Dossier - La Franc-maçonnerie
Ce que cachent les francs-maçons

Des obédiences plus préoccupées par les luttes d’influence que par le débat d’idées, des frères réfugiés dans le repli sur soi et dans un sexisme rétrograde, des relents d’affairisme... Derrière la progression des effectifs, la crise couve dans les temples



Le samedi 24 septembre 2005

Les apprentis se tiennent raides comme des « i », le bras droit horizontal, la main ouverte, les doigts joints, sauf le pouce, à l’équerre, glissant sur la gorge de gauche à droite. Ce « signe d’ordre » signifie : « J’aimerais mieux avoir la gorge coupée que de révéler les secrets qui m’ont été confiés. » Au grade suivant, celui de compagnon, la formule devient : « Que mon cœur soit arraché si je trahis les secrets. » Bien que ces signes et leur interprétation soient symboliques, difficile de ne pas ressentir un frisson dans le dos. A quoi servent ces rituels qui paraissent si poussiéreux et si loufoques ? La progression impressionnante des effectifs de la franc-maçonnerie masque les blocages comme les évolutions, les malentendus comme les contradictions. Une véritable crise existentielle couve, prête à exploser (lire l’entretien avec Alain Bauer http://www.lexpress.fr/info/france/...).

A 64 ans, Michel porte beau. Ce retraité de l’Education nationale a été initié au Grand Orient (GO) il y a vingt ans et constate que la vie en loge n’est plus ce qu’elle était. « Des frères se réorientent vers l’action humanitaire en regrettant que l’on fasse trop de "masturbation intellectuelle" dans nos temples. La franc-maçonnerie est vécue comme un club service de philosophie, qui n’associe plus des égaux mais des ego. » Rien de surprenant pour Ludovic Marcos, l’ancien conservateur du musée du GO, qui, à 54 ans, visite des temples depuis un quart de siècle. Selon lui, les obédiences ont trois visages : ce sont à la fois des fraternités, des associations spiritualistes ou philosophiques et des groupes de combat humanistes. « Ce trépied devient de plus en plus déséquilibré au détriment de l’humanisme militant. Il y a un malentendu fondamental : l’institution maçonnique a pour objet d’être une conscience de la République et se doit de porter le combat en faveur de la laïcité, mais, à la base, elle est surtout pour les frères un lieu à l’abri des turbulences de la société. » Le virage majeur s’est produit, selon Marcos, à la fin des années 1990 : la franc-maçonnerie ne se développe depuis que pour elle-même.

La tendance est générale. Celle du repli sur soi, du cocooning. Dans les temples, on se préoccupe plus de la formation personnelle des initiés que du message collectif. « Les francs-maçons veulent qu’on leur fiche la paix dans leur loge, lâche Roger Dachez, médecin, historien et président de l’Institut maçonnique de France. S’ils ont frappé à la porte du temple après un parcours décevant au sein d’un parti politique, d’un syndicat ou d’une Eglise, ils ne veulent surtout pas revivre la même chose. » Le royaume de l’équerre et du compas se réduirait-il à une fraternité du bien-être ? Même au Grand Orient, obédience réputée sociale, les frères mettent en avant les bienfaits que leur procure le rituel. « J’ai trouvé dans le temple un équilibre qui me manquait », confie Philippe, architecte de 50 ans.

Groupe de "sociabilité"

Franck, un formateur de 37 ans, compare sérieusement une tenue en loge à une séance de relaxation. Quant à Jean-Jacques, fonctionnaire territorial de 50 ans, l’effet est inattendu : « J’entre éreinté après une journée de travail et j’en sors tonifié, avec une pêche d’enfer ! » « J’ai perdu ma timidité et j’ai appris à juguler mes passions », explique quant à elle Chantal, 55 ans, vendeuse de journaux, membre du Droit humain (DH). Alors que Marie, consultante de 41 ans, à la Grande Loge féminine de France (GLFF), se réjouit d’être devenue moins susceptible grâce à son parcours initiatique, qu’elle compare à une école de l’écoute, de la patience, de la tolérance, de l’ouverture d’esprit. Bref, de la sérénité.

« C’est une méthode sans fin de réflexion pour se connaître soi-même, explique Jackye, 63 ans, membre de la GLFF. Cela peut paraître égoïste, mais, lorsqu’on est mieux dans sa peau, on devient altruiste, on rayonne. » Selon Marie-Françoise Blanchet, 60 ans, grande maîtresse de la GLFF, aucune de ses sœurs âgées n’est décédée pendant la canicule de 2003 : « La franc-maçonnerie est un lien social. » C’est un groupe de « sociabilité » où les frères et les sœurs apprennent à vieillir ensemble. « L’un des objectifs est de se préparer à la mort en prenant conscience du caractère éphémère de notre existence, reconnaît Philippe, 51 ans, un courtier en assurances membre de la Grande Loge nationale française (GLNF). Dans un de nos rituels, il faut d’ailleurs déposer un frère dans un cercueil. » Prof de français à la retraite, Geneviève, 65 ans, confirme : « L’une de mes motivations à entrer au DH était de dominer cette peur de la mort, afin de l’affronter les yeux grands ouverts. »

Comme club philosophique, créateur de liens fraternels, parfois passionnels et excessifs, les obédiences ont manifestement du succès. « Il s’y passe quelque chose de positif, puisque les effectifs progressent, observe Ludovic Marcos. Mais la franc-maçonnerie souffre d’une image négative et elle constitue une vitalité sans boussole. » Les frères n’ont en effet apporté aucune contribution de qualité au récent débat référendaire sur l’Europe et, surtout, ils sont en train de louper le coche de la célébration de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, pourtant presque une bible dans les temples. Les obédiences, qui furent avant-gardistes, se sont montrées incapables de produire des idées neuves et pertinentes sur la laïcité, le retour du religieux ou de la spiritualité, alors que ces thèmes figurent aux meilleures places du fonds de commerce maçonnique.

« En rabâchant des idées du XIXe siècle, c’est le contenu que nous donnons à la laïcité qui est ringard, pas la laïcité elle-même, analyse Olivier Diederichs, 40 ans, grand orateur du GO. Les planches que produisent les loges sont de meilleure qualité qu’avant, mais nous n’en faisons pas grand-chose, si ce n’est des rapports enfermés dans des tiroirs. » Pour cet inspecteur de l’administration, le système est bloqué : « C’est une crise de la démocratie représentative, identique à celle que connaît le monde profane. » Les frères de base ont souvent le sentiment que leurs hauts dignitaires, leurs grands officiers se préoccupent avant tout de leur maintien au pouvoir, avec son lot de titres ronflants.

« Les obédiences seront adaptées à l’époque contemporaine lorsqu’elles feront leur Vatican II », lance Michel Barat, 57 ans, philosophe, recteur en Nouvelle-Calédonie et ancien grand maître de la Grande Loge de France (GLDF). Il cite trois conditions : des liens plus forts au sein de la Maçonnerie française (voir l’encadré ci-dessus), des frères et des sœurs plus nombreux à dire leur fierté d’être francs-maçons et une reconnaissance générale des femmes en maçonnerie.

« Dans les vingt ou trente prochaines années, le grand défi de la franc-maçonnerie sera la mixité, soutient Roger Dachez. L’exclusion des femmes est devenue une faiblesse, un archaïsme, une fixation névrotique. » Alors que les frères « trois points » se vantent, dans le sillage des mouvements féministes des années 1960 et 1970, d’avoir contribué à la libéralisation de la contraception et de l’avortement, la proportion de femmes dans les temples n’est passée, depuis trente-cinq ans, que de 9 à 17%, celle des maçons en loges mixtes que de 7 à 13%, et celle des hommes en mixité que de 3 à moins de 8% ! C’est dire si, sous le tablier, le « sexe fort » juge dérangeante la compagnie du « beau sexe » !

Pourquoi la franc-maçonnerie reste- t-elle toujours l’expression rétrograde d’une sensibilité masculine ? « Les frères se sentent des élus, donc veulent rester entre hommes, en vertu du même principe qui empêche toujours l’Eglise catholique d’ordonner des femmes prêtres, affirme Pierre-Yves Beaurepaire, 37 ans, professeur d’histoire moderne à l’université de Nice, ancien maçon lui-même. L’argument sur le caractère intime de l’initiation ne tient absolument pas. » Pourtant, des frères expliquent : « Je fréquenterai une loge mixte le jour où j’aurai des femmes pour confidentes. »

Sensibilité masculine Il y a aussi le sempiternel argument de la séduction, utilisé par bien des frères, y compris des sommités maçonniques : « Face à une sœur en minijupe ou avec un décolleté avantageux, impossible de ne pas faire le coq ou de rester serein. » L’actuel grand maître de la GLDF, Alain Pozarnik, a même théorisé, pour le rite écossais ancien et accepté, l’impossibilité d’être mixte : « Certains hommes sont sensibles à leur attraction pour le sexe opposé et ils refusent de perdre la simplicité et la pureté de leur regard intérieur pour se laisser distraire par un regard extérieur et une attitude de mâle. Ils craignent les influences de leurs fantasmes sur leur personnalité ou de découvrir que leur libido n’est pas canalisée. Ils sont conscients de n’être pas encore libres, ni de leurs souffrances affectives ni de leurs pulsions hormonales. L’initiation a pour but le perfectionnement de l’homme afin qu’il puisse vivre son humanitude et non plus automatiquement ses pulsions de mammifère (1). »

« L’attirance sexuelle n’a jamais empêché un cheminement initiatique, ou alors il faudrait aussi exclure les homosexuels, réagit Geneviève, du DH. Comment peut-on prôner le refoulement en singeant le discours d’une institution religieuse ? » Pierre-Yves Beaurepaire se dit aussi consterné de voir la femme en loge réduite au rôle de « renard dans un poulailler ». Un accablement que partagent la plupart des sœurs de la GLFF, allergiques à toute forme de sexisme maçonnique. La grande maîtresse Marie-Françoise Blanchet a écrit le 29 mars 2005 à son homologue de la GLNF, Jean-Charles Foellner, lui reprochant d’avoir laissé publier un article, dans une gazette de l’obédience, qui « dépeint les femmes comme idiotes, vicieuses et corrompues ». Elle ne tarda pas à recevoir une lettre d’excuses, signée par le grand secrétaire : « Cet article particulièrement déplacé et vulgaire ne représente en rien l’expression maçonnique spirituelle des frères de la GLNF, qui s’emploient à harmoniser le masculin et le féminin en eux, par l’union heureuse du roi Salomon et de la reine de Saba. »

Il n’empêche. Les obédiences masculines font vivre aux initiés une fraternité virile, où l’on se touche et où l’on s’embrasse. Dans les « salles humides », réservées aux agapes, les frères aiment s’échanger des histoires grivoises, à l’abri des oreilles féminines. La ripaille paillarde persiste. Bien loin des idéaux maçonniques, où hommes et femmes sont censés demeurer des êtres humains égaux. Sans apartheid. « Chacun est libre d’aller dans des obédiences mixtes ! » L’argument, répété à l’envi par les frères, se révèle hypocrite. Car les trois principales obédiences, le GO, la GLNF et la GLDF, étant masculines, et la cooptation des nouveaux initiés restant la règle majoritaire, le système déséquilibré se reproduit presque à l’identique. « Rien ne peut justifier la non-mixité, confie Hugues Leforestier, grand secrétaire aux affaires intérieures du GO. Pour débloquer la situation, je suis favorable à la création d’une confédération regroupant le GO et la GLFF. »

Reste une ultime explication aux réticences des frères à voir les femmes et la mixité envahir les temples. C’est qu’elles sont particulièrement allergiques aux réseaux affairistes. Les fraternelles, ces associations de maçons par profession, leur sont d’ailleurs généralement fermées, surtout dans le BTP, l’un des secteurs les plus touchés par les ententes illégales. La féminisation pourrait donc bien moraliser des réseaux qui en ont toujours besoin.

Neuf obédiences maçonniques françaises ont signé le 25 avril dernier un engagement à ce que la qualité de maçon des membres des fraternelles soit contrôlée et à ce qu’ils respectent les lois de la République. Une charte signée par la GLNF… mais pas par le GO, au motif que cette prétendue régulation n’est qu’un « cache-sexe ». « Il est illusoire de faire adopter un code de bonne conduite aux fraternelles, explique Daniel Morfouace, membre du conseil de l’ordre du GO, car ce sont en soi des réseaux contraires à l’idéal maçonnique. » Certes, seule une petite minorité de frères magouilleurs organisent leurs combines à l’ombre des colonnes des temples. L’affairisme constitue en tout cas la déviation la plus sombre d’une maçonnerie dont l’utilité n’est désormais guère plus collective, mais surtout individuelle.

Les obédiences en France

Grand Orient de France : 47 000 frères.
Grande Loge nationale française : 35 000 frères.
Grande Loge de France : 27 000 frères.
Droit humain : 15 250 frères et sœurs.
Grande Loge féminine de France : 11 570 sœurs.
Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra : 3 200 frères.
Grande Loge mixte de France : 2 240 frères et sœurs.
Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm : 1 020 sœurs.
Grande Loge mixte universelle : 1 000 frères et sœurs.
Ordre initiatique traditionnel de l’art royal : 960 frères et sœurs.
Grand Prieuré des Gaules : 690 frères.
Grand Orient traditionnel de Méditerranée : 500 frères et sœurs.
Grande Loge des francs- maçons de France : 400 frères.
Loge nationale française : 300 frères.
Grande Loge initiatique et souveraine des rites unis : 300 frères et sœurs.

En gras : les membres de l’entente dite « de la Maçonnerie française ».
(Chiffres communiqués par les obédiences.)

(1) Extrait du Journal de la Grande Loge de France. Après avoir sollicité lui-même un entretien avec L’Express, Alain Pozarnik nous a fait savoir que, finalement, il ne répondrait pas à nos questions.

Post-scriptum Engagement des apprentis, au rite écossais rectifié, tel que pratiqué à la GLNF (extraits) : « Je promets sur le saint Evangile, en présence du Grand Architecte de l’Univers, d’être fidèle à la religion chrétienne, au chef d’Etat, aux lois de l’Etat, de ne jamais révéler aucun des mystères, secrets et symboles de la franc-maçonnerie. Si je manque à cet engagement, je consens d’être réputé homme sans foi, sans honneur et digne de mépris de tous mes frères. Ainsi, que Dieu me soit en aide. »

Les franc-maçonnes

Depuis 1970, le nombre de femmes initiées a plus que sextuplé, passant de 3 425 à 22 440. Au sein de la maçonnerie française - qui fête ses 275 ans - elles pèsent désormais 22%, soit deux fois plus qu’il y a trente ans. Dans le royaume très masculin de l’équerre et du compas, c’est une grande nouveauté ! Pourquoi un tel engouement ? Et que trouvent-elles dans les loges ? Enquête

Ah ! Qu’elles sont fières et heureuses d’être franc-maçonnes ! Le 8 mars dernier, Bernadette ou Janine, Marie ou Nathalie, Andrée ou Yvette en oublient l’obsessionnelle discrétion qui entoure la vie de leurs ateliers pour oser battre le pavé parisien au cœur de la manifestation pour les droits des femmes. Coincé entre les Chiennes de garde et le groupe féministe La Meute, le cortège de la Grande Loge féminine de France se fait remarquer : les sœurs « trois points » défilent en rangs bien ordonnés, leur baudrier maçonnique bleu vif en travers du corps, tout en agitant des calicots « Ni putes ni soumises ! »

Fières et heureuses ? A l’heure où la maçonnerie française fête en grande pompe son 275e anniversaire, elles se réjouissent de l’entrée cette fois massive des femmes au royaume de l’équerre et du compas, ce monde mystérieux qui intrigue tant et suscite tous les fantasmes. C’est le phénomène le plus marquant des trente dernières années : le nombre de sœurs ayant progressé deux fois plus vite que celui des frères, sur plus de 100 000 membres des obédiences françaises les femmes pèsent désormais 22% au lieu de 10% en 1970. Seule la Belgique connaît une situation équivalente. Dans le reste du monde, la maçonnerie, souvent de filiation anglaise, reste globalement masculine. Si la France a été trois fois pionnière - première femme initiée en 1882, première obédience mixte en 1893 et première féminine en 1945 - avant de connaître la déferlante de la fin du XXe siècle, les femmes ont été pendant plus de deux siècles ignorées, méprisées, humiliées par les frères. Un petit retour en arrière s’impose.

22 440 sœurs Au sein de la maçonnerie française, les femmes se répartissent au sein de cinq obédiences, deux féminines et trois mixtes
Grande Loge féminine de France (GLFF), née en 1945 : 10 900 sœurs. Grande maîtresse : Marie-France Picart.
Fédération française du Droit humain (FFDH ou DH), née en 1893 : 9 370 sœurs et 4 620 frères. Présidente : Sylvia Graz.
Grande Loge mixte de France (GLMF), née en 1982 : 910 sœurs et 840 frères. Grand maître : Odile Henry.
Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm (GLFMM), née en 1965 : 800 sœurs. Grand maître général : Claude Guillaut-Darche. Grand maître national : Marie-Danièle Thuru.
Grande Loge mixte universelle (GLMU), née en 1973 : 460 sœurs et 380 frères. Grande maîtresse : Anne-Marie Dickelé.

Chiffres déclarés par les obédiences pour décembre 2002.

L’admission à une loge est interdite aux femmes comme aux esclaves ou aux « hommes immoraux ou scandaleux ». Presque irréel, ce principe de base est bien inscrit dans le texte fondateur de la franc-maçonnerie - les « Constitutions » de 1723 du pasteur londonien James Anderson. Toujours en vigueur ! Pourquoi une telle discrimination ? Parce que les maçons ne veulent accueillir que des êtres libres, or les femmes ne le sont pas... puisqu’elles dépendent des hommes ! Ils reprochent aussi au beau sexe son manque de discrétion, son inconstance, sa superficialité et son goût pour la séduction, certains considérant la femme comme un être inférieur, simple objet de jouissance de l’homme. De surcroît, le pivot de la méthode maçonnique est de jongler avec des symboles empruntés aux métiers du bâtiment... où les femmes ne figurent que pour la part du pauvre. Dès l’origine, cette discrimination dérange l’élite des Françaises : « Habituées à ce qu’aucun domaine ne leur soit refusé, leur caractère les pousse à vouloir accéder à tout et, tout particulièrement, à la franc-maçonnerie à partir du moment où elle leur est fermée », soutient l’historienne Françoise Jupeau Réquillard (1). A partir des années 1740, les maçons du Grand Orient de France (GO) inventent alors pour leurs épouses les loges d’adoption, hiérarchiquement soumises à des ateliers masculins, où une femme peut bénéficier d’un simulacre d’initiation... sous réserve de ne pas être enceinte. Des femmes fortunées de la haute aristocratie se retrouvent dans cette « maçonnerie des dames », surtout pour organiser la charité au profit de familles en détresse.

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que cette « aimable parodie » de maçonnerie (2) soit sérieusement contestée par une femme, qui ose demander son initiation au même rang que les hommes. Elle s’appelle Maria Deraismes. A partir de 1865, cette écrivaine et journaliste donne des conférences sur l’émancipation de la femme devant des maçons du GO. Elle apparaît bien trop avant-gardiste pour les frères... et même les « sœurs » d’adoption ! « Les véritables tyrans de la femme s’appellent : l’ignorance, la superstition, la légèreté, la vanité, la coquetterie, l’amour effréné du plaisir, déclare en 1861 l’épouse d’un membre du conseil de l’ordre du GO devant une loge d’adoption. La femme sera libre le jour où elle aura su s’affranchir des honteuses passions qui la subjuguent. » Maria Deraismes, elle, « dénonce le rejet des femmes comme étant responsable de leur goût pour la dévotion et la prostitution » (3). Opiniâtre, elle poursuit son combat pour devenir initiée, mais n’y parvient qu’en 1882, à 54 ans. Et quelle manœuvre !

Pour lui faire prêter serment et la reconnaître comme sœur, l’atelier les Libres Penseurs, au Pecq (Yvelines), quitte la Grande Loge symbolique écossaise... avant de se faire réintégrer sans la nouvelle apprentie ! Déception : cette première mondiale laisse le monde maçonnique indifférent. Pendant onze années, Maria Deraismes est franc-maçonne sans loge. Elle attend 1893, quelques mois avant de mourir, pour fonder, avec le Dr Georges Martin, la première obédience mixte, le Droit humain (DH). L’initiative est méprisée par le GO, qui considère le DH comme une pseudo-maçonnerie, des « loges à femmes », et, vingt-huit ans plus tard, ne reconnaît au sein du DH que les hommes !

Marie
39 ans, juriste à Strasbourg, a intégré la GLFF il y a quinze ans

« De la franc-maçonnerie, mes parents ont donné à l’enfant que j’étais une image satanique, proche de la magie noire. Jeune adulte, j’ai pourtant partagé ma vie avec un maçon, qui m’a fait rencontrer d’autres frères. Je leur faisais la popote et on papotait. Leurs lectures m’intéressaient. A 24 ans, lorsque je me suis décidée à frapper à la porte d’un temple de la Grande Loge féminine de France, je recherchais une élite intellectuelle. Mais je ne l’ai pas trouvée ! J’y suis restée parce que cela m’a fait le plus grand bien d’apprendre l’humilité, moi qui en manquais tant ! La franc-maçonnerie ne m’a pas appris la fraternité, mais à être libre-penseur, sans convention ni carcan, à réfléchir et à douter. J’ai découvert que c’est une auberge espagnole où l’on ne trouve que ce que l’on apporte. J’y ai apporté de la spontanéité. »

Loges d’adoption

Les frères du GO se montraient très hostiles à l’initiation des femmes, parce qu’elles étaient sous la coupe des prêtres », explique Roger Dachez, président de l’Institut maçonnique de France. Ils craignaient qu’elles introduisent en loge des idées réactionnaires. Ce qui permet de comprendre aussi la forte réticence au droit de vote des femmes, y compris chez les radicaux-socialistes, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

En 1901, alors que les femmes constituent toujours un enjeu entre franc-maçonnerie et Eglise catholique, la tradition des loges d’adoption sous tutelle masculine est reprise par la Grande Loge de France (GLF). Sans doute pour contrer le développement du DH. « Chaque religion a ses dames de charité, ses dames patronnesses ; nous serons, nous, les sœurs de dévouement ; signalez-nous les infortunes de vos frères, de vos orphelins, de vos malades, de vos vieillards », peut-on lire, en 1910, dans une circulaire de la loge d’adoption la Nouvelle Jérusalem à tous les membres de la GLF.

Ces bons sentiments n’inspireront pas chez les frères un respect sincère pour leurs sœurs : par deux fois, en 1935 et en 1945, le convent de la GLF vote l’indépendance des loges d’adoption... alors qu’elles ne la demandent pas. « A la Libération, les femmes, accédant au droit de vote, ne pouvaient plus rester sous tutelle », observe aujourd’hui Michel Barat, 55 ans, grand maître de la GLF. « Les frères se sont débarrassés des sœurs dans l’espoir d’obtenir la reconnaissance des Grandes Loges anglaise et américaines (4) », soutient, elle, Marie-France Picart, 57 ans, grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France (GLFF). « Ils nous ont répudiées pour un leurre, ajoute joliment Andrée, 81 ans et initiée il y a cinquante ans, puisqu’ils courent toujours, et sans doute pour longtemps encore, après cette régularité anglaise. »

C’est donc contraintes et forcées que ces femmes construisent une obédience féminine, qui prend le nom de GLFF en 1952. Le DH, qui fut florissant à la Belle Epoque, doit, lui, se reconstruire, après les persécutions du régime de Vichy contre les francs-maçons. L’expansion de la GLFF et du DH, les deux principales obédiences où se trouvent des femmes, se réalise surtout au cours des années 1970 et 1980. « Nous avions le feu sacré des pionnières, se souvient Andrée. Le week-end, des sœurs parisiennes allaient allumer des loges en province. » « Ah, que c’était exaltant ! renchérit Gilberte, 76 ans, ancienne grande maîtresse de la GLFF. Nous étions des missionnaires, avec la conviction que notre action aidait à la libération de la femme. »

Pour ces bâtisseuses de loges, le grand bond en avant féministe a eu lieu quelques mois avant Mai 68, en décembre 1967, lorsque les parlementaires votent la loi autorisant la vente libre des contraceptifs. Une réforme très maçonnique puisque ses inspirateurs s’appellent Lucien Neuwirth, député et membre du GO, et Pierre Simon, médecin et frère de la GLF. Beaucoup de sœurs du DH et de la GLFF militent pour la liberté de l’avortement et de la contraception. « Je suis devenue très féministe dans les années 1970, confie Hélène, styliste parisienne de 68 ans initiée il y a trente-deux ans à la GLFF. En réaction à mon éducation, selon laquelle la femme n’existe que mariée et soumise à l’homme chef de famille. »

« L’augmentation du nombre de divorces et de femmes actives, indépendantes, intellectuellement disponibles a favorisé l’entrée des femmes en maçonnerie », analyse Claude, proviseur de lycée de 52 ans, membre de la Grande Loge mixte universelle (GLMU). Depuis trente ans, la proportion de femmes dans la population active s’est en effet encore accrue, passant de 36,5% à 45,5%. « Les femmes, marquées par des siècles de religion, ont découvert qu’elles avaient quelque chose à exprimer et aucune raison d’avoir un complexe d’infériorité vis-à-vis des hommes », lâche Annie, Marseillaise de 55 ans, artiste lyrique et initiée au DH.

Mireille
53 ans, psychomotricienne dans les Yvelines, au Droit humain depuis vingt-huit ans

« En ce moment, j’ai envie d’exploser. A quoi sert-on ? En Irak, des êtres humains se sont fait massacrer sous les bombes du gouvernement Bush, et nous philosophons sur des questions symboliques ! La franc- maçonnerie américaine ne pouvait-elle rien empêcher ? En Afrique, des tueries ont pu être évitées grâce à des maçons. Je regrette que la maçonnerie soit moins prospective et si peu influente depuis quinze ou vingt ans. Je me montre telle que je suis - rebelle - mais la maçonnerie est ma seconde famille, qui a rempli ma vie. Etant feignante, il me fallait un cadre pour travailler, réfléchir avec un esprit critique. La maçonnerie m’a aussi appris à m’exprimer en public sans tremblements nerveux. Sans elle, je suis soupe au lait, agressive. J’en ai besoin pour conserver une sérénité intérieure et recharger mes accus. »

« La plupart des femmes viennent chercher dans les loges des valeurs fondamentales, une écoute, une tolérance mutuelle, une réflexion constructive, un épanouissement personnel, affirme Françoise Jupeau Réquillard, mais aussi la compensation de frustrations pénibles et nombreuses : familles trop pesantes, époux dominateurs, schémas sociaux asservissants, rôle astreignant. » Voilà pourquoi s’est développée une maçonnerie féminine. Les « filles de la Veuve » préférant rester entre elles sont désormais aussi nombreuses que celles optant pour la mixité... alors que 93% des frères de la maçonnerie française demeurent attachés à leur atelier masculin. Chez les femmes, donc, il y a deux écoles.

« Dans une assemblée mixte, les hommes confisquent la parole », affirme Laure, enseignante parisienne de 56 ans initiée à la GLFF. Membre de la même obédience, Marthe, 68 ans, renchérit : « Les femmes ne sont libres qu’entre elles et, comme elles ont une sensibilité commune, leurs travaux sont de meilleure qualité sans mecs, d’autant plus que la parole n’est pas parasitée par de vieux schémas de séduction. » « Avec des femmes, les hommes ne peuvent pas s’empêcher de se comporter en donneurs de leçons », regrette Bernadette, infirmière marseillaise et vénérable d’un atelier de la Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm (GLFMM).

Les sœurs des loges mixtes ne comprennent pas ces arguments, puisque les règles de débat maçonniques interdisent de couper la parole de l’autre et limitent les interventions de chacun. « La mixité en franc-maçonnerie est un lieu - ils sont si rares - où les hommes et les femmes se parlent en se respectant, insiste Colette, Strasbourgeoise de 51 ans, membre de la Grande Loge mixte de France (GLMF). J’admire les frères de nos ateliers : ils ont le courage de venir y perdre du pouvoir. » Reste que la présence de couples en loge mixte pose problème. Ils peuvent affecter la vie d’un atelier en constituant un miniclan ou en laissant apparaître leurs conflits conjugaux. « Dans une loge mixte, j’ai vu un homme pleurer parce que la planche de son épouse avait été critiquée », confie Marthe.

« A moins d’être une féministe de type américain, c’est-à-dire qui rejette les hommes, une femme préfère la mixité », tranche avec assurance Anne, 50 ans, sœur d’une loge parisienne du DH. « Nous ne rejetons pas du tout les hommes, soutient Claude Guillaut-Darche, 49 ans, grand maîtregénéral de la GLFMM. Mais l’initiation est une expérience intime, dans le domainesacré,qui ne peut se transmettre qu’entrefemmes. »« L’initiationn’est pas une mise à nu et peut parfaitement se vivre en mixité », rétorque Danièle Juette, 54 ans, grand maître adjoint du DH international. Deux points de vue inconciliables ? « Historiquement, l’initiation mixte n’existe pas, reconnaît l’enseignant et chercheur Yves Hivert-Messeca. Mais l’initiation maçonnique n’a jamais été très anthropologique. Parce qu’elle n’existe que dans la tête de ceux qui se prennent au jeu, c’est une initiation "Canada Dry’’, une tradition mystique ou de simples règles morales. »

Les « filles de la Lumière » conservent pourtant de leur initiation en loge un souvenir souvent très fort. Mais elles la qualifient d’ésotérique... donc d’indicible. « Peut-on décrire ce que l’on ressent en arrivant au sommet d’une montagne après une randonnée pédestre ? » s’interroge Françoise, 59 ans, sœur de la GLFF. Extase ou coup de foudre ? Emotion ou désarroi ? Détresse ou paralysie ? Illumination ou renaissance ? Le rituel maçonnique, très théâtralisé, est conçu pour ne pas laisser indifférent. Sous le bandeau, Marie-France Picart s’est sentie « dans le ventre de la mère », envahie par une agréable envie de dormir. « J’avais les yeux bandés au milieu de frères et de sœurs que je ne connaissais pas et les questions fusaient de partout, se souvient Gabrielle, chef d’entreprise francilienne de 50 ans initiée au DH. Lorsqu’on m’a demandé : "Que pensez-vous de la mort ? ’’, j’ai fondu en larmes. Mon mari était décédé il y avait à peine trois ans. »

Le parcours maçonnique est si intense, mystérieux et incommunicable qu’il est sans doute plus facile à un franc-maçon ou à une franc-maçonne de partager sa vie avec un initié. Bien des frères de la GLF ont ainsi incité leur compagne à rejoindre la GLFF, favorisant son développement. Les couples de maçons sont légion. Les sœurs du DH, qui représentent les deux tiers de cette obédience mixte, ont souvent pour compagnon un maçon du GO... ou du DH.

« Une femme a du mal à faire accepter son entrée en maçonnerie à un mari profane, observe Odile Henry, grand maître de la GLMF. Ne supporte-t-il pas qu’elle se consacre à autre chose qu’au foyer ou qu’elle s’élève intellectuellement ? » On rencontre encore des sœurs victimes du chantage d’un compagnon profane : « C’est la maçonnerie ou moi ! » « Ces hommes-là n’aiment que les belles idiotes et sont incapables d’accepter que les femmes recherchent leur liberté, assène Michèle, 65 ans, une initiée de la GLFF qui fut cadre supérieur dans l’industrie cinématographique. Nous ne sommes pas des amazones prêtes à émasculer les hommes ! »

Nicole
52 ans, masseuse-kinésithérapeute à Marseille, membre de la GLMF depuis douze ans.

« J’ai été attirée par l’ « effet miroir » : étant entourée de collègues maçons avec lesquels je me sentais très à l’aise, je me suis dit que tenter l’aventure serait pour moi extrêmement positif. Mais, après avoir été initiée à la Grande Loge mixte de France, j’ai découvert que, s’il y a bien en atelier de la fraternité et la joie d’être ensemble, on oublie trop souvent l’obligation d’un travail personnel sur soi. Le maçon cherche en permanence, sans jamais rien trouver. Le secret maçonnique ? C’est justement cette recherche - qui ne se communique pas. Mon expérience maçonnique m’a beaucoup apporté, lorsque mon mari, dont j’étais séparée, a été victime d’un cancer du poumon. Je lui ai proposé de l’accueillir chez moi. J’ai convaincu nos filles d’accepter sa présence, afin qu’elles n’aient jamais à se reprocher de ne pas avoir aidé leur père à la fin de sa vie. En face de mes patients, je suis beaucoup plus à l’écoute, lorsqu’ils me racontent les difficultés de leur existence. Je leur soumets les questions qu’ils devraient se poser. Une façon de leur donner des clefs, en leur laissant ouvrir les portes. Et j’ai la satisfaction de voir des situations se débloquer. »

Alors, que trouvent-elles en maçonnerie ? Avant tout, une glorification du travail intellectuel et un perfectionnement de leur personnalité. « A l’époque où j’étais compagnonne, je me suis un jour exclamée : "Vu ce que vient de dire cette conne de chiraquienne...’’, se souvient Marthe (GLFF). Une maîtresse m’a reprise : "Pour t’élever à la maîtrise, il te faudra apprendre la tolérance... et, en plus, je suis chiraquienne ! ’’ Je me suis retrouvée face à ma connerie. Et je n’ai plus jamais recommencé. » Annie (DH) a, elle, appris à écouter les autres, à maîtriser ses passions et ses colères, à s’exprimer plus posément, en allant à l’essentiel. Marie-France Picart évoque le dynamisme qu’insuffle le parcours maçonnique, qui constituerait même un atout après une perte d’emploi. « Parce qu’elle est mieux dans sa peau, une franc-maçonne trouve plus facilement du travail », soutient Véronique, 44 ans, ingénieur chimiste au chômage et initiée au DH. Beaucoup de sœurs affirment que la maçonnerie leur a apporté la sérénité. Celle que l’on prête aux analysés ?

« Les rituels maçonniques constituent une autoanalyse », répond Claude Guillaut-Darche, elle-même psychologue. De là à imaginer qu’un passage en maçonnerie peut guérir, il n’y a qu’un pas. Du coup, des vénérables voient parfois des profanes dépressives demander leur entrée en loge. « La maçonnerie est un travail sur soi avec les autres, mais pas avec un thérapeute, confirme Danièle Juette, psychiatre dans le monde profane. Nous refusons les candidats qui viennent résoudre une névrose, car ils n’ont aucune chance d’y parvenir et pourraient déstabiliser une loge. » Plus fréquemment, des femmes divorcées ou veuves viennent en maçonnerie combler un manque affectif et, malgré l’ambiance chaleureuse et familiale des agapes, restent frustrées.

Sélection, cooptation

Les sœurs essaient aussi de faire barrage aux profanes qui espèrent trouver en maçonnerie un carnet d’adresses, un réseau profitable. Certaines se découragent en apprenant qu’il ne suffit pas de payer une capitation annuelle de l’ordre de 250 euros, mais que l’assiduité à au moins 20 tenues par an est obligatoire, qu’il faut respecter un rituel contraignant et plancher régulièrement.

Malgré l’entretien préalable et les trois enquêtes sur la postulante, qui, après son « passage sous le bandeau », doit encore obtenir 75% de votes favorables des membres de la loge (5), des « franc-maçonnes alimentaires » parviennent à se faufiler grâce à leurs talents de simulatrices. Elles sont mal vues de leurs frangines, généralement hostiles au dévoiement de l’entraide maçonnique. Une sœur proviseur raconte avoir dû éconduire des demandes d’inscription dans son établissement. « Lorsque je suis devenue ministre des Droits de la femme, j’ai reçu une avalanche de courriers de maçons me demandant un appartement, une promotion ou une médaille, se souvient la socialiste Yvette Roudy, 74 ans. J’ai expédié le tout à la GLFF et j’ai surtout fait savoir que ceux qui me sollicitaient perdaient leur temps. »

Si la sélection à l’entrée des ateliers est très rigoureuse, la cooptation reste la règle majoritaire. La mixité sociale, comme chez les hommes, demeure donc très théorique. Les sœurs se réjouissent de faire en loge des rencontres avec des femmes ou des hommes qu’elles n’auraient jamais eu l’occasion de connaître autrement, mais les ouvrières ou les petites employées, les secrétaires ou les caissières de supérette sont rares. Effet pervers du parrainage, on trouve parfois des ateliers d’enseignantes ou d’informaticiennes. Plusieurs sœurs de la GLFF évoquent même au moins une loge parisienne majoritairement homosexuelle. « Très féministe, rectifie Marie-France Picart. Je trouve inconvenant que des sœurs s’intéressent à l’orientation sexuelle d’autres membres de l’obédience. » Impossible de l’ignorer, la maçonnerie, même féminine, est loin d’être un long fleuve tranquille.

La franc-maçonnerie décryptée

Accolade : triple embrassade avec toucher de la main sur l’épaule.
Agapes : le repas fraternel qui, après la tenue, a lieu dans la « salle humide ».
Blackboulé : profane rejeté à l’entrée d’une loge par un vote de plus de 25% de boules noires.
Capitation : cotisation.
Charge : descendre de charge signifie régresser dans la hiérarchie de l’obédience.
Compas : symbole de l’ouverture.
Convent : assemblée annuelle des représentants des loges d’une obédience.
Décors : symboles vestimentaires (tablier, gants blancs, baudrier, etc..
Degrés ou grades : niveaux dans la hiérarchie d’un rite ; on en compte souvent 33, les trois premiers étant apprenti, compagnon et maître.
Equerre : symbole de la règle (mentation).
Grand architecte de l’Univers : certaines loges l’invoquent, d’autres pas ; certains maçons l’identifient à Dieu, d’autres n’y voient qu’un symbole.
Grand maître ou grande maîtresse : président (e) d’une obédience maçonnique.
Initiation : admission ou réception en loge, ou, pour les cérémonies suivantes, lors du passage à un degré supérieur.
Loge ou atelier : cellule de base où se regroupent les francs-maçons.
Métaux : idéologies, idées politiques, affaires profanes.
Mot de passe : sert aux frères d’une même obédience pour pénétrer dans ses locaux (le tuilage).
Obédience : fédération de loges.
Outils : équerre, compas, niveau, etc., utilisés comme symboles, font l’objet de planches afin de progresser dans l’initiation.
Pas : dans un temple, la marche, comme la position du corps, est codifiée.
Planche : exposé d’un franc-maçon.
Profane : désigne ce qui est extérieur à la franc-maçonnerie.
Rite : règles fixant le déroulement du travail pendant une tenue.
Temple : local où se réunit une loge.
Tenue : réunion d’une loge.
Trois points : disposés en triangle, ils servent aux maçons à abréger les mots (exemples : F = frère ; S = sœur ; V M = vénérable maître ; G A D l’U = grand architecte de l’Univers).
Vénérable : président d’une loge.

Les femmes aussi connaissent les querelles intestines et le goût du pouvoir, bien qu’elles soient à ce sujet beaucoup plus discrètes que les hommes. Idéalement, les maçonnes comme les maçons doivent « laisser leurs métaux à la porte du temple ». En réalité, des sœurs entrent en loge avec leurs défauts profanes. Les Français adorent être présidents de quelque chose. Et bien des frères et des sœurs sont atteints de « cordonite », l’attirance pour les fonctions d’officier, et notamment de vénérable, et surtout les titres de hauts dignitaires d’une obédience, qui vont se placer, dans le temple, « à l’Orient ». Les sœurs les plus affectées par cette « pathologie » viendraient-elles en maçonnerie réparer la frustration d’avoir été privées, dans le monde profane, des postes à responsabilité qu’elles estimaient mériter ?

« Les femmes n’ont pas la même relation au pouvoir et à l’argent que les hommes, affirme Sylvia Graz, 59 ans, présidente de la Fédération française du Droit humain. C’est pourquoi aucune sœur n’a été impliquée dans une affaire délictueuse. » Les femmes seraient-elles plus honnêtes que les hommes ? « L’un des secteurs les plus touchés par les affaires était le BTP, or les femmes n’y exercent que très rarement des responsabilités, observe Alain Bauer, 41 ans, grand maître du GO. De plus, les fraternelles (6) leur sont généralement fermées. » Leur allergie à ces réseaux affairistes est patente. Monique, chef d’entreprise de 50 ans initiée à la GLMF, a décliné l’invitation qui lui était faite d’intégrer un groupe maçonnique créé au sein d’une institution paritaire des Bouches-du-Rhône. Et Marthe (GLFF) a vite claqué la porte de la fraternelle des médias, dans laquelle elle avait mis les pieds : « J’en ai perçu le danger dès que des hommes politiques y ont été invités. »

Si les sœurs semblent épargnées par les affaires de corruption, elles se livrent parfois à de violentes bagarres internes. Il y a eu le cas de Nicole, une sœur chiraquienne de Saint-Etienne (Loire), exclue par une décision du convent national pour avoir accepté, en 1998, de devenir vice-présidente de la région Rhône-Alpes avec des voix FN. Il y a surtout un conflit qui agite le landerneau maçonnique depuis neuf années et qui se cristallise autour de Marie-France Coquard, 58 ans. Cette spécialiste de l’orientation professionnelle, ex-présidente départementale de la Ligue de l’enseignement et élue conseillère municipale du XIXe arrondissement de Paris, sur une liste Tiberi, a été grande maîtresse de la GLFF de 1993 à 1996. Son charisme et son éloquence lui ont donné une aura médiatique sans précédent pour cette obédience, habituée à une grande discrétion. Des sœurs ont extrêmement mal supporté son ambition, son « immodestie », reprochant à leur patronne de vouloir promouvoir son image personnelle. Attention, sujet tabou ! Motus et bouche cousue. Des accusations bien plus graves auraient été lancées de part et d’autre, dans un climat délétère et haineux. Marie-France Coquard, accompagnée de quelques dizaines de ses fidèles, a préféré quitter la GLFF pour se faire admettre à la GLMU, ce qui a profondément détérioré les relations entre les deux obédiences. De guerre lasse, elle vient finalement de décider de quitter la maçonnerie. Fermez le ban !

Nouvelle fierté

Je ne vais pas m’agiter dans tous les médias, confie Marie-France Picart, qui marque sa différence. Mais on ne peut pas laisser les autres maçons parler à notre place. » A quelques mois de la fin de son mandat, elle ne ménage en effet pas sa peine pour rendre visible la production intellectuelle de ses sœurs en robe noire. Afin d’enrayer la perte d’influence intellectuelle de la maçonnerie depuis deux décennies, alors que, paradoxalement, le nombre de maçons augmente. Les rituels sont toujours aussi immuables, mais les idées avant-gardistes se font rares ! Trop de sœurs - dites « ego sur pattes » - ne se sont-elles pas laissé enfermer dans un nombrilisme spiritualiste ? « Nous portons la lumière en dehors des temples de manière plus disséminée, affirme Danièle Juette. Les frères et sœurs sont très souvent militants dans le monde profane. »

« La perte de valeurs a affecté aussi la franc-maçonnerie, soutient, pour sa part, Claude Guillaut-Darche. Après avoir ronronné, enfin, elle se réveille ! » Les sœurs « trois points » viennent ainsi de battre le pavé par trois fois : en septembre 2001 en soutien aux Afghanes, le 1er mai 2002 contre l’extrémisme politique, puis, le 8 mars dernier, en solidarité avec les filles des cités victimes de violences. Elles entendaient exposer au grand jour leurs combats en faveur des valeurs républicaines et des droits des femmes. Sans oublier leur nouvelle fierté d’être franc-maçonnes ! L’honneur perdu de la franc-maçonnerie sera-t-il sauvé par les femmes ?

(1) L’Initiation des femmes, éditions du Rocher (2000). Voir aussi La Franc-Maçonnerie au féminin, par Karen Benchetrit et Carina Louart, Belfond (1994). (2) Expression de Roger Dachez dans Histoire de la franc-maçonnerie française, Que sais-je ?, PUF (2003). Microconservatoire du très lointain passé, la loge Cosmos de la GLFF maintient toujours le rite d’adoption en affirmant, à contre-courant, qu’il ne s’agit pas d’une « sous-maçonnerie ». (3) Yves Hivert-Messeca, dans l’Encyclopédie de la franc-maçonnerie. La Pochothèque, Le Livre de poche (2001). (4) Cette reconnaissance (de régularité) n’est accordée qu’à une obédience par pays, lorsque les « Constitutions » d’Anderson sont respectées, et donc les femmes totalement exclues. Principal intérêt : être bien accueilli au cours de voyages en dehors de l’Europe. (5) Sur le parcours maçonnique, notamment les trois premiers grades d’apprenti, de compagnon et de maître, lire le très complet ouvrage d’Irène Mainguy La Symbolique maçonnique du IIIe millénaire. Dervy, 496 p., 22,50 €. (6) Associations de maçons par profession.

François Koch

©L’EXPRESS


 


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