Fatou Kéïta : « Écrire, c’est une façon de s’évader, de rire, de pleurer aussi, »

A travers cet entretien, Fatou Keita, écrivaine ivoirienne nous livre sa passion pour la litterature et en particulier la litterature enfantine qui est son domaine de prédilection.



Le mardi 11 novembre 2008
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Fatou Kéïta

Depuis sa remarquable entrée dans le paysage littéraire africain, Fatou Kéïta, l’auteure de Rebelle (1998), est devenue l’une des écrivaines incontournables de l’Afrique noire francophone. Rebelle son oeuvre majeure dégage des thèmes pertinents, troublants voire déchirants : l’excision de la femme, le mariage forcé, les problèmes du mariage mixte et la polygamie entre autres, qui freinent le plein épanouissement de l’Africaine. Fatou Kéïta obtient le premier prix pour le concours de littérature africaine pour enfants de l’ACCT (l’Agence de la Francophonie) avec Le Petit Garçon Bleu (NEI 1996), et la Mention spéciale du Jury pour La Voleuse de Sourires (NEI 1997). Le Petit Garçon Bleu obtient aussi la Mention honorable du Prix UNESCO 1997 de littérature pour enfants. La même année cet ouvrage reçoit le Prix d’excellence de la République de Côte d’Ivoire pour la Culture ; il est traduit en anglais et en allemand. Fatou Kéïta bénéficie d’une bourse Fulbright pour faire des recherches aux Etats-Unis (1995) sur les femmes écrivaines noires. C’est au fait à son retour au bercail qu’elle publie Rebelle (1998) qui a connu un véritable succès. Le roman est traduit en allemand. La littérature pour la jeunesse étant son domaine favori, elle publie Sinabani, la petite dernière (NEI 1998) et Le Coq qui ne voulait plus chanter (NEI 1999) qui lui vaut le Prix Enfance décerné par l’Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire, Le retour de la voleuse de sourires (NEI 1999). Kyatou cache ses dents (NEI 1999) et Le Boubou du Père Noël (NEI 2000). De 1998 à 2001 Fatou Keïta est Membre du Jury du prix UNESCO de littérature pour enfants au service de la tolérance. Elle est nommée Membre du Jury des Cent Meilleurs livres africains du siècle au Salon International du Livre du Zimbabwe en 2001 et membre du jury du Prix NOMA de 2003 à 2005. Et l’aube se leva (2006) est son deuxième roman.

Romancière, conteuse, professeur d’université et critique littéraire : comment vous définissez-vous ?

Un peu de tout ceci. Je suis professeur de littérature anglaise, écrivain pour la jeunesse et romancière.

Ne pensez-vous pas que Malimouna, la protagoniste de votre roman, foule aux pieds les traditions ancestrales ?

Si ces traditions sont mauvaises pour l’humanité il faut avoir le courage intellectuel d’y renoncer ! Ce n’est pas parce qu’elles sont ancestrales qu’elles sont bonnes !

Le public ivoirien n’a-t-il pas crié haro sur le personnage de Rebelle lorsque votre roman a paru en 1998 ?

Au contraire puisque nous sommes à la troisième édition de l’ouvrage et ce roman est actuellement au programme des secondes en Côte d’Ivoire.

Ne croyez-vous pas qu’un tel personnage ne peut exister qu’à travers un roman ?

On me demande souvent s’il est autobiographique, c’est bien la preuve qu’il semble « réel » !

Vous avez bien abordé les problèmes de l’excision et du mariage forcé dans Rebelle.

Entre autres thèmes…

Y a-t-il un changement de mentalité vis-à-vis ces pratiques dans la société ivoirienne d’aujourd’hui ?

Les choses bougent lentement, mais je reste persuadée qu’elles finiront par disparaître. Il faut que les hommes également se jettent dans ce combat car c’est de leurs mamans, filles, sœurs et épouses qu’il s’agit.

Est-ce que vous vous définissez comme féministe ? Si oui, quel type de féminisme prônez-vous ?

Cela dépend de ce que l’on met derrière le mot "féminisme". Si dénoncer les violences, l’injustice et l’arbitraire dont sont victimes de nombreuses femmes, c’est être féministe, alors oui je le suis et je l’assume !

Pensez-vous que le courant féministe gagne du terrain en Côte d’Ivoire ?

Encore une fois tout dépend de ce que vous entendez. Une chose est certaine, c’est que de plus en plus la femme s’affirme et va de l’avant malgré les obstacles.

Vous vous concentrez plus sur la littérature pour les enfants, pourquoi ce penchant ?

C’est tout simplement un plaisir personnel. J’aime le monde des enfants et les histoires pour enfants !

Comment la critique universitaire ivoirienne juge-t-elle vos oeuvres ?

C’est à eux qu’il faut poser la question.

Laquelle de vos oeuvres vous a-t-elle lancée ?

La première : Le Petit Garçon bleu" qui a emporté le premier prix de l’ACCT en 1994. C’est un petit livre sur la tolérance, dont je suis très fière. Il est également au programme des CE1.

Que représente écrire pour vous ?

C’est une passion. C’est une façon de s’évader, de rire, de pleurer aussi.

Romancière, conteuse, professeur d’université, critique littéraire et mère de famille : Comment arrivez-vous à concilier tout cela ?

Avec beaucoup d’organisation. Quand on aime on ne compte pas !

Avez-vous des contacts avec vos compatriotes telles que Régina Yaou, Véronique Tadjo et Tanella Boni ?

Je rencontre souvent Véronique lors de Salon littéraire, nous étions ensemble au Festival Asie/Afrique en Corée du Sud du 5 au 14 novembre 2007. Tanella est une collègue et amie d’université, nous sommes en contact.

Y a-t-il un forum où vous vous rencontrez pour discuter des problèmes auxquels font face les femmes ivoiriennes ?

Non, Je n’ai pas trop de temps pour les réunions.

Que pensez-vous de la représentation de la femme dans la littérature africaine de ces dernières années ?

Ce n’est pas mon domaine.

La Côte d’Ivoire a connu ces derniers temps une période difficile à cause de la guerre : comptez-vous écrire quelque chose un jour sur cet évènement affreux ?

Il vous faut lire mon dernier roman : Et l’aube se leva


Par : Dr Ramonu Sanusi

 


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