I. Résumé
Des agressions
effroyables à l’encontre des civils-à savoir des meurtres, des viols généralisés et le
recrutement forcé ainsi que l’utilisation d’enfants soldats-se sont multipliées, après
des accords politiques qui étaient censés mettre un terme à ces exactions. Des
centaines de milliers de personnes ont été déplacées et ont dû abandonner leurs
foyers au cours des 10 derniers mois. Les forces coupables d’exactions n’ont pas été
désarmées, mais elles ont au contraire consolidé leur autorité.
Le gouvernement congolais, soutenu par la communauté internationale, a essayé
plusieurs solutions à court terme pour résoudre le conflit, mais sans s’attaquer à ses
causes sous-jacentes. L’incapacité de l’Etat à protéger ses citoyens contre les
agressions, les prétentions des groupes armés à contrôler des parties du territoire et
à exploiter ses richesses, et l’impunité presque totale dont bénéficient les auteurs
de crimes, rien de tout cela n’est résolu.
A la suite des combats en août 2007 entre les troupes de l’armée congolaise et les
soldats renégats sous le commandement de l’ancien général Laurent Nkunda, les
dirigeants des Nations Unies et les représentants des Etats-Unis, du Royaume-Uni,
de la France, de la Belgique et de l’Afrique du Sud ont reconnu les risques d’un
conflit élargi et se sont engagés à trouver des solutions politiques à la crise. Mais
même alors que les parties sont tombées d’accord pour recourir à un envoyé spécial
afin de faciliter les discussions entre le Président congolais Joseph Kabila et Nkunda,
Kabila a donné des indications qu’il était déterminé à poursuivre une action militaire
contre Nkunda.
Un cycle précédent d’affrontements entre les forces de Nkunda et l’armée congolaise
était censé avoir pris fin avec un accord facilité par le Rwanda début 2007 portant
sur l’intégration de leurs forces, mais cet accord s’est effondré en quelques mois.
Nouvelle crise au Nord-Kivu
La politique du gouvernement à l’égard d’un deuxième groupe armé, les Forces
démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), a aussi suivi un cours déroutant et
contradictoire, l’armée soutenant parfois, et parfois attaquant ce groupe composé en
grande partie de combattants rwandais. Les FDLR ont apparemment pour but le
renversement du gouvernement actuel du Rwanda, mais ces dernières années ses
membres se sont davantage attaqués aux civils congolais qu’ils ne s’en sont pris à
l’armée rwandaise.
Les configurations changeantes du conflit l’année dernière ont vu de différentes
façons toutes les forces lutter les unes contre les autres : les forces de Nkunda luttant
contre l’armée congolaise, les FDLR luttant contre l’armée congolaise, et les forces de
Nkunda, sous l’autorité de l’armée congolaise dans les « brigades mixées » et
séparément, luttant contre les FDLR. Bien que les crimes commis par toutes les
parties aient constitué des violations du droit international humanitaire, pratiquement
aucun n’a fait l’objet d’une enquête et encore moins de réelles poursuites.
Sous-jacente au conflit militaire, il y avait une lutte pour le contrôle d’une des plus
riches régions du Congo. Nkunda, qui revendiquait la direction politique de son
propre mouvement, le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), a mis en
place une administration parallèle dans des parties du Nord-Kivu, installant ses
partisans dans les services administratifs, de la police et du renseignement.
Les FDLR, moins centralisées et plus éparpillées géographiquement que le CNDP, ont
eu moins de prétentions au contrôle administratif, mais elles ont cependant exercé
leur domination politique dans des parties substantielles du Nord-Kivu. Elles ont
cherché à tirer profit de l’exploitation des ressources locales, taxant le commerce et
extorquant des marchandises aux Congolais vivant à proximité de leurs bases.
Le combat pour le Nord-Kivu a été aggravé par des hostilités ethniques, Nkunda et
son mouvement étant identifiés aux Tutsis, tandis que beaucoup d’autres habitants
du Nord-Kivu, ainsi que la plupart des combattants des FDLR, étaient Hutus. Aussi
bien les Tutsis que les Hutus se souvenaient des discriminations et des violences
antérieures contre les membres de leur groupe ethnique, au Congo et dans les pays
5 Human Rights Watch Octobre 2007
voisins au Rwanda et au Burundi. Les deux groupes exprimaient la nécessité de se
protéger l’un de l’autre.
Le Rwanda, une force majeure dans l’Est du Congo, a régulièrement exprimé son
soutien à Nkunda, disant qu’il jouait un rôle vital dans la protection des Tutsis au
Nord-Kivu. A l’occasion, certains fonctionnaires rwandais ont autorisé Nkunda à
recruter de nouveaux combattants, y compris des enfants, au Rwanda même.
De nouveaux combats, qu’ils impliquent deux parties ou toutes les trois, ne peuvent
que générer de nouveaux crimes contre les civils. Une action politique est à mener
de toute urgence pour résoudre les problèmes fondamentaux que sont la protection
de tous les citoyens congolais, et la justice rendue pour tous les crimes effroyables
du passé. Il est clair qu’à défaut d’une volonté politique permettant de traiter ces
problèmes cruciaux, ce sont les populations du Nord-Kivu qui souffriront le plus.
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