
- Le ministre de la communication et des médias, Lambert Mende Omalanga
C’est une décision prise, la semaine dernière, par Lambert Mende, ministre de la communication et des médias. Il n’y a plus de doute : Joseph Kabila n’est pas aidé. L’on comprend encore mieux ses déclarations aux quotidiens New-York Times et Le Soir dans lesquelles il déplore ne pas disposer même d’une dizaine de collaborateurs susceptibles de mettre réellement la RDC en mouvement. Certainement parce qu’il se tourne les pouces à son ministère où il passe son temps à acter la décrépitude des moyens techniques et la situation d’indigents des journalistes de la Radio Télévision Nationale Congolaise et de l’Agence Congolaise de Presse, Lambert Mende veut exister, s’attirer un peu de lumière.
Cette décision pleine de candeur et de naïveté pose d’emblée un problème : De quel droit, le ministre de la communication et des médias s’autoriserait-t-il d’interdire la diffusion des chansons qui ont reçu le blanc seing de la Commission de censure ? Laquelle commission serait sous la tutelle, je suppose, du ministère de la justice sinon celui de la culture. Il s’agit là d’une violation des droits des artistes musiciens et d’une restriction de la programmation musicale illégale imposée aux médias publics et privés, sauf à prouver que ces mabanga constituent des délits. Plutôt que de s’en prendre aux musiciens, c’est à l’attitude des hommes politiques, des officiers, des magistrats... que Lambert Mende devrait s’attaquer. Si l’un d’entre eux saisissait la justice pour un libanga non souhaité, non autorisé expressément, l’interdiction de diffusion d’une chanson aurait alors un fondement juridique crédible. Comme sous d’autres cieux, c’est plutôt la liste des professions interdites de toute forme de publicité qu’il faut élaborer et prévenir les musiciens au lieu de les punir rétroactivement. L’on sait, par exemple, que dans certains pays, les métiers de médecin, avocat, juge... sont interdits de publicité en dehors des plaques aux dimensions prédéfinies à apposer devant leurs cabinets.
Lambert Mende nostalgique de l’animation politique à la Mobutu
Le ministre Mende n’aime pas les mabanga mais loue les vertus de l’animation politique version Mobutu tel que le rapporte Radio Okapi : « Pour le ministre Mende, il faut faire la distinction entre ce qui est commercial pour lequel il ne faut pas citer les personnalités politiques et les actions qui concernent les travaux d’utilité publique pour lesquels ce serait une contribution des autorités que l’on cite pour mobiliser le public ». Quand on entend comment Joseph Kabila se plaint de ne pas avoir les hommes qu’il faut autour de lui, on peut se rassurer en se disant que ces animations politiques seraient rares.
Tiens, tant qu’il y est, pourquoi Lambert Mende ne ressusciterait-il pas simplement les groupes d’animation Kake et Elima, célèbres du temps de Mobutu ? D’un autre côté, il souhaite une musique responsable, de l’autre il veut caporaliser, griotiser les musiciens au profit du pouvoir politique ! Comprhénsible, ce ministre qui doit manquer du travail est dans les murs qui étaient jadis ceux du cabinet de Sakombi Inongo, ministre de Mobutu de l’orientation nationale puis, plus tard, de l’information et de la Mopap (Mobilisation, propagande et animation politique). Le virus tenace est resté sur les murs et les meubles
Quid de l’inflation des mabanga et de la pollution des chansons ?
Nous ne sommes pas devenus à Afriqu’Echos Magazine (AEM) défenseurs des mabanga, il nous semble seulement que le problème est pris par le mauvais bout. La chanson congolaise est polluée effectivement par les mabanga et y perd naturellement en qualité. Quant aux bénéficiaires, qui sont d’éminents personnages publics, cette glorification dénuée de classe ne les grandit pas. Il est tout aussi effrayant et ridicule de voir un officier de l’armée ou de la police être starisé comme un banal people ou un sinistre sapeur. C’est donc un appel à la respectabilité, à la noblesse qu’exigent leurs fonctions que Lambert Mende devrait lancer en direction de certaines catégories d’hommes publics dont il veut préserver l’honorabilité. Sans aussi oublier que certains n’occupent leurs postes que très peu de temps et redeviennent les hommes d’affaires, chefs d’entreprises, vedettes... qu’ils étaient auparavant.
Quand on manque d’idées, on devrait au moins avoir le bon sens. Un minimum.
Botowamungu Kalome (©AEM)