Sont-ils à même d’exercer les missions qui leur sont d’habitude dévolues dans les processus électoraux ? Quelles sont les difficultés particulières auxquelles ils sont confrontés ? Telles sont les interrogations qui servent de fondement et de fil conducteur à ce livre.
Les guerres et conflits font peser de lourdes menaces sur le secteur des médias, à la fois en créant des conditions économiques défavorables, en enrôlant les journalistes dans des rôles de propagandistes, en renforçant les velléités de contrôle des pouvoirs publics (et des autres belligérants) sur la circulation de l’information. Même si le conflit a pris fin depuis plusieurs années et si les médias ont bénéficié d’une période de transition pour se déployer dans un environnement plus stable, ils sont en général encore fragiles au moment où surviennent les élections.
En outre, les médias sont souvent plus que de simples observateurs dans les conflits et les processus de paix : en Afrique centrale, ils en sont aussi des acteurs et, fréquemment, des victimes. Ils ne sortent donc pas indemnes du conflit armé, mais portent, dans leur environnement professionnel comme dans les pratiques de leurs journalistes, la marque de ce qu’ils ont eu à traverser.
Outre les obstacles matériels et techniques, dans des pays où les infrastructures ont été endommagées, le contexte économique est souvent défavorable et les atteintes à la liberté de la presse peuvent être récurrentes. L’indépendance des médias n’est pas toujours garantie, l’atmosphère tendue pouvant être favorable à l’autocensure et la polarisation forte du champ politique encourager les partis pris des journalistes et des directeurs de publication. Même si la plupart des journalistes essayent de bien faire leur travail, les conditions de tension politique, la multiplication des tentatives de manipulation et l’urgence dans laquelle les journalistes travaillent dans cette période peuvent générer des failles, voire des dérapages.
C’est ce fonctionnement hasardeux, parfois périlleux, souvent courageux, que ce livre essaye de mettre en avant, en se penchant sur l’expérience électorale et médiatique du Burundi (en 2005), de la République Centrafricaine (en 2005), de la République du Congo (en 2002 et 2007), de la République démocratique du Congo (en 2006), du Rwanda (en 2003 et 2008) et du Tchad (en 2001 et 2006).
Pourquoi ces six pays ? D’abord, ils appartiennent à un même espace géographique et linguistique, le français y étant une (ou la) langue officielle. Ensuite, leur histoire présente des similitudes. Chacun d’entre eux a connu ces dernières années un conflit armé dans lequel ont été impliqués certains États voisins ou qui a généré des conséquences pour les autres pays de la région. Alors que leurs histoires politique et médiatique présentent beaucoup d’éléments communs, elles sont toujours observées de manière indépendante, monographique. Ce livre ne prétend toutefois pas offrir une perspective comparative, chaque pays gardant ses spécificités, mais vise plutôt à juxtaposer leurs expériences afin de tirer des enseignements sur le rôle possible des médias dans une phase cruciale du cheminement politique de chaque pays et sur les difficultés que les journalistes rencontrent.
(*)Marie Soleil Frère, Karthala, Institut Panos Paris