Reportage au cœur de l’Afrique
CEEAC : Katanga, château d’eau du bassin du Congo

Le prochain sommet de la Francophonie, prévu en automne prochain en RD Congo, planchera sur « la gouvernance mondiale, la relance économique et les enjeux environnementaux » au Palais du Peuple. Dans cette perspective, un colloque international sur la Francophonie a été organisé au salon Virunga de l’Hôtel Memling de Kinshasa avec la présence de l’Administrateur Clément Duhaime, des autorités congolaises, du corps diplomatique et des experts du Commissariat général du Sommet 14.



Le vendredi 8 juin 2012
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Les Ministres en charge de l’eau des États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale se sont réunis le 6 avril 2012 à Bangui

Pendant que l’élite francophone spéculait sur la sécurité à l’Est de la RD Congo et de la confirmation du sommet 14 dans ce cadre à 5 étoiles, les éléments de la Police nationale congolaise ont été lâchés contre les vendeurs installés sur les avenus et les rues de la ville de Kinshasa .

Objectif : assainir la capitale de la RD Congo pour une image reluisante à la face du monde. D’aucuns se posent la question de savoir si existerait-elle une francophilie antisociale au moment où le quinquennat du régime Jokaka est placé sous le label du Social du peuple congolais.

Ci-dessous une randonnée au Katanga, une province de la RD Congo aussi vaste que la France, mère des arts, des lettres et des droits de l’homme depuis la Révolution française de 1789, représentée par 9 ministres au Gouvernement swahiliphone Matata.

C’est un secret de polichinelle. La province du Katanga, la plus riche de la RDC avec ses mines de cuivre, de cobalt, de manganèse, de zinc, d’uranium, de germanium… demeure le château d’eau du bassin du Congo avec ses cinq lacs : Tanganyika, le plus profond au monde après le lac Baïkal en Russie et le plus poissonneux avec sept couches sous marines inexploitées ; Bangwelo, Moero aux confins du Burundi, de la Tanzanie et de la Zambie ; Katoto et Kisale le long du fleuve Lualaba. Autrement dit, le cours supérieur du fleuve Congo, boulevard de l’Afrique centrale. « Ebale ya Zaïre ebanda na Shaba », avait chanté le grand maître Franco, Luambo Makiadi à l’époque de la République du Zaïre avec le Tout Puissant Ok Jazz. Retour de la manivelle : Lui-même sera chanté par Koffi Olomide en juillet prochain au salon Congo de l’Hôtel de la Gombe avec son orchestre Quartier Kinois !

Si on ne tient point compte du lac artificiel Moïse Tshombé, aménagé devant le complexe hôtelier Karavia à Lubum -Town- Wantashi, capitale du rail africain, le compte est bon.

À noter que la rivière Lukunga alimente le fleuve Lualaba avec les eaux du lac Tanganyika. Ce grand lac, logé dans le « rift valley occidental » entre le Burundi ,la Tanzanie, la RDC et la Zambie, serait-il la source majeure du fleuve Congo, qui descend des hauts plateaux du Katanga aux environs de Kolwezi-Lisano ? Au cinéaste belge Thierry Michel de répondre à l’écran avec « Congo river bis » !

Une panoplie des cours d’eau

Hormis la Lukunga et la Maiko, qui rejoint la Lualaba au niveau de Wanie Rukula dans la Province Orientale, nous pouvons citer aussi la Lomami, la Lulua, la Lubilanji qui proviennent également de l’ouest katangais pour arroser les savanes giboyeuses du Grand Kasaï (centre du pays traversé par des cours d’eau, Esaie 18). La Lomami rejoint le fleuve national avant sa boucle du nord, entre Bumba-Lokolé et Lisala Ngomba (district forestier de la Mongala) au nord de la ligne de l’Equateur, ceinture naturelle de la planète Terre menacée par l’effet de serre et le réchauffement climatique suite à la pollution du monde industrialisé et de la déforestation sauvage dans les pays du Tiers Monde.

En juin 2012, un sommet mondial a été prévu à Rio (Brésil) pour prévenir la catastrophe mondiale au rythme de l’industrialisation des pays développés et ceux dit « émergents ». La RDC devrait être représentée à ses assises par le nouveau ministre à l’Environnement, conservation de la nature et tourisme, monsieur Bavon Nsa Mputu (PDC) et non pas seulement l’ambassadeur accrédité au pays de madame la présidente Dilma Russel. C’est dans cette perspective que son collègue Henri Djombo du Congo Brazza l’avait invité en mai dernier à Brazzaville pour « une harmonisation des points de vue de deux Congo appelés à émettre sur la même longueur d’ondes sur les questions majeures du bassin du Congo ».

Quant aux deux autres rivières citées plus haut, elles vont grossir la rivière Kasaï venue du plateau angolais, riche en diamant convoité par les « Tshintantistes » de Kananga, Mbuji Mayi et de Tshikapa. A leurs dépens ! Car, « depuis 2004, quelque 400.000 citoyens congolais ont été sauvagement refoulés des provinces septentrionales de la République Démocratique et Populaire d’Angola par de soldats armés jusqu’aux dents (Fapla) », selon Ocha.

Dommage pour la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux entre deux pays membres à part entière de la Ceeac, de la Sadc et de l’UA. Bref, de l’intégration africaine annoncée pour 2020. Le chercheur français Cavalli annonce « la fusion du Rwanda et du Burundi et – curieusement- la disparition du Nigeria (à cause de la tension entre le nord musulman et sud chrétien et animiste) et de la RD Congo ( ndlr : menacée par la balkanisation prévue à l’article 2 de la Constitution du 18 février 2006)  » !

Au sud -ouest, les rivières poissonneuses du Kwilou, du Kwango (Bandundu), du Kisantu et de la Mpozo (Bas Congo) prennent également leurs sources sur le vaste territoire angolais, prolongement naturel de la RD Congo et de la Zambie en Afrique australe (Sadc) dominée par la RSA, premier pays industriel du continent devenu émergent dans le Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et South Africa). Ces trois pays partagent ainsi et aussi la « Cooperbelt  » (ceinture de cuivre) dans les provinces du Catoca et du Katanga.

Fin dix neuvième siècle, trois pays avaient construit le chemin de fer du Bengwela (CFB) pour l’évacuation des minerais de l’Etat indépendant du Congo (propriété du Roi des Belges Léopold II) et de la Rhodésie du Nord : Angleterre, Belgique et Portugal. De nos jours, le CFB a été unilatéralement racheté par l’Angola du président Eduardo Dos Santos, leader du Mpla au pouvoir à Luanda depuis l’indépendance accordée le 15 novembre 1975.

De Kisangani (Province Orientale) à Mbandaka (Equateur), le fleuve Congo est grossi par des affluents tant du nord (Lindi, Aruwimi, Itimbiri, Mongala) que du sud ( Lomami, Lulonga, Ruki, Busira) avant sa rencontre avec les eaux noires de la Fim-Lukenie (Mai-Dombe) et celles jaunes du Kasaï au niveau de la cité de Kwamouth. Ensuite, c’est la course saccadée du chenal fluvial entre les plateaux Batékés qui sont situés à cheval entre la RDC, le Congo et le Gabon (sud –est). Jadis , les peuplades tékés vivaient ensemble dans le royaume Tio dont la capitale se trouve à Mbé et Ngabé (village de la reine Ngalifournou) dans la région du Pool, aux environs de Boko et Kinkala.

Dans sa partie septentrionale- véritable boulevard des pays de la CEEAC et du Golfe de Guinée équatoriale) - le fleuve Congo bénéficie de l’apport des eaux douces venues des autres pays voisins : Oubangui (Congo, RCA, Sud- Soudan et les provinces de Equateur et Province Orientale) ; Sangha (Congo, Cameroun, Gabon) ; Alima, Déjoué, Niari et Luoufoulakari (Congo Brazzaville) voire les rivières du Gabon au niveau de la cuvette centrale. La Cicos gère tant bien que mal la profondeur de ces douces de la Ceeac à l’entrée droite du débarcadère Ngobila à Kinshasa.

Toujours est-il que ce réservoir d’incommensurabilité des eaux douces suscite des convoitises ailleurs. L’assèchement continu du lac Tchad depuis un siècle, la colonisation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza par Israël depuis la guerre de 6 jours en 1967 et la désertification dangereuse du Sahel (Cedeao) et du Kalahari (Sadc) constituent des facteurs à même de provoquer la guerre de l’eau avant la fin du Troisième Millénaire.

Pire, selon les géographes avertis, le Moyen Orient sera dépourvu totalement de l’eau pure en 2050. Quand les puits de pétrole vont tarir, les Emirats richissimes de la péninsule arabique et persique viendront chercher de l’eau dans le bassin environnemental et aquatique du Congo. De gré ou de force !

Les 3 de la Cepgl, Les 11 de la CEEAC, les 11 de la Cirgl et les 15 de la Sadc voire les 54 de l’UA et les 75 de l’OIF ont davantage intérêt à harmoniser leurs points de vue dans le domaine de la protection de l’environnement , de la conservation de la nature et de l’exploitation judicieuse des ressources naturelles. Objectif avéré : la garantie de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté en Afrique subsaharienne et surtout équatoriale, demeurée « le ventre mou du continent dans les échanges commerciaux par rapport aux autre régions (Uma, Cedeao, Comesa et Sadc) », selon Donald Kaberuka, gouverneur de la BAD. Un pays averti en vaut plusieurs !

© La Conscience - Jean-Marie Mandjeku, expert du RECAF/ RDC

Lire aussi :
Adoption de l’Etude institutionnelle de création et de mise en place du Centre régional de coordination de la gestion des ressources en eau (CRGRE), et de l’Etude de faisabilité de mise en place du Système d’information sur l’eau de la CEEAC


 


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