Évolution de la musique congolaise moderne des années 60 et 70

La musique congolaise, c’est toute une histoire. Comme celle des années 1960 et 1970 considérée à juste titre comme l’âge d’or de la musique congolaise moderne



Le mercredi 25 mai 2005

La fin de la décennie 50, fut marquée par l’apparition de jeunes talents comme Gérard Madiata, Jean Kwamy Munsi, Pascal Rochereau, Joseph Mulamba Mujos, Jeannot Bombenga. Ils sont parmi les acteurs qui vont marquer la décennie, en dehors de Vicky Longomba, Kallé Jeff, Nico Kasanda, Franco Luambo, etc.

Ici, on note un net progrès dans l’élaboration de la musique congolaise. Cette dernière se libère un peu de la musique traditionnelle et accentue ses compositions sur la musique latino-américaine, avec des essences culturelles de nos traditions. Elle s’impose et prend son essor dans toute l’Afrique et tout le continent danse au rythme du Congo. Le paysage musical de cette décennie est dominé par l’African Jazz et OK Jazz à Léopoldville, les Bantous de la Capitale et le Negro Band à Brazzaville, qui se disputent l’échiquier musical congolais.

L’espace musical de Brazzaville compte déjà une dizaine d’ensembles musicaux, parmi lesquels cinq émergent du lot. Il s’agit des orchestres Novelty, Cercul Jazz, Bantous de la Capitale, Orphée Jazz et Negro Band. A Léopoldville aussi, des dizaines d’orchestres se partagent le leadership. Les plus importants sont : African Jazz de Joseph Kabasele, OK Jazz de Franco Luambo et Conga Jazz et Cobantou de Dewayon Ebengo.

Âge d’or de la musique

Cette décennie marque l’âge d’or de la musique congolaise, elle est aussi riche en événements politiques dans les deux Congo, notamment les indépendances du Congo-Léopoldville et du Congo-Brazzaville, la sécession katangaise, la Révolution des 3 glorieuses, l’expulsion des Brazzavillois par Moïse Tshombe, le renversement du président Joseph Kasa-Vubu à Léopoldville, et celui du président Alphonse Massambat-Débat à Brazzaville, la création de la Soneca, etc.

La Radio Léopoldville, appelée le « Tam-tam d’Afrique », a aussi joué un grand rôle dans la promotion de la musique congolaise moderne. Elle émet au-delà du territoire des deux Congo. Alors que les autres stations de radiodiffusion d’Afrique émettent leurs émissions la journée pour arrêter vers 22 heures, la Radio Léopoldville émettait jusqu’à trois heures du matin. C’est cette situation qui a contribué à l’expansion de la musique congolaise, et qui a fait que notre musique soit écoutée dans un cadre dépassant nos frontières. C’est alors qu’on verra des frères musiciens et sœurs musiciennes des pays frères d’Afrique se rendre à Léopoldville et à Brazzaville pour se produire et pour travailler.

African Fiesta voit le jour

En 1963, à partir de la création d’African Fiesta, on assiste à l’implosion des orchestres dans les deux villes. C’est l’une des caractéristiques essentielles de la musique congolaise. Ce que nous pouvons appeler phénomène, s’amplifie et devient une constante de la vie des ensembles musicaux congolais. C’est ainsi qu’on aura de nouveaux groupes musicaux, notamment Conga Succès, Negro Succès, African Fiesta Flash, African Fiesta Sukisa, African Fiesta National, Tembo, Mando Negro, Super Boboto, les Esprits, les Fantômes, Vedette Jazz, Jazz Africain, Rico Jazz, Cobantou, Los Batchichas, Tino Mambo, Rock’A Mambo, Diamant Bleu, Révolution, Vox Africa, Jamel National, Festival des Maquisards, Grands Maquisards, Conga 68, Vipères Noires, Congo Jazz, Kara, Vévé, Les As, Kin Bantou, Bamboula, Thu Zaina, Los Tumba, Zembe Zembe, Is Boys, Le Mustang, Stukas Boys, Myosotis, Belguide, Zaïko Langa Langa, Thu Saphir, etc.

Cette multiplication d’orchestres est soutenue par de nombreuses éditions créées par des Congolais, qui s’ajoutent aux vieilles. Grand Kallé est le précurseur de l’édition musicale congolaise avec Surboum African Jazz. Elle sera suivie de la naissance de plusieurs maisons d’éditions, notamment : Boma Bango, Stenco, Flash, Tcheza, Covadia, Viva, Musikake, Tivoli, Paka siwe, Flash, Sansacion, Epanza makita, etc.

Une génération de jeunes musiciens émerge dans les deux capitales : Jeannot Bombenga, Pamelo Mounka, Sam Mangwana, René Mosengo dit Moreno, Johnny Bokelo, Côme Mountouari dit Kosmos, Deyesse Empompo, Loko Djeskin, Pierre Mountouari, Mario Matadidi, Sinuku Binga Tshekabu dit Saak Saakul, Bovick Ye Bondo, Champro King, Franklin Boukaka, Verckys Kiamwangana, Francis Bitsoumanou dit Celi Bitsou, Seskain Molenga, Paul Ndombe, Dalienst Ntesa, Lokombe, Dizzy Mandjeku, Athel Mbumba, Blaise-Pascal Wuta Mayi, Dénis Lokasa, Guvano Vangu, José Dilu, Jean Madilu Bialu, Johnny Massacre dit Takinga, etc.

Du côté du royaume de Belgique, les étudiants boursiers congolais créent à leur tour des orchestres pour se divertir pendant les vacances. Il s’agit de : Los Nickelos à Liège, Africana à Charleroi, Festival des Egalés à Bruxelles, Yéyé National et Afro Negro à Bruxelles. Dans ces orchestres des noms de bons chanteurs et auteurs compositeurs se révèlent aux mélomanes congolais : Zatho Kinzonzi, Félicien et Justin Nzeza, Macole, Tony Dee Bokito, Zizi Nzanga, Max Maxime, Teddy Kinsala, Roger et Boul Nyimi, Sassa Puaty, Kalala Fanfan, Kelly Mubuala, Oscar Baskys Nsukami, De Kala, Jean-Pierre Kabangi, etc.

La danse, jusque-là fondée sur les différentes variantes de la uumba, va connaître de nouvelles évolutions. Arthur Niemba crée le groupe des jeunes kinois « Les Gais Lurons », les prêtres catholiques à la province du Bandundu montent « les Jeunes Chanteurs de Kenge ». A Kinshasa, les jeunes créent « Chem Chem Yetu » et le père curé Jeff dit père Buffalo, monte « Les Etoiles » qui deviendra plus tard « Minzoto Sangela ». Les groupes créent leurs propres danses pour bien se démarquer des autres.

Cette décennie voit naître d’autres artistes de talent, notamment Reddy Amisi, Mbaki Dieka dit Debaba El Shabab, Samba Sambadio, Félix Wazekwa, Awilo Longomba, Pembey Sheiro, Modeste Modikilo, Isabelle Longombolo dit Isa la Fleur d’Afrique, Didier Masela, Abbi Suria, Fi Carré Mwamba, Lukebuka Volvo, Ngiama Werrason, Blaise Bula, Jean-Bedel Mpiana dit JB, Alain Makaba, Saint Patrick Azan’o, Mukangi Déesse, etc.

Les scissions

La décennie 60, c’est la période de grandes scissions et de grandes dislocations. Séparations et dissidences occasionnent la création de plusieurs orchestres. En juin 1960, Grand Kallé fait appel à Vicky Longomba et à Moango Brazzos, sociétaires de l’OK Jazz. Ils se rendent en Belgique avec d’autres musiciens de l’African Jazz, à l’invitation de Philippe et Thomas Kanza.

L’équipe se compose de Joseph Kabasele, Vicky Longomba, Armando Moango Brazzos, Charles Mwamba Déchaud, Docteur Nico Kasanda, Roger Izeidi et Petit Pierre. Cette équipe scelle la rencontre de Kallé et Vicky, deux grandes figures de la chanson congolaise.

Il s’en est suvi la défection de Bolhen, Armando Brazzos et Jhonny Eduardo Pinnock de l’OK Jazz pour rejoindre Vicky Longomba dans la première formule de l’orchestre Negro Succès. De retour du voyage de Conakry, l’orchestre Beguen Jazz a connu une scission. Moniania Roitelet, André Kambite dit Damoiseau, Tino Baroza, De Puissant, montent l’orchestre Milo Jazz.

Nico plaque Kallé

En 1961, Nico Kasanda quitte l’African Jazz de Kallé Jeff pour créer African Jazz aile Nico. Vicky Longomba quitte son propre groupe Negro Succès pour regagner l’OK Jazz. Le 13 juillet 1963, Docteur Nico, Rochereau Pascal, Roger Izeidi et Mwamba Déchaud quittent l’African Jazz pour monter l’African Fiesta. A Brazzaville, Francis Bitsoumanou quitte les Bantous de la Capitale pour l’orchestre « Cercul Jazz ».

En janvier 64, Mulamba Joseph dit Mujos quitte « l’OK Jazz » pour rejoindre les Bantous de la Capitale. Après la dislocation de son groupe Bamboula, Nedule Papa Noël intègre l’orchestre Cobantou de Dewayon Ebengo, qui se séparera avec son frère Bokelo, quelques temps après. Ce dernier créa l’orchestre Conga Succès avec son jeune frère Porthos et Seskain Molenga.

La deuxième grande scission intervient en 1966, lorsque Nico Kasanda et Rochereau Pascal se séparent. Nico monte African Fiesta Sukisa, Rochereau monte African Fiesta National dit African Fiesta 66. Sam Mangwana quitte « Vox Africa » pour l’African Fiesta National. Champro King intègre l’orchestre Cobantou de Dewayon. Au retour d’un voyage de l’OK Jazz à Libreville au Gabon, les musiciens mécontents de leurs rémunérations quittent l’orchestre en bloc. En 1967, sept musiciens désertent l’orchestre Tembo de Brazzaville, ils se rendent à Kinshasa. Ils créent l’orchestre Rock’A Tempo.

Ils sont pris en charge par Franco et plus tard par Rossignol. Toujours en 1967, pendant que Franco Luambo, Vicky Longomba et Verckys Kiamwangana se trouvent en Belgique, l’orchestre OK Jazz connaît une scission qui donne naissance à l’orchestre Révolution. Il y a eu aussi d’autres dislocations et autres dissidences telles que celle d’African Fiesta National, du Festival des Maquisards.

C’est la décennie qui a ouvert la voie aux séjours européens des groupes musicaux et aussi à l’exil sans cause des musiciens congolais. C’est ainsi qu’en 1960, pour agrémenter la Table Ronde politique de Bruxelles, l’African Jazz s’est rendu en Belgique. Beguen Jazz a effectué un voyage en Guinée-Conakry. Cette même année, Henry Bowane s’est rendu en Afrique de l’Ouest. Toujours en 1960, les Bantous de la Capitale se rendent à Abidjan en Côte d’Ivoire. Ils y retourneront également en 1966. L’orchestre OK Jazz se rend en Belgique en 1961. En 1962, l’African Jazz se rend pour la deuxième fois en Belgique. En 1963, l’orchestre City Five de Lola Checain, Johnny, le jeune frère de Franck Lassan, Alphonso et Danila effectuent un voyage en Belgique. En 1964, l’orchestre « Bantous de la Capitale » effectue un voyage au Cameroun. L’orchestre Rico Jazz a effectué un voyage aux Antilles en 1965.

Création de l’UMC

A Brazzaville, les choses s’organisent autrement avec la création en 1965 de l’Union des Musiciens Congolais (Umc), et en 1969, de la Société Congolaise des Disques, la Socodi, qui deviendra plus tard l’Industrie Africaine du Disque (Iad). Pour les enregistrements et les productions aux frais de l’Etat.

Le Maréchal Mobutu Sese Seko créera en 1969, la Société Nationale des Editeurs et Auteurs-Compositeurs, la Sonéca.

La fin des années 60 fut marquée par l’apparition des orchestres, dits des jeunes : Thu Zaina des jeunes de Kalina (Gombe), Symba de July Cuivre à Bandal, Stukas Boys des frères Diop, Narcisse et Demba, dit président DDS au quartier Immo-Congo (20 mai), Myosotis de jeunes de Barumbu, le Map’s à l’Athenée de Kalina (Institut de la Gombe), Tabou National de la commune de Saint-Jean (Lingwala) et enfin Zaïko Langa Langa de DV Moanda, regroupant les jeunes de Dendale (Kasa-Vubu) et de Renkin (Matonge), qui fut la figure de proue d’une troisième génération avec un nouveau type d’orchestre bien à lui. La musique de cette période se libère totalement de la musique traditionnelle, et laisse libre cours à l’âme congolaise.

La décennie 70 est marquée par la musique de Zaïko Langa Langa, créé à la fin de l’année 69. Cette génération libère les artistes-musiciens. Ces derniers sont pour la plupart des fans des chanteurs du soul music américain tels que Ottis Redding, Jimmy Hendrix, James Brown, etc., et à Kinshasa, celui qui représentait ce courant musical américain fut le groupe Is Boys que dirigeait Vincent Lombume, jeune intellectuel, fils de diplomate venu de la Belgique. Elle marque surtout l’émergence et la montée des orchestres de jeunes et de nouveaux ensembles musicaux. Le Yéyé était en vogue et certains artistes congolais imitaient leur façon de s’habiller, il s’agit des orchestres Vévé de Verckys Kiamwangana et Sosoliso du trio Madjesi, anagramme de trois noms de leaders du groupe (Mario-Djeskin-Sinatra). Les jeunes de Zaïko furent les fans de Is Boys. Papa Wemba, fan de Vincent Lombume, venait souvent rendre visite à ce dernier qui, grand frère à ses amis d’enfance.

Zaïko Langa Langa donne naissance, par une série d’implosions à des groupes qui enrichissent la galaxie musicale congolaise, devenue zaïroise. Il impose son magistère à l’ensemble des groupes musicaux des jeunes de deux rives du fleuve.

L’OK Jazz et l’Afrisa ont maintenant du mal à demeurer omnipotents avec ses groupes de jeunes qui montent en flèche. Il s’agit des orchestres Vévé, Grands Maquisards, Continental, Thu Zaina, Stukas Boys, Zaïko Langa Langa, Sosoliso, Lovy du Zaïre, etc.

Conquête des salles

Le début de cette décennie voit l’explosion des orchestres de jeunes à Kinshasa, qui marque aussi la création de plusieurs orchestres de renom, notamment African Team, Le Peuple, Le Nzois, Bansomi Lay Lay, Cavacha, Le Sensationnel, Révélation, African Choc, Kiam, Shama Shama, Wondostock, Les Redoutables, Empire Bakuba, Bella Bella, Bella Mambo, Tabou Engombi, Lipua Lipua, Kamale, Nella, Bilenge Sakana, Bakuba Mayopi, Afrizam, etc.

Les années 70, c’est la décennie de la conquête de grandes salles européennes. L’événement majeur qui a ouvert cette décennie c’est le passage de Rochereau Pascal Tabu et l’African Fiesta National à l’Olympia de Bruno Coquatrix à Paris. Qui sera suivi de Abeti Masikini à l’Olympia et à Wembley à Londres. Zaïko Langa Langa a pu fleurir et contribuer à la création de la troisième école de la musique congolaise moderne, après les deux premières écoles African Jazz et OK Jazz. Les chanteurs de Zaïko explosent avec la danse Ngwabin et des titres exceptionnels comme « La tout neige », « Mosinzo », « Paulina », « Francine Keller », etc.

En 1973, l’orchestre lance le rythme « Machine ya Kauka », créé par le drummeur Mery Djo Belobi, style basé sur la mise en évidence de la caisse claire qui est le support rythmique dominant. L’attaque chant est composée de Gina Efonge, Evoloko Anto, Jules Presley Shungu, Siméon Mavuela, les plus en vue et Jossart Nyoka. Les chansons « Mbeya Mbeya », « Zena », « Chouchouna », « Onassis », « B.P ya munu », « Consolation », « Liziba », « Eluzam », etc. font un grand succès sur l’échiquier musical zaïrois.

Apport des médias

Les groupes musicaux bénéficient du dynamisme de la production de Télé Zaïre, à travers la profusion des émissions de variétés, amplifiées par le mouvement amorcé par la presse écrite avec Joseph Nzita Mabiala dans le journal « Elima Dimanche », et d’autres journaux tels que « Likembe » « Yé » et « Nous les jeunes », et aussi la radio à travers les émissions « Tango ya bayembi » de Angebi et Kanzaku Ngelebeya, « la chanson dédicacée » d’Emile Lukezo, « Les disques des auditeurs » de Jean Mateta Kanda MK, « Salut les copains » de Nzazi Mabidi. « Hit Parade » de Kalonji Ngoy, « Chansons aux cent visages » de Nguya et Dany Luntadila. Sans oubllier « café des artistes » de Nkieri Ngunia Wawa, « Le cabaret de la semaine » de …, « Alanga nzembo » de Simon Lungela « Le Carrousel Kinois » de Lutu Mabangu, « Télé show » de Bénoit Lukunku Sampu, « En plein vent » de …, « Vedette en herbe » de Gaby Lusadisu, « Chronique musicale » de Kalonji Ngoy, etc.

Dans ces émissions, on invite l’artiste-musicien pour expliquer son oeuvre, on se livre à une herméneutique des œuvres diffusées, on retransmet en live l’ambiance typique des bars kinois ou c’est le baromètre de l’actualité musicale de la semaine. De nombreux orchestres voient le jour grâce à la radio et à la télévision. La production phonographique congolo-zaïroise se réveille aussi.

La danse a toujours une place de choix dans la musique congolaise. Au début de la décennie, Maître Taureau monte le groupe de danse « Sambole » en 1971. Au même moment, Thu Zaina recrute ses danseuses. Franco Luambo emboîte le pas.

Il monte à son tour les « Francorettes » avec les filles de Thu Zaina qu’il vient de débaucher. Il s’agit de Lola, Astrid, Mamy et Elysée, qui seront rejointes par Damas, Wello et Berba, les danseurs de Brazzaville. Entretemps, Rochereau préparait son passage à l’Olympia. Il recrute quatre danseuses qu’il nomme « Rocherettes ».

Avec le changement du nom du pays, qui intervient en octobre 1971, le Congo-Kinshasa s’appelle désormais « Zaïre », la musique congolaise se scinde en deux. A propos de la musique de Kinshasa, on ne parle plus de la musique congolaise, mais plutôt de la musique zaïroise. En 1972, l’orchestre Bantous de la Capitale aux enfers implose. Ce séisme a occasionné la descente aux enfers de la musique congolaise, avec le départ des grands de cette musique. Edo Ganga, Passi Mermans et Théo Bitsikou quittent le groupe. Ils montent l’orchestre les Nzois.

Le trio Cepakos formé de Pamelo Mounk’a, Côme Mountouari dit Kosmos et Célestin Kouka monte à leur tour l’orchestre Le Peuple.

Lutumba entre en scène

1974, c’est l’année où on découvre la créativité féconde de Simaro Lutumba, avec de véritables succès d’édition : « Ebale ya Zaïre », « Cedou », « Minuit eleki Lezi » et « Ntoto Mabele ». Cette dernière, met Lutumba sous les feux de la rampe et consacre son statut de poète, décerné par la presse zaïroise. Franco Luambo prend la direction de l’usine de fabrication des disques Mazadis, ex-Fonior. Il crée les éditions « Populaire ».

Ceci favorisa aussi l’émergence des maisons d’édition des disques. Tabu Ley monte les éditions « Isa ». Monsieur Mfumu Muntu Bambi monte les éditions « Parions » (Mondenge). Verckys Kiamwangana des éditions « Vévé », monte les orchestres Lipua Lipua et Kiam. Matumona des éditions « Bibi » monte les orchestres Shama Shama, Mokako et Bansomi Lay Lay. Il y a eu création de plusieurs éditions tels que « Molende Kwi Kwi » de Kwikwi Ngeta ; « Mara » de Matabisi Ramazani ; « Alamoule » de Buengo Makengele, « Super Contact » de Papa Ngoma, « Bondowe » de José Bondowe, « Dondas », « Inter Music », « Cover », « Réveillon », « Bomengo », « Boboto » « Alia Music » « Musicana », « Kinarama », « Moninga », « Kintueni », « Time » de Viva la Musica.

Première dislocation de Zaïko

Zaïko Langa-Langa connaît sa première dislocation en décembre 74, avec le départ d’Evoloko, Shungu, Mavuela et Bozi. Ils montent Isifi Lokole. Cette dislocation engendra plusieurs orchestres du Clan Langa Langa.

On peut citer : « Isifi Lokole » avec Evoloko, Bozi, Mavuela et Shungu, « Yoka Lokole » avec Mavuela, Shungu, Bozi, Mbuta Mashakado et Jo Issa en 1975, « Isifi Melodia » d’Evoloko, « Tout Grand Libanko » de Gina Efonge, « Viva La Musica » de Shungu Papa Wemba en 1977 et « Karawa Musica » avec Prince Espérant Kisangani, Jadot le Cambodgien Sombele Bilimba, Bipoli et Julva wa Julva Liguagua en 1977.

Avec l’implosion de Zaïko Langa Langa en 1974, le Stukas de Gaby Lita Bembo se déchaîne avec de nouvelles chansons et sa nouvelle danse « Ekonda saccadé ». La virtuosité de Samunga et de Bongo Wende démontre la grande qualité de cette formation musicale, qui a pu gagner l’estime des mélomanes kinois.

La création de Viva La Musica est venu déstabiliser l’atmosphère musicale kinoise et menace le succès de Stukas et de Zaïko Langa Langa. La résidence de Papa Wemba sur l’avenue Kanda-Kanda à Matonge fait trembler Kinshasa. Papa Wemba se transforme en chef coutumier du village Molokaï, anagramme de l’ensemble des avenues Masimanimba, Oshwe, Lokolama, Kanda-kanda et Inzia. La danse « Mukonionio » change la musique congolaise.

En 1975, Miezi le patron du dancing-bar la Suzanella Maison Blanche crée l’orchestre Kossa Kossa avec toute l’ossature des Grands Maquisards, sans Dalienst Ntesa, la tête d’affiche.

L’orchestre se compose de Franck Nkodia, Dizzy Mandjeku, Dave Makondele, Tabi, Domsis, Simon Nsumbu, Maubert, Michel Sax, Aimé Kiwakana, Lubega, Kiese Diambu et Lokombe. ZLL qui a connu le départ de ses meilleurs pions majeurs, a fait preuve de ses qualités de la troisième école de la musique congolaise moderne. Malgré ce départ, il a sorti des titres de grande valeur artistique qui ont convaincu les mélomanes. Avec des chansons comme « Yudasi », « Eboza », « Toli Kolumpe », « Elo », « Toli ya Liandja », « Bely Mashakado », « Nalali pongi », « Ma Koko » et « Lisapo ». L’apport scénique du showman Mbuta Mashakado n’est pas non plus à négliger.

La décennie70 a révélé aussi plusieurs talents individuels sûrs. Bien que sortis du néant, ils ont contribué à l’évolution de notre musique.

On peut citer le griot Kapia Mukenga avec son œuvre « Badibambe », Mayaula Mayoni, qui s’est révélé en 1975 grâce à la chanson « Bondowe », sortie avec l’OK Jazz, Koffi Olomide, révélation de l’année 78 avec son titre « Synza », joué avec Viva La Musica de Papa Wemba.

Jeannot Ne Nzau Diop © Le Potentiel

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