Face à la mondialisation, faiblesses et atouts de la RDC

C’est à l’issue des débats démocratiques en réunions au siège et en ligne que le thème principal de la conférence publique introductive au troisième Congrès ordinaire de l’histoire de la Fédération des Congolais de l’Étranger, FCE en sigle, a été choisi.



Le lundi 29 septembre 2008

Un thème émergeant d’une consultation démocratique

Sur proposition du Comité scientifique, c’est « la RDC face aux défis de la mondialisation » qui a été préféré. Un choix qui oblige les membres mis en minorité de mettre en berne leurs ambitions sur d’autres orientations thématiques plus ou moins proches des réalités des Congolais. Ainsi, nous, qui avions milité pour que l’impact des élections de 2006 en RDC soit enfin décortiqué à ce niveau, avons été contraints à digérer démocratiquement notre défaite.

Mettre l’accent sur les possibilités du Congo à tirer profit de la mondialisation

La capacité de tirer profit de la mondialisation dépend des institutions et des dotations du pays, facteurs sensibles à la qualité de l’action publique. Or, avec l’absence de l’autorité réelle de l’État sur d’immenses parties du territoire national, la pauvreté extrême de sa population, la corruption qui a pris des proportions démentielles et le dysfonctionnement généralisé du système institutionnel, la RDC évolue incontestablement à l’envers du développement et de la modernité sur lesquels s’appuie la mondialisation. Dès lors, sous quel prisme rapprocher ou réconcilier la RDC avec la mondialisation galopante qui, faut-il le souligner, est à la fois au sommet de la modernité et à l’apogée du processus de développement ?

Partir des réalités concrètes et actuelles en RDC

Plutôt que d’envisager l’adaptation de la RDC à la mondialisation, comme on le fait dans des pays développés et aguerris à la compétition internationale, la logique suggère de partir des réalités concrètes courantes du Congo et de démontrer comment le pays peut tirer profit de son implication forcée dans le processus de la mondialisation. En effet, si la mondialisation est inévitable, force est aussi d’observer que les effets, qui lui sont corollaires, sont à la fois positifs et négatifs. Prise dans sa facette positive, la mondialisation apporte de nouvelles opportunités, des perspectives de nouvelles activités, de nouveaux services et donc des possibilités de création d’entreprises et de nouveaux emplois. Son corrélat, la délocalisation décriée dans les pays développés, profite logiquement aux pays sous-développés et a permis à certains, la Chine notamment, à combler leur retard.

Être dans l’avant-garde de la mondialisation

La facette négative de la mondialisation est essentiellement liée à des ajustements économiques et sociaux induits. Elle implique un effort permanent d’adaptation aux nouveaux marchés et aux nouveaux acteurs de ces marchés. En fait, c’est l’adaptation au changement qui devient ainsi un enjeu de tous les jours. Dès lors, la mondialisation peut être profitable à la RDC, à condition d’adopter une attitude pro-active. Ce qui implique des efforts pour être acteur de la mondialisation, rester au cœur du mouvement, voire même à son avant-garde, afin de pouvoir l’orienter et saisir les opportunités de profit qui se présentent dès que possible. Comme, par exemple, attirer les délocalisations. Comment s’y prendre ?

Viser l’attractivité de la place économique congolaise

Cependant, avec ses tares et ses faiblesses conjoncturelles, ce n’est pas dans tous les domaines que la RDC a des opportunités à saisir face à la mondialisation. La question de l’attractivité du site économique congolais se pose. Comment tirer parti des délocalisations en cours dans les pays industrialisés ? Comment séduire la nouvelle génération d’investisseurs étrangers aux exigences forcément plus élevées que celles connues autrefois ? Quel rôle doivent jouer nos entreprises, de concert avec l’Administration publique, pour améliorer la séduction de la place économique congolaise ? Quels pôles économiques faire émerger ? C’est ce type de questions que des conférenciers, dont les analyses font autorité en la matière, auraient été conviés à poser et à répondre si le débat se déroulait sur le sol congolais. Dans leurs réponses, ils auraient alors insisté sur la stabilité politique et juridique, sur la performance des infrastructures communicationnelles et énergétiques, sur la fiabilité des systèmes éducatif, social et sanitaire.

Décortiquer les rapports respectifs entre migration, décentralisation, nationalité et mondialisation

Mais le colloque se tiendra à Paris et s’adressera essentiellement à la diaspora congolaise. Comment et dans quels domaines mobiliser celle-ci ? Il faut alors partir d’un a priori : l’un des pays les plus vastes et les plus peuplés au monde, la RDC est à même de bénéficier des effets de la mondialisation si elle ouvre « mieux » son territoire à l’économie mondialisée de sorte que la globalisation profite à l’emploi plus qu’elle ne le desserve. Dans cette optique, les secteurs à cibler sont ceux où la diaspora a la possibilité d’apporter des plus values : migration, jouissance de la double ou multiple nationalité, décentralisation et emploi.

Primo, c’est la relation entre migration et mondialisation qui interpelle. Car, mondialisation sous-entend effacement des frontières nationales favorisant, non seulement la libre circulation des capitaux et des biens, mais aussi celles des hommes. Comment ce triple mouvement peut-il servir les intérêts de la RDC ? En Occident, la relation entre migration et mondialisation est présentée de façon simplifiée et incomplète. On met souvent en évidence l’« invasion » des pays riches par les pauvres des pays sous-développés. Pourtant, c’est par l’inverse qu’a commencé le mouvement migratoire mondialisé. Aussi, la politique discriminatoire pratiquée par l’Union Européenne [UE] vis-à-vis de l’Afrique est-elle injuste et en contradiction avec la philosophie de la globalisation que le libéralisme occidental véhicule. Quelles mesures de rétorsion la conférence va-t-elle recommander ? Que représentent les Congolais de l’étranger face à ces défis ?

Secundo, il est impérieux d’examiner les rapports entre la multi-nationalité et la mondialisation. En effet, même si les priorités de l’expatrié sont dans son milieu de résidence, la nécessité de sa participation à la vie politique et économique de son pays d’origine relève néanmoins de l’évidence. En témoigne l’ampleur des flux monétaires liés à la prise en charge par les Congolais de l’étranger des membres de leurs familles restés au Congo. Néanmoins, l’ambiguïté de la multi-nationalité apparaît au niveau politique : comment le bi-national assume-t-il la double possibilité d’être un acteur politique - électeur ou élu - simultanément dans son pays d’origine et dans son pays d’accueil ? Que penser inversement des Congolais d’origine étrangère se trouvant dans les mêmes conditions ?

Tertio, quels enjeux sont sous-jacents dans les rapports moins apparents entre mondialisation et décentralisation ? En fait, ces rapports deviennent évidents dès qu’on s’interroge sur l’impact de la mondialisation et de son corrélat - financiarisation économique internationale - sur la citoyenneté et la démocratie. En effet, il apparaît que le caractère inclusif de la citoyenneté universaliste promeut la démocratie, l’uniformisation des droits ainsi que de nouvelles formes de stratification sociale. Ici, il s’agit de prendre en compte la cession de nouveaux droits économiques aux investisseurs, individus et personnes morales immigrants, dans le cadre des accords économiques multilatéraux. En raison des pressions de l’économie mondialisée et des structures supranationales qui la portent, les institutions nationales se voient perdre, par le haut, certain nombre de leurs pouvoirs souverains. Quels effets sur la bonne gouvernance, sur la viabilité des institutions infra nationales et sur la justice sociale ?

Quarto, enfin, quelle relation entre mondialisation et emploi ? Une relation plutôt complexe ! Elle englobe pas mal d’autres secteurs prioritaires de la nation. La RDC peut notamment tirer son épingle du jeu dans la division internationale du travail à condition de bien former sa population et de la préparer aux mutations à venir. Dans l’avenir, les actifs devront être encore mieux formés qu’aujourd’hui et avoir une orientation internationale dès leur entrée sur le marché du travail. Beaucoup devront justifier d’une expérience professionnelle à l’étranger pour exercer à certains postes. L’existence d’une diaspora nationale massive est donc un atout à encourager. Elle peut également servir de force d’appoint à la formation professionnelle et à la recherche scientifique innovante ; si les actuelles entraves à la circulation sont levées.

Encourage le Congo à ouvrir son marché à l’économie internationale

En tant qu’association à caractère patriotique et à vocation internationale, la FCE encourage le Congo à ouvrir son marché à l’économie internationale et à se doter des atouts nécessaires pour relever les défis de la mondialisation. Des options en faveur des migrations, de la multi-nationalité, de la décentralisation administrative et de la formation professionnelle sont à faire émerger sous-forme de mesures concrètes. Reste à s’assurer que les résolutions et propositions faites à l’issue des débats soient défendues de manière crédible et efficace ?

Soutien et mise en valeur des résolutions issues des débats

En effet, il faut se préoccuper de la mise en valeur des résolutions issues des débats. D’où l’importance d’avoir, parmi les conférenciers, des acteurs politiques de premier plan et des décideurs économiques effectifs. La présence de l’Ambassadeur William Lacy Swing, Directeur général de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM), place d’emblée la conférence dans un ambiance internationale et donne tout son crédit au thème de migration placé en tête de l’ordre du jour. Ancien Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la RDC de mai 2003 à janvier 2008, l’Ambassadeur Swing connaît mieux que quiconque comment le Congo peut bénéficier des avantages de la mondialisation. La présence de l’Ambassadeur Swing pourrait encourager ceux qu’il a côtoyés au Congo, surtout au cours de la période euphorique des opérations électorales, à venir livrer et confronter leur vision de la mondialisation. C’est surtout sur ces derniers qu’il faudra compter pour la mise en application des résolutions de la conférence pendant qu’ils sont aux affaires.

Eclairage
Chronique de Lwakale Mubengay BAFWA


 


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