À l’horizon 2020, c’est un doublement du nombre de nouveaux cas de ces cancers que prévoit le CIRC, avec pour facteurs de risque majeurs, le tabagisme et la consommation d’alcool, les deux réunis comptant pour près de 75 % des cas. Si nombre de travaux ont porté sur l’effet de l’arrêt du tabagisme sur le risque de CTC, et rapporté une réduction, de 16 à 85 % de ce risque, peu ont évalué l’impact de l’arrêt de l’alcool. Près d’une cinquantaine d’auteurs, de différents pays, ont donc cherché à préciser la réduction de risque de CTC après arrêt du tabac et après arrêt de l’alcool, ainsi que le profil évolutif de cette diminution au fil du temps.
M Marron et coll. se sont appuyés, pour cette évaluation, sur les données poolées d’études cas-témoins, recueillies par l’International Head and Neck Cancer Epidemiology (INHANCE) consortium, auquel participaient des équipes de nombre de pays d’Europe et des Amériques. Ont été ainsi soumises à analyse, 13 études intéressant l’arrêt de l’alcool (vin, bière, apéritifs, digestifs…), impliquant 9 167 cas et 12 593 témoins, et 17 études concernant l’arrêt du tabac (cigarettes, pipe, cigares), incluant 12 040 cas et 16 884 témoins, toutes fondées sur les réponses à des questionnaires.
L’analyse a pris en compte l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, l’ethnie, le centre d’étude, le tabagisme, la consommation d’alcool, en poussant les ajustements aussi sur l’indice de masse corporelle, et les antécédents familiaux de CTC.
Après ajustements sur les facteurs confondants potentiels, l’arrêt du tabagisme depuis 1 à 4 ans est apparue associée à une réduction du risque de CTC (odds ratio, OR = 0,70 ; IC à 95 % 0,61-0,81), en comparaison d’une poursuite de la consommation de tabac au moment de l’étude. Après 20 ans et plus d’arrêt du tabagisme, l’OR pour les CTC était de 0,23 (0,18-0,31), le niveau de risque atteignant celui des sujets n’ayant jamais fumé (0,23 ; 0,16-0,34), la relation inverse entre arrêt du tabac et risque de CTC étant observée pour toutes les localisations de CTC (p pour la tendance < 0,01).
Une réduction du risque de CTC après arrêt de l’alcool n’a été mise en évidence, en comparaison des buveurs, qu’au bout de 20 années et plus (0,60 ; 0,40-0,89). Le niveau de risque rejoignait alors le niveau de risque des sujets jamais buveurs (0,74 ; 0,51-1,06), la tendance à une relation inverse avec le temps écoulé depuis l’arrêt de l’alcool n’étant apparente que pour les cancers de la cavité buccale (p pour la tendance = 0,05)
Cette vaste étude montre que dès 1 à 4 ans après l’arrêt du tabagisme, le risque de cancers de la tête et du cou diminue. L’effet bénéfique de l’arrêt de la consommation d’alcool est moins substantiel, ne devenant manifeste que seulement 20 ans plus tard. Mais 20 ans après avoir cessé de fumer et de boire le risque de CTC rejoint celui de ceux qui n’ont jamais fumé ni été intempérants vis-à-vis de l’alcool.
Dr Claudine Goldgewicht
Marron M et coll. : Cessation of alcohol drinking, tobacco smoking and the reversal of head and neck cancer risk. Int J Epidemiol 2010 ; 39 : 182-96.
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