Degré d’appropriation de NTIC en RDC

Le terme « Nouvelles technologies de l’information et de la communication, NTIC » désigne un vaste ensemble de technologies dont la combinaison permet le traitement mais aussi la transmission de l’information. L’informatique et les réseaux (en particulier Internet) en sont les composantes principales.



Le mercredi 25 mai 2011

En RDC, les Nouvelles technologies de l’information et de la communication constituent, depuis 2000, des facteurs décisifs de transformation rapide des modèles économiques et sociaux en raison de leurs effets transversaux sur les autres secteurs de l’économie nationale. Cette évolution inéluctable génère des difficultés, notamment parce qu’elle met en cause la viabilité des structures historiques vétustes et les habitudes acquises. Mais elle attire aussi un volume considérable d’investissements privés vers le secteur.

L’irruption dans la vie quotidienne des nouvelles technologies, notamment la téléphonie cellulaire et l’Internet, est là pour prouver la capacité du secteur des télécommunications à contribuer au développement économique et social du pays. L’accès du plus grand nombre aux technologies de l’information et de la communication (TIC) est clairement devenu un des enjeux majeurs de toute politique de développement.

Au-delà de toutes les opportunités offertes par ces technologies, le degré d’appropriation, au Congo-Kinshasa, demeure très faible. Cet article vise à faire le point du degré d’appropriation des TIC dans la société congolaise et met en évidence les perspectives d’amélioration telle que l’envisagent les autorités congolaises.

État de lieux des TICS

Pour mesurer le degré d’appropriation des technologies de l’information et de la communication et l’état d’avancement du processus de construction d’une société de l’information, l’Union Internationale des Télécommunications et les Nations Unies, ont mis au point un ensemble d’indicateurs comparatifs qui permettent de positionner un pays (en matière de construction d’une société de l’information) par rapport aux autres ayant presque un niveau de développement identique. Ces indicateurs sont : les indices de base de la société de l’information, l’indice de développement de l’UIT et l’indice de gouvernance électronique des Nations Unies.

Selon le document de stratégies de développement des TIC du Congo-Kinshasa (2009), à fin 2007 et en termes d’accès et d’utilisation des TIC, le pays comptait au moins 20 fournisseurs d’accès et/ou de service Internet (FAI) reconnus, présents dans quelques grandes villes du pays et les chefs-lieux des provinces. Selon les sources de l’Union Internationale des Télécommunications (2009), le nombre d’utilisateurs internet était de 47.590 et celui d’utilisateurs internet haut débit était de 1.500 pour un nombre total estimé d’utilisateurs internet fixé à 230.480.

La télédensité internet était estimée à 0,37 utilisateurs internet pour 100 habitants, c’est-à-dire moins d’un habitant sur 100, la proportion de ménage disposant d’un ordinateur était de 0,3% et celle d’un ménage ayant accès à l’internet de 0,2%.

Le niveau de la bande passante internationale par utilisateur internet était estimé à 43 bits par seconde, soit une forte baisse par rapport à son niveau de 2002, évalué à 100 bits par seconde.

Le nombre de cybercafés était d’environ 200 concentrés à Kinshasa et dans les grandes villes et aucun « hot-spot » public à fin 2007. Cette faiblesse était due à l’absence de réseaux en fibre optique où les providers (fournisseurs d’accès internet) étaient tous obligés de développer leurs propres infrastructures (réseaux d’accès en boucle locale radio et liaisons de transmission par satellite).

Le second est l’indice de développement des TIC, cet indice mesure le niveau d’avancement des technologies de l’information et de la communication dans plus de 150 pays et compare les progrès réalisés entre les années 2002 et 2007. Il est construit à partir de trois sous indices pondérés que sont : le sous indice « accès aux TIC », ce dernier indice permet de mesurer la disponibilité des infrastructures et de l’accès aux services de base, le second sous indice est « l’utilisation des TIC » qui rend compte de l’appropriation des TIC par les citoyens et le niveau d’intensité dans l’utilisation des TIC, le dernier sous indice est celui de « compétences en matière de TIC », qui mesure les capacités humaines au sein d’un pays donné disposé à utiliser les TIC.

Selon l’UIT (2009), l’indice de développement TIC au Congo-Kinshasa est passé de 0,92 à fin 2002 à 0,95 en 2007, ce qui place le pays à la 151ème place sur 154 pays que compte l’indice à fin 2007 contre 144ème place en 2002. Ce qui dénote d’une amélioration très lente de la situation dans le pays au cours de ladite période. Au sujet de la sous indice « accès aux TIC » le pays occupe la dernière place à fin 2007 avec 0,80 alors qu’il se positionnait à la 147ème place en 2002.

En matière d’« utilisation des TIC » le pays est classé à la 151ème sur le 154 que compte l’indice, avec un indice de 0,01 ; place qu’il occupait en 2002. Pour le sous indice « compétences en matière de TIC », le pays est à la 137ème place, avec 3,14 alors qu’il était à la 135ème place cinq ans auparavant.

Le dernier indice est celui du développement de la gouvernance électronique (e-Gouvernment Readiness index). Cet indice mesure le nouveau rôle que peut jouer un gouvernement donné en améliorant la délivrance des services publics, tout en veillant sur l’efficacité et la productivité des systèmes et processus publics. Il est, lui aussi, un indice composite, car il comprend un sous indice de mesure du web, l’indice de mesure des infrastructures de télécommunications et le sous indice de mesure du capital humain.

Selon la source des Nations unies de 2008, le Congo-Kinshasa avait un indice global de 0,2177 contre une moyenne de l’Afrique centrale situé à 0,2530 et mondiale de 0,4515. Le Congo-Kinshasa était classé, à fin 2008, à la 162ème place sur 192 pays de l’échantillon ayant servi au calcul de l’indice, comme illustré dans le graphique.

Comme indiqué ci-dessus, l’indice du développement de la gouvernance est un indice composite dont les contre performances sont dus par la faiblesse de deux de ses composantes qui sont : l’indice du web avec 0,0870 contre une moyenne régionale de 0,1111 et l’indice des infrastructures avec 0,0100 contre aussi une moyenne régionale de 0,0333.

Par contre, les deux autres composantes de cet indice, c’est-à-dire le sous indice capital humain dont la valeur est de 0,5600 et le sous indice e-Gouvernement avec 0,2177 enregistrent de valeurs nettement supérieur autres pays de la région.

Le faible niveau de l’indice Web confirme largement le fait que le gouvernement congolais utilise peu ou pas les technologies de l’information et de la communication pour améliorer l’offre de services publics à la fois au niveau national qu’interministériel. Cette faiblesse confirme également que le pays a encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir mettre en oeuvre les services e-Gouvernement spécialement dans leur phase transactionnelle.

Les données disponibles indiquent d’une part, que le Congo-Kinshasa accuse un retard criant en matière du développement de la gouvernance électronique par rapport aux autres pays de la région et se disputerait la dernière place avec le Tchad et la République Centrafricaine.

D’autre part, la faiblesse de cet indice indique que dans la plupart des administrations et entreprises congolaises, le traitement manuel de dossier prédomine à l’heure actuelle avec comme conséquences : (i) la lenteur dans le traitement et la facilité dans la falsification des données ; (ii) la conservation peu rassurante des données et des archives ; (iii) la difficulté de consultation des dossiers et documents et la perte de temps dans le traitement des dossiers ; (v) les délais importants pour l’obtention des documents administratifs ; (vi) le manque des statistiques fiables ; et (vii) la difficulté de transmission et de communication de l’information entre les différentes administrations et entreprises et même au sein de celles-ci.

Par ailleurs, en dépit de ces faiblesses de taille, le pays vient de déployer les infrastructures en fibre optique dont la première phase (Muanda-Kinshasa) venait d’être achevée et le ring métropolitain en fibre optique sur la ville de Kinshasa. Le déploiement de ces infrastructures en fibre optique pourra, pensons-nous, favoriser l’avancement d’une société de l’information au sein de la communauté congolaise. Le pays vient aussi de bénéficier, de la part du gouvernement coréen, d’un réseau intranet gouvernemental qui relie dans sa première phase plus de sept ministères.

Outre les indices ci-dessus cités, la situation par rapport à l’utilisation de la téléphonie mobile ou fixe n’est pas aussi meilleure qu’on peut le penser.

En effet, du point de vue des télécommunications, le Congo-Kinshasa présente, à fin 2009, une télédensité de l’ordre de 15,31 lignes téléphoniques pour 100 habitants (dont 0.06 lignes fixes et 15,25 lignes mobiles), soit un niveau de pénétration encore relativement faible par rapport à la plupart des pays de niveau de développement équivalent. Cette pénétration reste inférieure à celle de plusieurs pays voisins de la zone Afrique centrale qui atteignent 30 à 40 lignes pour 100 habitants.

En outre, les réseaux sont concentrés sur deux grands axes, l’un au Sud-ouest (Kinshasa - Mbuji Mayi - Lubumbashi) et l’autre à l’Est (Bunia - Goma - Bukavu) où se concentre une part importante de la population (grandes villes) et des marchés rentables. Les populations rurales, qui représentent plus de 75% de la population du pays, n’ont en revanche qu’un accès limité aux services de télécommunications.

Les réseaux et les services de télécommunications au Congo-Kinshasa ont connu une très forte croissance depuis le début de la décennie en terme de nombre de clients et de chiffre d’affaires, principalement grâce au très fort développement de la téléphonie mobile, porté par les investissements des opérateurs privés. Le dynamisme du marché du mobile est confirmé par une croissance annuelle moyenne de près de 50% du parc de clients actifs depuis 5 ans et une croissance moyenne du chiffre d’affaires sectoriel de l’ordre de 25% par an sur la même période.

Le segment de la téléphonie fixe, dont les principaux acteurs sont des entreprises publiques, n’a pas pu résister au développement du mobile, faute d’infrastructures susceptibles d’accompagner ce développement, de moyens financiers et de vision stratégique. Trois opérateurs interviennent sur ce marché très exigu, limité à la capitale et à quelques grandes villes.

Le segment de l’accès à l’Internet reste très limité avec environ 10.000 abonnés concentrés sur Kinshasa et les principales villes du pays. Les tarifs d’accès sont très élevés et les bandes passantes offertes très limitées, du fait de l’absence d’infrastructures nationale et internationale haut débit en RDC. De nombreux réseaux indépendants, déclarés ou non, utilisent des connexions directes par satellite des fournisseurs internationaux. Dans ces conditions, le développement d’une société congolaise de l’information reste très lent et coûteux.


 


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