Le gouvernement congolais a maille à partir avec la radio mondiale. Kinshasa estime que les informations données par Rfi servent à déstabiliser le pays. Pour s’en préserver, le ministre de la Communication et Medias, Lambert Mende Omalanga, a tout fait pour que la radio mondiale change de comportement. Mais en vain. Bien au contraire, les plaintes de la Rdc étaient auprès de cette radio comme des gouttes d’eau sur les plumes d’un canard.
Le gouvernement a même décidé de retirer à Radio France Internationale - RFI - une des six fréquences lui attribuées. Cela pouvait bien amener la Rdc à se mettre sur le dos de certains partenaires dont la France. Cela dénote de la gravité de ce dossier pour la vie nationale. On ne pouvait pas s’attendre un seul instant à ce que les informateurs de la consoeur de Rfi se recrutent parmi les agents des services de sécurité de la République démocratique du Congo.
Le papier qui met à nu ses commanditaires
Comment le savons-nous ? Tous ceux qui ont suivi la prestation de vendredi 15 mai sur Rfi sont restés ahuris de constater que cette journaliste a lu pratiquement un compte-rendu des services dits « secrets ». Si déjà un compte-rendu des services secrets peut être lu sur les antennes d’une radio étrangère, on peut se poser plus d’une question. La première question, c’est celle de savoir comment un procès-verbal - Pv - interne d’un service aussi stratégique s’est-il retrouvé dans les médias ? L’autre question, et à notre avis la plus importante, c’est celle de savoir dans quel but ce compte-rendu a-t-il été livré dans les médias étrangers ?
Pour un journaliste, c’est une aubaine que de percer le mystère de certains services et accéder aux sources les plus impénétrables. Mais pour la Rdc, particulièrement pour les services secrets, la dernière prestation de Ghislaine Dupond devrait non seulement faire réfléchir, mais remettre en cause la fidélité de ce service par rapport aux institutions de l’Etat. Lorsqu’on sait que le gouvernement se bat bec et ongles pour préserver le pays des méfaits de certaines actions médiatiques, qui peut comprendre que les services secrets congolais se trouvent parmi ceux qui alimentent certains médias. Et pour quel but ? Lorsqu’on suit cette prestation du 15 mai 2009 à 6 heures 30, à 7 heures 30 et enfin à 13 heures 30, on ne se fait aucune illusion. La chute du papier de la consoeur est claire aussi bien pour les hommes de médias que nous sommes que pour les auditeurs de Rfi.
Dans ce papier, c’est un certain Administrateur principal en charge de la sécurité intérieure qui est visé. Et pourtant, à moins que Rfi ait fait allusion à une autre personne ou se soit trompée (qui ne nous paraît pas évident), nous savons de réputation que l’Administrateur principal de l’Agence nationale des renseignements - Anr - en charge de la sécurité intérieure est un homme dont la probité morale n’est nullement à mettre en cause. Pour les analystes politiques avertis, le but à atteindre, c’est cet opprobre jeté sur un des cadres des services.
Un complot contre l’Etat congolais
Lorsqu’on a la nette et claire conviction que Rfi se basait sur un compte-rendu interne, on se trouve en présence des querelles internes exposées à la place publique. Lorsque l’action menée est visiblement une coalition contre les institutions du pays, elle ne pouvait que s’accompagner de la déstabilisation de ceux qui apparaissent comme dans le cas de l’Administrateur principal visé par la diatribe de Rfi. Sinon, personne de censé ne comprendrait que l’on parle des agents qui auraient été corrompus, des prisonniers libérés et on chute en citant de façon impromptue un haut cadre de cette institution. Est-ce pour dire qu’il se prépare quelque chose contre lui. Pour quel péché ? La leçon que le commun des mortels tire, c’est qu’il y a beaucoup de personnes dans les services secrets qui noyautent le pays. Dans pareil cas, la meilleure façon de le faire, c’est de semer la zizanie, décourager les vrais patriotes.
Très souvent, on dit de façon hasardeuse qu’il ne s’agirait que des querelles de pouvoir et d’ambitions. C’est vrai, mais, si on veut être nommé Administrateur général de l’Anr, faut-il s’adresser à Rfi ou au chef de l’Etat qui a le pouvoir discrétionnaire de nomination ? En agitant l’opinion internationale, on ne déstabilise pas l’Administrateur général de l’Anr, ni encore l’Administrateur principal en charge de la sécurité intérieure, mais tout le pays, toutes les institutions qui comptent sur l’intelligence de ses services. On peut donc tout dire, mais, on constate que soit Rfi est manipulée par les services, soit ce sont les services qui manipulent Rfi. Qui donc manipule qui ? Tout le monde vise-t-il le même objectif ?
© L’Avenir