Nostalgie : Chronique de la genèse des orchestres Le Negro Jazz de Brazzaville (1954) et l’OK Jazz de Kinshasa (1956)

Octobre 1989 – Juin 2012 : plus de 22 ans déjà, depuis que le grand maitre Franco Luambo Makiadi (12 octobre 1989), le patron du Tout puissant O.K.Jazz, l’une des icônes de la musique africaine. Nous pleurons aujourd’hui Ndombe Opetum (24 juin 2012), l’un de ses disciples. C’est à cette occasion que nous évoquons ci-après la petite histoire de la création du groupe que Franco a servi et dirigé pendant toute sa vie : Le Tout Puissant O.K. Jazz.



Le dimanche 10 juin 2012

1955 : Dans le foisonnement des bars dancings qui animaient le tout Kinshasa, se doter d’un groupe musical résident était devenu une nécessité. Henri Bowane, guitariste chanteur et grande vedette de l’époque qui suivait avec beaucoup d’intérêt les performances du Negro Jazz de Brazzaville (créé en 1954), négocie et réussit le déplacement du groupe à Kinshasa, le 2 Janvier 1955. Chacune des apparitions de l’orchestre au « Café Sport » et surtout au bar « Qwist », gérés alors par les frères Bowane, est l’occasion de démonstration d’une musique qui respire et qui remplit l’espace. Henri Bowane venait de gagner son pari.

Depuis lors, le Negro Jazz au sein duquel on trouvait Joseph Kaba « Jokab » (guitare) – Dieudonné Nino Malapet (saxo) – Jean Serge Essous (clarinette) Célestin Kouka, Edouard Ganga « Edo » et Théophile Samba (chant) – Bruno Yengo (guitare-chant), Bernardin Mpoua « Bébé » ( basse) – Boniface Ossiala et Pierre Loukouamoussou (percussions), s’imposa à Kinshasa. Ce qui lui vaudra un contrat de production avec Samuel Ebongue, propriétaire camerounais du célèbre dancing kinois « Air France ». Les concerts font salle comble, réunissant, tous les week-end, Kinois et Brazzavilllois. Le Negro Jazz est au sommet de sa gloire.

À l’opposé du dancing « Air France », sur la rue Itaga (au croisement avec l’avenue Prince Baudouin à l’époque) se trouve le dancing « OK Bar ». Son tenancier Oscar Kashama a réussi à s’entourer de quelques musiciens reconnus qui évoluaient en studio à la Firme « Loningisa » de l’éditeur grec Papadimitriou qui vont former un groupe musical appelé Oscar Kashama ou « Bana Loningisa ». C’est dans cette atmosphère propice à la réussite discographique que Jean Serge Essous quitte le Negro Jazz pour les Éditions « Loningisa » dans lesquelles se trouvaient déjà Daniel Loubelo « De la lune (1953) et Saturnin Pandi (1954). Ils seront rejoints par Marie Isidore Diaboua « Lièvre », Jacques Pella « Lamontha » et « Liberlin » de Shoriba Diop.

Ils étaient, pour l’essentiel, ceux qui disposaient en week-end d’un peu de temps après une semaine de travail au studio « Loningisa ». On pourrait citer : Jean Serge Essous /clarinette (que l’éditeur Papadimitriou à arracher au Negro Jazz ), François Luambo « Franco » (guitare solo), Paul Ebengo « Dewayon » (guitare – Groupe Watam), Daniel Loubelo « De la lune » (guitare rythmique), Augustin Moniania « Roitelet » (guitare basse), Philippe Lando « Rossignol », Saturnin Pandi « Ben » (Tumbas), Nicolas Bosuma « Dessoin » (guitare puis percussion par la suite), Marie Isidore Diaboua (flûte en duo avec Esous), Jacques Pella « Lamontha » (Flûte – tumbas) et Liberlin de Shoriba Diop (Tumbas)

Ce groupe initie un nouveau style de musique congolaise moderne, basé sur un jeu de guitare de Franco aux formules rythmiques répétitives, accompagnées de l’intensité du son de la clarinette d’Essous, les flûtes de Diaboua, Lamontha et l’arsenal des tumbas venus de Brazzaville.

Les éditions Loningisa vont produire ses œuvres qui vont tout de suite séduire. Daniel Loubelo « De la lune » signa des titres comme « Marie kanisa ngai », « Bitumba mabe » en 1953 « Mia bella poza » et « Komeka te » en 1955 et « Tango ekoki » ainsi que « Tika bizeti » en 1956. Luambo « Franco » va, pour sa part, se signaler avec « Kombo ya loningisa » -« Lilima chérie wa ngai » (1953) ; « Baini ngai po na yo Béatrice » et « Marie Catho » (1955) ; « Flamengo » et « Véronica o mboka Buckingam » (1955) ; « Elo mama » et « Naboyi yo te » (1956) et « Ba petites bongo luwo » et « Anna mabele ya ngoya » (1956). Philippe Lando « Rossignol » était l’auteur de « Thérèse d’amour » et « Wa bolingo » (1956). On notera pour Victor Longomba « Vicky » « Vicklong Julie » et « Bolingo eleki kisi » en (1956). Enfin, il faut rappeler pour Jean Serge Essous : « Alice », « « Chérie atiki ngai » » (1956).

Le choix de l’appellation OK Jazz

Soucieux d’identifier l’orchestre à son dancing, Kashama décida de lui attribuer un nom. Étaient en balance OK Boys (Garçons d’Oscar Kashama) et OK Jazz (Oscar Kashama Jazz). La première appellation sera rejetée en raison de sa connotation « yankee ». Le mot Jazz était très à la mode et peu importait la signification donnée au sigle OK, (orchestre kinois ou Oscar Kashama) et même si par la suite et officiellement c’est « Orchestre Kinois » qui sera retenu.

Signalons qu’entre temps, en mars 1956 le chanteur Victor Longomba « Vicky » a rejoint la formation d’Oscar Kashama. Il venait directement des Éditions CEFA où il a évolué depuis 1953 aux côtés de l’éditeur belge Bill Alexandre, ainsi que des musiciens Roger Izeidi, Armando Brazzos, Guy Léon Fylla, Marcelle Ebibi et autres. Il chante désormais en duo avec Philippe Lando « Rossignol ». Son arrivée sera suivie d’un réaménagement au sein du groupe et qui prendra effet après la sortie officielle le 6 Juin 1956. Daniel Loubelo passa à la base, Nicolas Bosuma « Dessoin » aux percussions (suppléant de Saturnin Pandi). Arrivée aussi de Brazzaville du trio Diaboua – Liberlin – Lamontha qui n’a pas osé se fixer à Kinshasa, au risque de sacrifier leurs emplois de mécanographes à IBM France à Brazzaville.

Lors d’un autre concert le 20 Juin 1956 au Parc de Book (aujourd’hui Parc de Zoo), avec la participation Nino Malapet, l’orchestre était composé de : Essous Jean Serge (chef) (Clarinette), Luambo François « Franco » (Guitare solo), Loubelo Daniel « De la lune ( basse), Lando Philippe « Rossignol » (Chant), Longomba Victor « Vicky » (Chant), Pandi Saturnin « Ben » (Tumbas) et Bosuma Nicolas « Dessouin » (Tumbas).

À noter que Moniama Augustin « Roitelet » parti est resté toujours proche du groupe et participera aux enregistrements avec OK Jazz plusieurs jours après. Pareil pour Diaboua Marie Isidore « Lièvre », Pella Jacques « Lamontha » et Liberlin De Shoriba Diop vont garder des liens très étroits et fraternels avec les membres de l’OK Jazz, et viendront régulièrement tous les week-ends à Kinshasa prêter main forte au groupe dont ils se considéraient toujours comme co-fondateurs. De son vivant, Franco n’avait jamais tari d’éloges sur ces trois musiciens. (Voire son interview avec Maman Angebi, La Voix du Zaïre 1977.

27 décembre 1956 : Premiers départs de L’ OK Jazz et des éditions Loningisa

En décembre 1956 Papadimitriou, le patron Loningisa est informé du départ imminent de quelques musiciens de son écurie pour rejoindre Henri Bowane qui venait de quitter Loningisa pour la Firme « Esengo » créé par un autre grec : Dino Antonopoulos. Le 27 décembre 1956 effectivement Essous, Pandi et Lando « Rossignol » quittent l’OK Jazz et la firme « Loningisa ». Tout comme d’ailleurs, Augustin Moniania « Roitelet » et Paul Ebengo « Dewayon.

Prévoyant, l’éditeur grec Papadimitriou avait auparavant pris la peine de dépêcher quelques jours avant, Luambo Franco et Longomba Vicky à Brazzaville pour obtenir la venue des anciens musiciens de l’orchestre Negro Jazz dissout, mais très connus à Kinshasa pour avoir fait leurs preuves dans ce groupe : Edo Ganga, Célestin Kouka (chant) et Nino Malapet (saxo et sociétaire de Loningisa). Ils vont intégrer OK JAZZ pour préparer le concert du 31 décembre 1956. La composition du groupe se présenta comme suit : Luambo Franco (guitare solo), Armando « Brazzos » (guitare rythmique), Loubelo Daniel « De la lune » (basse), Malapet Nino (saxo), Longomba « Vicky » (chant), Ganga Edo (chant) Kouka Célestin (maracas – chant) et Bosuma Nicolas « Dessoin » (Tumbas)

Nino Malapet va quitter l’OK Jazz au cours du mois de Janvier 1957 après avoir enregistré avec le groupe notamment « Aimée wa bolingo » et « Zozo kobanga te » de Edo, « Oye oye oye » et « Micora son » de Franco et cela avant de rejoindre les éditions « Esengo » et de créer avec Essous, Pandi, Lando « Rossignol » Tshilumba Balozi « Tino Baroza », Léon Nzambe « Sathan » Honoré Liengo, Diaboua, Moniania « Roitelet », Eugène Ngoyi « Gogene »…l’orchestre Rock-A-Mambo dont il sera le chef de 1957 à 1961. Ce départ sera suivi, en 1959, de ceux de Daniel Loubelo « De la Lune » ( basse), Edouard Ganga « Edo » et Célestin Kouka (chant) qui vont créer, le 15 août 1959, l’Orchestre Les Bantous de la capitale avec trois autres dissidents du Rock-A-Mambo : Jean Serge Essous (clarinette) Saturnin Pandi (percussions) et Nino Malapet (saxo). Des départs tout juste compensés par l’arrivée, le 20 août 1957, du saxophoniste Isaac Musikiwa (saxophoniste) intègre l’OK Jazz.

© Ndombolozone.com avec Clément Ossinonde


 


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