, il y a détaillé les activités de cette association créée par une communauté Emmaüs en 1992 en France.

En Tunisie aussi, il semble que les choses commencent à bouger. Selon Abdulkarim, son pays, est « en avance - tout est relatif - par rapport à nos amis africains - récemment nous venons de terminer la première phase du projet présidentiel de collecte des anciens p.c. qui consiste à faire des dons au profit des associations de recyclage . Notre association - a fait des pas très appréciables dans ce sens . Nous sommes arrivés à récupérer et revaloriser les composants électroniques des cartes mères et des disque dur et des moniteurs tout en les labellisant et contrôlant leur parfait état de réutilisation -seulement il reste beaucoup à faire malgré tout ! Après tout, conclut-il, nous sommes des bénévoles. »

Les constructeurs commencent à bouger

Pourtant, le recyclage des D3E est un sujet d’actualité et les constructeurs, sans doute dans la crainte d’un scandale majeur qui affecterait leur marque, prennent eux aussi, depuis peu, des initiatives en matière de recyclage informatique et de prévention des déchets électroniques dans les pays émergents. Ainsi le fabricant Dell annonçait-il, en mai dernier, son projet de devenir « le premier constructeur informatique majeur à bannir l’exportation de matériels électroniques ne fonctionnant plus vers les pays en développement. » Hewlett Packard, autre marque d’ordinateurs individuels lancerait quant à lui une série de projets de recyclage en Afrique du Sud (Cape Town) au Maroc et au Kenya selon un article du New York Times du 25 mai dernier.

Mais en attendant que ces bonnes intentions soient suivies d’effets concrets, de nombreuses voix dans l’enquête menée ensemble prônent la mise sur le marché de matériel neuf à bas prix. C’est le cas de David, professeur d’Arts Plastiques- Informaticien, en Côte d’ivoire ou encore de Lisa. Membre de l’association APC, elle rappelle qu’ « il y a maintenant des ordinateurs écologiques à bas prix qui sont plus accessibles et qui peuvent fonctionner dans des conditions plus précaires (tel que le E2 : http://www.apc.org/fr/node/7270.) »

Même constat de la part de Chantal, vice-présidente de l’association Al Amal au Maroc, qui ajoute que « de plus si on veut vraiment aider les gens ils faut leur envoyer du neuf et des modes d’emploi. Un bon vaut mieux que dix mauvais et le transport sera moins cher ». Ce qui ne l’empêche pas de travailler en parallèle au recyclage des vieilles machines puisque « le 31 octobre (2009 ndlr) nous officialisons un jumelage entre la Belgique et le Maroc. L’enjeu principal est justement cela : une aide au recyclage des déchets et une grande campagne de sensibilisation dans la vallée (sans prévention pas d’évolution). Des ingénieurs viendront sur place pour une bonne mise en route du projet. Nous avons déjà obtenu la subvention. »

"Un monstre qui nous montre seulement sa tête..."

« Il devient donc urgent d’appeler les Africains à une prise de conscience sur les risques environnementaux et sanitaires des e-déchets », conclut pour nous Denis depuis Abidjan, en rappelant, par ailleurs, « qu’il existe une convention internationale [la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination], qui s’applique à ce type de déchets. Trop souvent, des justifications telles que ’la création de ponts sur le fossé numérique’ sont utilisées comme excuses pour obscurcir et ignorer le fait que ces ponts font aussi office de pipelines pour des déchets toxiques vers certains pays et des communautés les plus pauvres du monde. Il est très clair que ce scandale sur les déchets doit cesser au plus vite et surtout, il faut qu’une harmonisation des différentes lois liées aux recyclages soit mise en place avec une réelle concertation, avec tous les pays occidentaux et pays du Sud. » Une urgence à en croire Laré Némonka pour qui ce problème est « un monstre qui nous montre seulement sa tête mais son corps est sous l’eau. »

Un grand merci à tous ceux qui ont participé à cette enquête participative sur le recyclage et le réemploi des ordinateurs d’occasion. Le sujet est complexe et nous n’avons fait que l’effleurer mais si notre discussion s’arrête en tant que telle, rien ne nous empêche de continuer à échanger sur ce sujet passionnant.

Nous sommes donc prêts à lancer un nouveau sujet d’enquête, voir plusieurs en même temps, pourquoi pas…Vos idées de sujet sont donc les bienvenues, faites les nous parvenir sur le site de l’Atelier des Médias, en cliquant ici.


 


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