30 juin 1960 - 30 juin 2006
Le Congo au gré des sécessions et des rébellions

Le peuple, qui célèbre vendredi 30 juin 2006 le 46ème anniversaire de l’indépendance du Congo, ne cache pas sa détermination d’amener les acteurs politiques à ne plus recourir aux armes pour accéder au pouvoir. Il l’a fait savoir à maintes occasions, tant lors des rassemblements populaires que dans des rencontres avec les autorités politiques.



Le jeudi 29 juin 2006

Depuis le 30 juin 1960, en effet, l’histoire du Congo indépendant est jalonné de sécessions et de rébellions dont les plus meurtrières auront été celles de 1964-1965 (500.000 morts, selon des historiens) et de 1998-2003 (4 millions de morts). Plus jamais ça, entend-on clamer sur l’ensemble du territoire national.

Repères

Les malheurs du Congo remontent, selon les historiens, aux premiers jours de la proclamation de l’indépendance (30 juin 1960), lorsque le commandant belge de la Force publique avait bravé publiquement les nouveaux tenants du pouvoir à Kinshasa. Après l’indépendance égale avant l’indépendance, avait déclaré le général Janssens.

Et lorsque, cinq jours plus tard (5 juillet), éclata la mutinerie dans les rangs des troupes congolaises de la Force publique, les personnes avisées avaient commencé à craindre le pire pour la jeune République. Ce qui arriva effectivement, avec la proclamation (11 juillet) de la sécession katangaise à l’appel de Moïse Tshombe. La province rebelle ne réintégra le giron gouvernemental qu’en 1963.

Dans la foulée, une autre sécession prit corps au centre du pays, où Albert Kalonji proclama l’Etat autonome du Sud-Kasaï, bénéficiant du soutien de quelques pays occidentaux.

Ce fut le début de la première guerre civile qui amena, au Congo, des contingents de mercenaires étrangers et de soldats de maintien de la paix des Nations Unies. Cette situation dramatique se corsa avec la destitution (5 septembre), l’arrestation (1er décembre) et l’assassinat (17 janvier 1961) du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba, la création (septembre 1960) par Antoine Gizenga (compagnon de lutte de Lumumba) de la République populaire du Congo avec pour capitale Stanleyville (12 décembre) ainsi qu’avec l’instauration d’un Collège des commissaires généraux (14 septembre) par le colonel Joseph-Désiré Mobutu, fraîchement nommé commandant de la nouvelle Armée nationale congolaise (ANC).

Le Congo sombra alors, entre 1961 et 1965, dans un cycle infernal de rébellions armées. Selon des historiens, cette vaste rébellion embrasa le pays, faisant au moins 500.000 morts. Elle était principalement organisée, contre le pouvoir central, par des partis d’inspiration communiste ou lumumbiste.

Elle démarra au Kwilu (ouest) sous la houlette de Pierre Mulele (ministre de l’Education nationale dans le gouvernement de Lumumba). A l’Est du pays, se déclencha la rébellion des Simba (lions) sous la conduite de Christophe Ngbenye, Gaston Soumialot, du général Olenga et du colonel Kabila. Le Kivu-Maniema, la province Orientale, le Nord-Katanga, le Sankuru, une partie de la province de l’Equateur et la ville de Stanleyville (Kisangani, aujourd’hui) tombèrent sous le contrôle des Simba, rappellent les mêmes historiens.

La nomination, le 1er juillet 1964 par le président Joseph Kasa-Vubu avec la bénédiction des Occidentaux, de Moïse Tshombe aux fonctions de Premier ministre coïncida avec l’opération Dragon rouge. Celle-ci permit la reconquête de la ville de Stanleyville par les forces gouvernementales, soutenues par des mercenaires étrangers.

Le coup d’Etat des officiers généraux de l’ANC, qui mit au pouvoir Joseph-Désiré Mobutu le 24 novembre 1965 sous le prétexte de neutraliser les politiciens, maintint durant douze ans le Congo dans un climat de paix et de sécurité.

Il y eut, ensuite, les deux guerres du Shaba (Katanga, aujourd’hui) menées par d’ex-gendarmes katangais venus respectivement d’Angola (mars 1977) et de Zambie (mai 1978). Elles furent maîtrisées grâce au concours militaire de certains pays amis, dont la France, la Belgique, le Maroc et le Sénégal. Mais 18 ans plus tard, le régime de Mobutu ne résistera pas aux assauts d’une autre rébellion (1996-1997) venue également de l’Est, celle de l’Alliance des forces démocratiques de libération (AFDL) conduite par Laurent-Désiré Kabila et avec le soutien d’une coalition de soldats rwandais, ougandais, burundais et érythréens.

Finies les rebellions ?

Tout le monde le souhaite, les huit parties au Dialogue intercongolais (5 composantes et 3 entités) l’ont proclamé dans l’une des résolutions adoptées en 2002 dans la ville sud-africaine de Sun City : Nul ne peut accéder ou se maintenir au pouvoir par la force ni par la voie des armes. Tout mode d’accès au pouvoir doit être organisé par des voies démocratiques.

Six parties belligérantes (ex-gouvernement, RCD, MLC, RCD/N, RCD/K-ML et Maï-Maï) s’étaient affrontées (1998-2003) dans une guerre excessivement meurtrière et destructrice, rappelle-t-on.

Aujourd’hui, peut-on affirmer en âme et conscience que le phénomène des rébellions va être endigué en République démocratique du Congo avec la tenue de prochaines élections ?

Difficile de répondre à cette question, d’autant que les anciens belligérants actuellement aux affaires ne lancent pas suffisamment de signaux à même de rassurer le peuple congolais dans sa quête d’un véritable Etat de droit pour la Troisième République. Toutefois, un appareil judiciaire réellement indépendant et une armée nationale apolitique, s’ils sont effectivement mis en place, devraient constituer des garde-fous contre toute tentative de reprise des activités rebelles en RDC.

Angelo mobateli © Le Potentiel 29.06.2006

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