Wamba Dia Wamba : Génocidaire de Kisangani
Kisangani : Guerre de six jours : Amnésie collective

« Ils sont en train de commettre un génocide sur la ville », s’était écrié au micro de la BBC le Colonel Danilo Pavia, observateur militaire de la MONUC, le samedi 10 juin 2000 à Kisangani. Ce constat traduit l’effroi de cet officier supérieur devant la barbarie en train de se perpétrer à Kisangani au cours de la Guerre de Six Jours—du lundi 5 au 10 juin 2000. Une barbarie hors des normes et des traditions militaires modernes de la guerre : le pilonnage systématique et indiscriminé de la population civile.



Le vendredi 8 juin 2007

Le mot « barbarie » tombe d’ailleurs comme un euphémisme plat devant l’anomalie, la déviance, l’inadmissible, l’innommable, oh oui !, le génocide gravés au fer rouge dans la chair de Kisangani ! Des blocs entiers de maisons aplatis sur leurs habitants. Des victimes aujourd’hui complètement effacées de la mémoire collective. Des victimes étouffées… Ecoutez le silence assourdissant de la presse congolaise ce mardi 6 juin 2007 sur ces événements. Pas un mot de pipé ! Des victimes mortes pour rien ; des victimes sacrifiées à l’autel des portefeuilles d’un Wamba dia Wamba ou d’un Roger Lumbala ou d’un Emile Ilunga.

Notez : je ne cite pas Jean-Pierre Bemba dans cette énumération. Lui au moins avait le mérite de semer mort et désolation chez lui, dans son pré carré, dans son terroir. Mais qu’avait donc à foutre Wamba dia Wamba ou Roger Lumbala ou un Emile Ilunga chez nous pour endeuiller toute une ville, détruire toute une population ! Aujourd’hui, devant la travestie qui consiste à métamorphoser Joseph Kabila en « démon rwandais », nous, de Boyoma, on connaît les vrais démons : ce sont ces messieurs susnommés. On est un pays foutu, sans mémoire collective, sans métarécit, sans passé, tout plongé dans un présent en flux duquel ne sortira peut-être aucun « avenir », le mot « avenir » étant entendu ici en tant que projet commun ! Pendant qu’à Kinshasa la « démocratie » se métastase en un grand carnaval burlesque, des voyous à l’étranger s’en prennent à quiconque produit un « récit » dans leur « récit » de la nation congolaise… Mais je digresse… Revenons à Wamba dia Wamba ! Nom monstrueux qui rime avec Bundu dia Kongo !

Voici donc quelqu’un, un académique de profession, qui s’est travesti en « académicien maquisard »-« scholar guerilla », comme il s’est fait un moment appeler par ses collègues universitaires. Un Che Guevara à la manque ! Un plouc ! Un bidasse ! Comme Bemba, il est engagé par Museveni pour semer mort et désolation dans son propre pays pendant que les Ougandais et les Rwandais mettent à sac son pays, lui laissant quelques miettes du butin. Il a même le culot d’appeler ces bandes de Gengis Khan des « alliés sur le terrain ». Lorsque les choses se gâtent entre ces « alliés sur le terrain » et que la communauté internationale s’insurge enfin comme à regret devant la destruction de Kisangani pour le partage des concessions diamantifères, il se transforme soudain en prestidigitateur qui voit le pillage des ressources du Congo comme une « politique systématique du gouvernement rwandais » et « le fait de quelques officiers ougandais » !

Grande dichotomie, dans l’esprit pervers de notre politologue des mangroves du Bas-Congo…Il a même eu le toupet de défendre la même thèse dans une université américaine après la Guerre de Six Jours. Habillé d’un complet d’alpaga, la cravate rayonnante, la chemise fraîchement repassée, la voix inaudible d’un pédant réclamant le silence, Wamba dia Wamba s’était lancé devant ce parterre d’universitaires dans une apologétique de l’Ouganda ! J’en avais auparavant appelé au boycott de cette danse macabre sur les fosses communes des victimes de Kisangani, mais le professeur en charge des rencontres africanistes de cette université m’avait assuré que Wamba dia Wamba s’était tout simplement « pointé » sans être invité et qu’il fallait donc lui donner la possibilité de s’exprimer. Qui plus est, enchérit ce professeur, parmi tous les chefs de guerre du Congo, Wamba dia Wamba était le seul à avoir encore des « vestiges de probité » !

Constatez donc comment les universitaires peuvent mal interpréter des personnalités… Au cours de la session des questions et réponses, je fus le premier à confronter ce panégyriste de l’Ouganda. Mon intervention n’était pas une question, mais plutôt un commentaire sur le rôle de cette personnification de la fraude : comment Wamba dia Wamba pouvait-il justifier l’entreprise de recolonisation de son pays par l’Ouganda ? sentait-il dans ce salon académique postmoderne climatisé les effluves putrescents des fosses communes de Kisangani ? avait-il des « vestiges de probité », comme le prétendait le distingué professeur ?

Eh bien, il y avait une fois dans l’histoire de la France un homme qui avait de ces [i]« vestiges de probité »[/i]. Son nom, c’était le Maréchal Pétain, condamné à mort à la Libération, mais dont la peine fut commuée en prison à vie par le Général Charles de Gaulle-pas à cause de son grand âge, mais à cause de ses services passés pour la nation française. N’avait-il pas été une fois un héros national ? Alors que vous, Wamba dia Wamba, serez à jamais marqué dans les pages noires de l’histoire du Congo comme le facilitateur de la recolonisation de votre pays ! Laissez donc Kisangani tranquille ! Les femmes boyomaises n’avaient-elles pas marché dans les rues de Kisangani pour vous demander à tenir ailleurs que dans la ville martyre vos rencontres de réconciliation du RCD ?...

Sur quoi je me suis levé et j’ai quitté la salle-pendant que Wamba dia Wamba me priait de rester pour qu’il m’expliquât l’inexplicable !

Et ce génocidaire de Kisangani est aujourd’hui sénateur-quelle farce ! Avec des criminels de cette sorte à la tête des nouvelles institutions, comment voulez-vous que cette nouvelle démocratie soit bénie ? Note en bas de page : au cours des présidentielles au Congo, Wamba dia Wamba avait introduit son dossier pour être candidat-sauf qu’il y avait une grosse pièce manquante dans ce dossier : le reçu conforme de la DEGERAD du versement de 50 mille dollars de caution non-remboursable ! Comme l’on pouvait s’y attendre, ce dossier fut purement et simplement jugé irrecevable ! Notre profiteur de guerre était-il donc sans le sou ? Peut-on lire dans ce fait-divers politique une « justice poétique » pour les victimes de la Guerre de Six Jours ?

Avant ce génocide sur Kisangani, le RCD s’était désintégré suivant le clivage de l’épaisseur des porte-monnaie de ces profiteurs de guerre. Wamba dia Wamba avait un moment triomphé à Kisangani sur le dos de ses sponsors ougandais. On l’a même vu parader sur la tourelle d’un tank ougandais-parade motorisée qui finit par desquamer le macadam de la seule voie macadamisée restante de Kisangani devant la Poste lorsque ces Ougandais allèrent le déposer dans son poste de commandement de l’Hôtel des Chutes.

On l’a vu ne jurer que contre Emile Ilunga, le favori des Rwandais, et vice versa. Puis, il y eut la guerre de la destruction de Kisangani pour la mainmise sur la production et la commercialisation du diamant-le « commercialisme militaire » de l’Ouganda et du Rwanda. Il s’est fait que notre Wamba dia Wamba était coincé à l’Hôtel des Chutes. L’artillerie rwandaise avait aussi pilonné aussi cet hôtel dans l’espoir de tuer Wamba. Les troupes ougandaises, autrement plus armées, avaient sous-estimé la détermination des troupes rwandaises. Pire, déjà dans la seconde journée de la Guerre de Six Jours, des snipers rwandais étaient lâchés dans les arbres, les caniveaux et les maisons de la ville, et éliminaient systématiquement des officiers ougandais. Il était donc urgent d’exfiltrer Wamba dia Wamba de la trappe de l’Hôtel des Chutes. Car sans lui la travestie de la « guerre de libération » devenait intenable.

Comble de travestie-car cette farce macabre de la « guerre de libération » s’accompagnait souvent d’un burlesque rabelaisien : il fallait déguiser notre Wamba dia Wamba en femme ! On ne sait d’où les Ougandais ont produit ces pagnes wax avec lesquels ils ont affublé Wamba ! Tout compte fait, notre guérillero fut donc sorti de l’Hôtel des Chutes dans la tenue d’une bonne ménagère congolaise… C’est l’une des anecdotes cocasses dans les annales boyomaises de la deuxième journée de la Guerre de Six Jours. Les Rwandais, point au parfum de la sortie de notre drag queen, ont continué à pilonner l’Hôtel des Chutes qui porte jusqu’à ce jour les stigmates de ces bombardements. Ah ! Génocide sur la ville de mon enfance…


Par : Alex Engwete

 


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