La société textile S’INTEXKIN pourra bientôt fermer ses portes

L’industrie congolaise de textile fait face notamment à trois périls : le mauvais environnement économique en RD Congo ; les étoffes bons marchés importées de Chine et les friperies en provenance d’Europe.



Le vendredi 23 mars 2007

Employant actuellement 600 personnes contre 1.700 il y a quelques années, la société S’INTEXKIN qui fabrique des textiles à Lubumbashi pourrait bientôt mettre la clé sous le paillasson. En cause, la concurrence agressive des tissus en provenance de Chine. Il n’y a pas que la RD Congo qui fait les frais des exportations chinoises de textiles.

Tous les pays du monde craignent l’invasion de leurs marchés par des produits en provenance de ce pays d’Asie, qui est devenu le numéro un mondial du textile. La Banque mondiale estime d’ailleurs qu’en 2010, la moitié des exportations mondiales de vêtements proviendra de la Chine. Avec la suppression, depuis le 1er janvier 2005 des quotas imposés par les pays industrialisés sur leurs importations de textiles en provenance des pays en voie de développement, la Chine est en mesure maintenant de produire plus et d’être compétitive sur les marchés grâce aux rendements d’échelles.

La force de la Chine est basée sur la compétitivité de ses produits, à savoir un bon rapport prix/qualité. Avant l’entrée de la Chine dans l’OMC (Organisation mondiale de commerce), c’est à coup de subventions que l’industrie chinoise parvenait à faire face à la concurrence. Hélas, l’industrie textile congolaise est confrontée à des prix de revient élevés. Une situation imputable non seulement à la vétusté des équipements, à un climat des affaires très mauvais mais aussi à des difficultés d’approvisionnement en coton et au coût de la main-d’œuvre.

La société S’INTEXKIN est confrontée par exemple à un coût salarial d’environ 150 dollars en moyenne par employé contre moins de 50 dollars en Chine et en Inde. Pour baisser les coûts d’exploitation, la firme a commencé à importer du tissu écru de Chine et de l’Inde. Mais elle doit faire face à des délais d’au moins cinq mois avant que les produits n’arrivent dans ses entrepôts. Ces délais trop longs constituent un autre coût à l’entreprise du fait de l’immobilisation du fonds de roulement.

Tout compte fait, le prix de revient des tissus revient à 10 dollars mais la société S’INTEXKIN est obligée de les vendre à perte, soit à 8 dollars pour faire face à la concurrence. Par ailleurs, avec la baisse dramatique du pouvoir d’achat, la population est très sensible au coût des biens de consommation. D’où le succès que récolte les vêtements d’occasion importés. La friperie satisfait actuellement la demande peu solvable de la plupart des habitants. Point n’est besoin de dire que ce produit cause un grave préjudice non seulement à l’industrie locale mais aussi à l’artisanat.

L’importation des vêtements usagés a ainsi contribué à la disparition des artisans tailleurs qui faisaient la fierté de toutes les grandes villes congolaises. Pour mémoire, en vue de protéger la main-d’œuvre et les investissements opérés dans le domaine textile et aussi de lutter contre des pratiques commerciales illicites, le gouvernement avait pris en mars 2002 plusieurs mesures de sauvegarde. L’importation des tissus imprimés semblables à ceux de la production locale fut interdite.

Les entreprises protégées (UTEXAFRICA et S’INTEXKIN) avaient, à cette occasion, signé un contrat-programme d’une durée de deux ans renouvelables. Aux termes de cette convention, elles s’engageaient notamment à procéder à des restructurations permettant d’affronter la compétition internationale, d’accroître la production, de moderniser les équipements, d’utiliser en priorité les matières premières et autres intrants locaux et d’assurer la formation professionnelle des agents.

La plupart des mesures prises par le gouvernement restèrent lettre morte. Il incombe au gouvernement de prendre des mesures appropriées pour protéger l’industrie textile, menacée de disparition. Plusieurs usines textiles ont déjà cessé leurs activités. Il est temps d’arrêter le massacre et les licenciements des travailleurs. Les pays industrialisés ont protégé leur industrie textile pendant trente ans en imposant des quotas d’importation. Certains d’entre eux continuent à pratiquer un subtil « protectionnisme ». Et ce, malgré la suppression, le 1er janvier 2005, des quotas pour le textile qui régissaient le commerce mondial.

Gaston Mutamba Lukusa © Congoindependant.com 2007


Par : Anonyme

 


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